Commandant de l'artillerie de l'armée
marché; en partant on acheva de me rompre bras et jambes. ! Vous savez que je n'ai pas un sou, et qu'il me faut tout arracher par réquisition. Eh bien, on me défend toute réquisition. Je ne m'en suis pas moins emparé, aujourd'hui encore, de vingt paires de mulets, bœufs ou buffles, que je ne rendrai qu'à bonnes enseignes, et qui enfin feront mes transports. On me dénoncera, mais vous êtes là, et vous empêcherez que je ne sois livré aux bêtes pour avoir fait, malgré le roi, ce que le roi veut, et qui importe au salut de l'armée.
Voici bien autre chose vraiment : lisez, lisez, mon général, une lettre de M. Jamin, aide de camp du roi, ci-jointe : lisezla, quelque affaire que vous ayez.
Je ne vous ferai, mon général, sur cela aucun commentaire, la chose crie; vous en serez révolté comme moi, et vous approuverez le parti que j'ai pris, d'envoyer promener ce monsieur l'aide de camp (qui n'est pas, me dit-il, aide de camp d'un général de brigade) et d'aller mon droit chemin. Lisez s'il vous plaît ma réponse ; il parle fort de sa mission : de tels missionnaires ne sont bons qu'à me faire donner au diable. Pour accélérer cette besogne, depuis un mois tant de soins n'étaient pas nécessaires : le roi n'avait, seulement qu'à tenir sa main dans sa poche, la cour s'allait faire f.... et me laisser agir. Je compte sur vous, mon général, pour empêcher que tout ceci ne tourne contre moi. Vous savez si j'ai d'autres vues que le bien du service, et on met ma patience à de cruelles épreuves.
Entre nous, tout dans l'armée est conduit de cette manière: projets dont aucun ne s'exécute, secrets que tout le monde sait, ordres que personne n'écoute.
Je suis convaincu, je jurerais qu'à Messine on a su mon départ de Reggio et le pourquoi, avant que je fusse en chemin; je vis le roi à minuit, et partis le matin. Grand mystère! âme ne devait savoir.... Comme je montais à cheval, prenant congé de mon hôte, il me dit : Vous allez chercher de l'artillerie à Tarente. Je pensai tomber de mon cheval et rester, c'était le mieux. Car il fallait deux choses pour ce que j'allais faire, secret et promptitude; le premier manquant
l'abord, il était éclair que l'autre.... Non, je ne pouvais pas leviner le baise-main.
Je sais bien que Dieu est pour nous, qu'avec le génie de- 'empereur nous vaincrons toujours partout, quelques fautes ijue nous puissions faire; mais un peu de bon sens, d'ordre, e prévoyance, ne nuirait à rien, ce me semble.
J'ai reçu votre billet joli et trop aimable, auquel je ne 'éponds pas maintenant, parce que, en vérité, je suis d'une umeur de dogue : ce sera pour demain, si vous le trouvez on. Cependant, croyez-moi, vos affaires ne vont point si îal. On vous écoute; c'est beaucoup : femme qui prête oreille prêtera bientôt autre chose.