‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 77 sur 175 · AU MÊME · texte numérisé non relu

AU MÊME

Crotone, le 25 juin 1806.

J'arrive de Tarente et j'y retourne; bonheur ou malheur, je ne sais lequel. Je t'ai marqué dans une lettre que Guérin te remettra, s'il ne la perd, comme on m'a reçu. Il m'a fallu livrer bataille, sans quoi on me campait sur le dos la perte des douze canons. Cela arrangeait tout le monde, si j'eusse été aussi benêt qu'à mon ordinaire; mais j'ai refusé la charge et regimbé au grand scandale de toute la cour. L'animal à longue échine en a fait, je m'imagine, de belles exclamations avec ses fidèles. Je sais bien la règle, sans humeur sans honneur. Mais enfin, il faut faire le moins de bassesses possible. Celle-là n'eût servi de rien, car ma disgrâce est sans retour; et après tout, je ne suis pas venu sur ce pied-là. Pouvant rester à Naples et me donner du bon temps, je suis venu ici comme ami; j'en ai eu le titre et les honneurs; je ne veux pas déroger.

C'est vraiment une plaisante chose à voir que cette cour, et comme tout cela se guindé peu à peu. Les importants sont D**#, plus chéri que jamais, Milet, et à présent Grabenski, qui commence à piaffer.

Mais, d'où vient donc, dis-moi? Quelque part qu'on s'arrête, en Calabre ou ailleurs, tout le monde se met à faire la révérence, et voilà une cour. C'est instinct de nature. Nous naissons valetaille. Les hommes sont vils et lâches, insolents, quelques-uns par la bassesse de tous, abhorrant la justice, le droit, l'égalité; chacun veut être, non pas maître, mais sclave favorisé. S'il n'y avait que trois hommes au monde, ils s'organiseraient. L'un ferait la cour à l'autre, l'appellerait monseigneur, et ces deux unis forceraient le troisième à travailler pour eux. Car c'est là le point.

Au reste on ne lui parle plus. Il y a des heures , des rendez-vous, des antichambres, des audiences. Il interroge et n'écoute pas, se promène, rêve, puis tout à coup il se rap-

pelle que vous êtes là. Il cherche les grands airs et n'en trouve que de sots. Ce n'est pas un sot cependant , mais un petit zéphir de fortune lui tourne la tête comme aux autres.

[Pendant que Courier retournait à Tarente, six mille Anglais débarquaient près de Maida, dans le golfe de Sainte-Euphémie : le général Reynier rassemh a aussitôt les troupes les plus voisines, au nombre de quatre mille hommes, et Tint les attaquer le 4 juillet. Il fut battu, et se retira le soir même à Marccllinara ; il campa le lendemain à Catanzaro, sur les bords de la mer Ionienne. Le général Verdier occupait alors Cosenza, avec une petite brigade : après s'y être défendu quelque temps contre les insurgés, que le débarquement des Anglais avait fait lever de toutes parts, il fit sa retraite vers le nord, et ne s'arrêta qu'à Matera, à quarante lieues de distance. Courier vint l'y joindre, 6a mission à Tarente n'ayant plus d'objet depuis ces événements.

La nouvelle du combat de Sainte-Euphémie étant parvenue à Naples, le général Reynier reçut du roi l'ordre de marcher à Cassano, au-devant d'un corps de six mille hommes que le maréchal Masséna conduisait lui-même à son secours. Il quitta donc Catanzaro le 26 juillet, saccagea les villes qui s'opposèrent à son passage ; Strangoli le 30 juillet, Corigliano le 2 août, et arriva le 4 à Cassano, où il fut joint le 7 par le général Verdier, que Courier accompagnait. Le 10 août toutes les troupes, au nombre de treize mille hommes, ae trouvèrent réunies sous les ordres du maréchal Masséna , entre Cassano et Castrovillari.]

OFFICIER D'ARTILLERIE, A NAIVLES.

Cassano, le 12 août 1806.

Si Maisonneuve * t'a remis ma lettre de Matera, tu sa» comment je suis venu ici.

J'ai rejoint Reynier. Enfin nous l'avons retrouvé avec les débris de sa grandeur, les Milet ', les D..., les Sénécal (Clavel s est tué; je te l'ai marqué), tous en piteux équipages et de fort mauvaise humeur, eux du moins, car pour lui, le voilà raisonnable, abordable. On lui parle ; il écoute à présent, et de tous c'est lui qui fait meilleure contenance. Il re-

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