I. Le général d'Anthouard, aide de camp du vice-roi
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cas je n'aurai plus qu'à déserter ou à me pendre. Mais s'il ne t'écoute pas, ou s'il est insolent au delà de ce que l'usage actuel autorise, alors envoiele faire f. .. : car tel est notre plaisir. Au reste, si tu réussis, comme tu m'auras servi à cette cour je te servirai à Paris. Sur ce, nous prions Dieu, Monsieur l'ambassadeur, qu'il vous ait en sa sainte garde.
A M. le général d'Anthouard, à Milan.
Livourne, le 28 juillet 1808.
Mon général, M. Haxo, chef de bataillon du génie et mon intime ami, vous remettra la présente; il vous expliquera, mieux que je ne pourrais faire dans une lettre, les embarras où je me trouve. Il faut que j'aille en France pour savoir si je suis ruiné. Les gens qui pourraient m'en dire des nouvelles ne m'écrivent plus depuis longtemps. J'ai demandé un congé, mais on me le refuse pour me tenir ici à compter de vieux boulets rouilles. Si Son Altesse savait tout cela, elle aurait pitié de ma peine ; et, voyant d'un côté à quoi l'on m'occupe ici, de l'autre combien ma présence est nécessaire chez moi, elle m'enverrait faire... mes affaires, qui Courier. IJI. iç
seraient terminées en six semaines. Voilà, mon général, ce que j'espère obtenir par votre entremise. On sait avec quelle bonté Son Altesse s'intéresse au sort de tous les officiers, et je me flatte que, si vous voulez bien vous charger de mettre à ses pieds mes humbles supplications, je serai bientôt du nombre infini de ceux que la reconnaissance attache à ce prince. Je ne puis que par vous, mon général, me faire entendre à Son Altesse. L'amitié dont vous m'honorez fait toute mon espérance, et, réduit comme je le suis à cesser de servir ou à perdre tout ce que j'ai, j'aurais déjà quitté mon inutile emploi pour sauver mon patrimoine, si je n'espérais garder l'un et l'autre par les mêmes bontés dont vous m'avez donné tant de marques.
A M. de Sainte-Croix, à Paris.
Portici, le 21 novembre 1807.
Je vous présente ici. Monsieur, un travail dont vous avez approuvé l'idée. Je souhaite qu'il se trouve dans l'exécution quelque chose qui vous satisfasse et qui vous paraisse mériter l'attention des gens instruits. En traduisant, pour vous l'offrir,
ce que Xénophoa a écrit sur la cavalerie, j'ai suivi d'abord le dessein que j'eus toujours de vous plaire, et j'ai cru faire en même temps une chose agréable à tous ceux qui s'occupent ou s'amusent de ces antiquités.
Vous n'aviez pas besoin sans doute qu'on vous traduisit Xénophon ; mais vous aviez besoin d'un texte plus correct que celui des livres imprimés, et c'est là vraiment le présent que je vous ai destiné. J'ai vu et comparé moi-même la plupart des manuscrits de France et d'Italie, où, ayant trouvé beaucoup de vieilles leçons inconnues aux premiers éditeurs de Xénophon, j'ai remis à leur place, dans le texte, celles qui s'y sont pu ajuster exactement, sans aucune correction moderne, laissant aux critiques l'examen de toutes les autres, ou douteuses, ou corrompues, que j'ai placées au bas des pages ; et je pense ainsi vous donner ce texte aussi entier que nous saurions l'avoir aujourd'hui, c'est-à-dire fort mutilé, comme tous les monuments antiques, mais non refait, ni restauré, ou retouché le moins du monde, tel, en un mot, que nous l'ont transmis les siècles passés.
Ma traduction toutefois pourra être utile à ceux mêmes qui liront ces livres en grec, car il y a dans de tels écrits beaucoup de choses qu'un soldat peut expliquer aux savants. J'ai cherché à la rendre exacte. J'aurais voulu qu'on y trouvât tout ce qui
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est dans Xénophon, et non moins le sens de ses paroles que le sentiment, s'il faut ainsi dire. Ne pouvant atteindre ce but, qui serait au vrai la perfection d'un pareil travail , j'en ai approché du moins autant qu'il était en moi, et même plus heureusement que je ne l'eusse imaginé, en quelques endroits, où vous ne trouverez guère à dire qu'une certaine naïveté propre à cet auteur, charmante et d'un prix infini, mais difficile à conserver dans quelque version que ce soit. Sur ce point, ceux qui l'ont voulu imiter en sa langue même, selon moi, y ont mal réussi. Je n'avais garde d'y prétendre; mais, imputant à bonne fortune tout ce que j'ai pu rencontrer dans notre français d'expressions qui représentaient assez bien le grec de mon auteur, partout où je me suis aperçu que le trait simple et gracieux du pinceau de Xénophon ne se laissait point copier, j'y ai renoncé d'abord, et me suis borné à rendre de mon mieux, non sa phrase, mais sa pensée.
