Clief debauck
les, mains des biigands. Le canonnier d'ordonnance qui l'accompagnait fut trié, et il perdit son porte-manteau.
L'entreprise sur la Mantea n'ayant pas eu de suite, le géDéral ReymVr revint à Scigliano le 26, d'où il marcha le 31 à Soveria. Le 1er septénaire il descendit à Nicastro : le 5 il vint à Maida, où le commandant Clavel fut retrouvé presque guéri de ses blessures. Enfin le 7 il s'établit à Mileto, d'où ion quartier général ne sortit pas pendant les deux mois que Courier passa encore à ce corps d'arméel]
A MADAME MARlANNA DIONIGI,
Mileto, le 7 septembre \ 808.
Madame, Dieu veuille que ma dernière lettre ne v,,us soit pas parvenue. Je serai? bien fâché vraiment crue ce que je vous demandais fût parti; c'étaient des papiers et des livres. Quant à mes habits, je ne les ai pas reçus; mais je sais qui les a reçus pour moi, ce sont les Anglais. Vous aurez appris que nous perdîmes contre eux, il y a deux mois, une bataille et toute la Calabre. Nous regagnerons peut-être la Calabre, mais non la bataille. Ceux qui sont morts, sont morts ; tout ce que nous pourrons faire, ce sera de leur tuer autant de monde qu'ils nous en ont tué. Bientôt, selon toute apparence, nous aurons cette consolation, ou pis que la première fois. Quoi qu'il en soit, la guerre m'occupe tout entier, et je ne pourrai de longtemps penser à autre chose; ainsi, madame, je souhaite que, jusqu'à mon retour, vous conserviez chez vous les petits effets dont vous avez bien voulu vous faire dépositaire.
Je remets au temps où j'aurai l'honneur de vous voir, Dieu aidant, le détail de nos désastres. C'est une histoire qui commence mal, et dont peu de nous verront la fin. Je ne suis pas des plus à plaindre, puisque j'ai encore tous mes membres; mais la chemise que je porte ne m'appartient pas; jugez paràde nos misères
Si, en conséquence de ma dernière lettre, vous m'aviez
324 LETTRES INEDITES,
adressé quelque paquet à Naples, ayez la bonté de m'envoyer les renseignements nécessaires pour les réclamer. Je resterai ici tant qu'on y fera la guerre; mais si l'on cesse de se battre,! je cours aussitôt à Rome, et tous mes maux ne finiront que quand j'aurai le bonheur de vous revoir.
Permettez, madame, que je vous prie de présenter mon1 respect à madame votre mère, à mademoiselle Henriette, et1 à M. d'Agincourt, que vous voyez sûrement quelquefois; me. donner de leurs nouvelles et des vôtres, c'est le plus grand! plaisir que vous me puissiez faire de si loin.
A M. LE GÉNÉRAL MOSSEL.
Mileto, le 10 septembre 1806.
J'ai reçu, mon général, la chemise dont vous me faites! présent. Dieu vous la rende, mon général, en ce monde-ci ou' dans l'autre. Jamais chanté ne fut mieux placée que celle-là. Je ne suis pourtant pas tout nu. J'ai même une chemise sur1 moi, à laquelle il manque, à vrai dire, le devant et le derrière, et voici comment : on me la fit d'une toile à sac que j'eus au pillage d'un village, et c'est là encore une chose à vous expliquer. Je vis un soldat qui emportait une pièce de toile ; sans m'informer s'il l'avait eue par héritage ou autrement, j'avais un écu et point de linge; je lui donnai l'écu, et je devins propriétaire de la toile, autant qu'on peut l'être d'un effet volé. On en glosa; mais le pis fut que, ma chemise faite et mise sur mon maigre corps par une lingère suivant l'armée, il fut question de la faire entrer dans ma culotte, la chemise s'entend, et ce fut là où nous échouâmes, moi et ma lingère. La pauvre fille s'y employa sans ménagements, et je la secondais de mon mieux, mais rien n'y fit. Il n'y eut force ni adresse qui pût réduire cette étoffe à occuper autour de moi un espace raisonnable. Je ne vous dis pas, mon général, tout ce que j'eus à souffrir de ces tentatives, malgré l'attention et les soins de ma femme de chambre, on ne peut pas plus experte à pareil service. Enfin nécessité, mère de l'industrie, nous sucera
l'idée de retrancher de la chemise tout ce qui refusait de lo»or dans mon pantalon, c'est-à-dire le devant et le derrière, et do coudre la ceinture au corps même de la chemise, opération qu'exécuta ma bonne couturière avec une adresse merveilleuse et toute la décence possible. Il n'est sorte de calembours et de mauvaises plaisanteries qu'on n'ait faits làdessus; et c'était un sujet à ne jamais s'épuiser, si votre générosité ne m'eût mis en état de faire désormais plus d'envie que de pitié. Je me moque à mon tour des railleurs, dont aucun ne possède rien de comparable au don que je reçois de vous. Il n'y avait que vous, mon général, capable de cette bonne œuvre dans toute l'armée; car, outre que mes camarades sont pour la plupart aussi mal équipés que moi, il passe aujourd'hui pour constant que je ne puis rien garder, l'expérience ayant confirmé que tout ce que l'on me donne va aux brigands en droiture. Quand j'échappai nu de Coridiano, Saint- Vincent1 me vêtit et m'emplit une valise de beaux et bons effets, qui me furent pris huit jours après sur les hauteurs de Nicastro2. Le général Verdier et son état-major me firent une autre pacotille, que je ne portai pas plus loin que la Mantea, ou Ajello s, pour mieux dire, où je fus dépouillé pour la quatrième fois. On s'est donc lassé de m'habiller et de me faire l'aumône, et on croit généralement que mon destin est de mourir nu, comme je suis né. Avec tout cela, on me traite si bien, le général Reynier a pour moi tant de bonté, que je ne me repens point encore d'avoir demandé à faire cette campagne, où je n'ai perdu, après tout, que mes chevaux, mon argent, mon domestique, mes nippes et celles de mes amis.
A M. DE SAINTE-CROIX
Mileto, le 12 septembre 1806.
Monsieur, depuis ma dernière lettre, à laquelle vous répoi
î. Depuis colonel d'artillerie.