A M. LE GÉNÉRAL DULAULOY
Tarente, le 28 mai lsu*.
Il y a trois semaines, mon général, que les ordres du roi seraient exécutés, s'il ne s'en fût mêlé. Le passage de Sa Majesté est tombé au milieu de mon opération, et a mis de telles barres dans mes roues que rien ne marche à présent. Je faisais quelque chose des Tarentins, et pendant huit jours j'en obtins tout ce que j'en voulus : on allait au-devant de mes demandes. On travaillait comme des forçats, sur le port et à l'arsenal. Mais sitôt que le roi parut, il ne fut plus question que de lui baiser la main; et ceux qui l'avaient baisée la voulant baiser encore, il n'y eut ni maire ni adjoint, pas un ouvrier de la ville, du port, de l'arsenal, que je pusse faire démarrer de l'antichambre où de l'escalier tant qu'a duré ici le séjour de Sa Majesté. Un bon usage à faire du sceptre dans catte occasion, c'eût été d'en casser le nez à tous ces friands du leccazampa. Mais point; tout le monde, hors moi, prenait plaisir à cette sottise. J'eus beau crier, jurer, me plaindre, le baise-main l'emporta toujours sur une misère comme était celle d'armer toutes les places et les côtes de la Galabre. Le roi s'en allant à la fin, je me croyais quitte des niaiseries et des tracasseries de cour. Mais c'eût été trop bon