J'aurais fort grossi mes remarques, si sur chaque passage j'eusse voulu noter toutes les erreurs des critiques et des interprètes : car il n'y a pas une ligne de ces deux traités qui ne se trouve quelque part mal écrite ou mal expliquée. Mais on instruit bien peu, ce me semble, le lecteur, en lui apprenant qu'un homme s'est trompé. Ces fautes, que. j'ai connues sans les marquer, m'ont obligé de
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donner en beaucoup d'endroits les preuves, autrement superflues, de mon interprétation. C'est ce qui a produit les notes sur le texte. Celles qui accompagnent la version sont le fruit de quelques observations que le hasard m'a mis à portée de faire. Vous trouverez dans tout cela peu de lecture, nulle érudition; mais vous n'en serez pas surpris, et vous n'attendez pas de moi de ces recherches qui demandent du temps et des livres.
Quant à l'utilité réelle de ces ouvrages de Xénophon relativement à l'art dont ils traitent, je ne sais ce que vous en penserez. Bien des gens croient qu'aucun art ne s'apprend dans les livres, et les livres, à dire vrai, n'instruisent guère que ceux qui savent déjà. Ceux-là, lorsqu"'il s'en trouve, pour qui l'art ne se borne pas à un exercice machinal des pratiques en usage, peuvent tirer quelque fruit des observations recueillies en temps et lieux différents, et les plus anciennes, parmi ces observations, sont toujours précieuses, soit qu'elles contrarient ou confirment les maximes reçues, étant, pour ainsi dire, le type des premières idées dégagées de beaucoup de préjugés. Voilà par où ces livres-ci doivent intéresser. Ce sont presque les premiers qu'on ait écrits sur cette matière. Des préceptes qu'ils contiennent, les uns subsistent aujourd'hui, d'autres sont contestés, d'autres sont oubliés ou même condamnés chez nous; mais il
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n'en est point qu'on ne voie encore suivi quelque part, comme je l'ai marqué dans mes notes, et je m'assure que, si on voulait comparer soigneusement à ce qui se lit dans Xénophon non-seulement nos usages actuels, mais les pratiques connues des peuples les plus adonnés aux exercices de la cavalerie, on y trouverait mille rapports dont je n'ai pu m'aviser, et tous curieux à observer, ne fût-ce que comme matière à réflexions.
A M'"^ Marianna Dlonigi, à Kome.
Livourne, le 12 septembre 1808.
Madame, pour m'empêcherde vous aller voir, il est venu exprès, je crois, un général inspecteur de l'artillerie. Ces inspecteurs sont des gens que l'on envoie examiner si nous faisons notre devoir. Le leur est de nous ennuyer, et celui-ci s'en acquitte parfaitement à mon égard. Quand il ne serait pas de sa personne un insupportable mortel, ce que vous nommez en votre langue un soldataccio, sa visite, tombant au travers de mes plus agréables projets, ne pouvait que m'assommer. Les malédictions ne remédient à rien; mais. Madame, ces jours destinés à vous voir, les passer avec l'animal le plus... Ma-
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donna mia, donnez-moi patience! Nous avons attendu deux mois son arrivée, et je ne sais combien encore nous attendrons son départ, douce espérance dont il nous flatte chaque jour. Je compte pourtant en être délivré cette semaine, et déjà mes pensées reprennent leur direction naturelle vers Rome. Mais, avant de faire les démarches nécessaires pour pouvoir m'y rendre, il faut savoir si vous y êtes. N'est-ce pas dans cette saison que vous allez ordinairement à Ferentino? Venir de si loin et ne vous pas trouver, ce serait pis que l'inspecteur. Je pars maintenant pour Florence : maintenant, c'est-à-dire aussitôt que l'animal aura les talons tournés. J'en serai de retour dans quinze jours. Faites, Madame, que je trouve ici une lettre de vous qui m'apprenne où vous êtes, et je ferai en sorte, moi, qu'alors rien ne m'empêche de me rendre à Rome, si je suis assuré de vous y trouver. Votre Académie de Saint-Luc a donc enfin fait son devoir ' ! Je l'en félicite : elle ne fera pas souvent de pareilles acquisitions. M'-'' Henriette, dans son Arcadie, avait quelque chose d'un peu païen; mais vous. Madame, sous la bannière de saint Luc, vous sanctifierez toute la famille par votre foi et par vos œuvres.
1 . Celle Académie avait reçu M"<= Dionigi parmi ses membres.
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En VOUS écrivant ceci, Madame, d'une écriture qui n'a point de pareille au monde, j'ai le plaisir de penser que vous vous unirez tous pour tâcher de me lire, et qu'ainsi je vous occuperai tous au moins pendant quelques minutes. Il me semble vous voir les uns après les autres aguzzar le ci'g/ia ' sur ce griffonnage, sans en pouvoir rien déchiffrer. Croyezmoi, laissez cela. Aussi bien qu'y trouveriez-vousi* des assurances très-sincères de mes sentiments, qui vous sont connus et dont je me flatte que vous ne douterez jamais.
A M. d'Agincourt, à Kome.
Livourne, le i5 octobre 1808.
Monsieur, je suis encore à Livourne, et les apparences sont que j'y passerai l'hiver. Je demandais, comme je crois vous l'avoir marqué, un congé pour aller en France; mais on m'éconduit tout à plat. J'en demande un pour Rome. Ce sera, si je l'obtiens, un bon dédommagement de celui qu'on me refuse : car en France j'ai des parents, à Rome j'ai des amis, et je mets l'amitié bien loin devant