‹ ŒuvresChapitre 13 sur 37 · Alexandre le Grand · texte numérisé non relu

Alexandre le Grand

ÉCRITES DE FRANCE ET d'iTALIE ï3c)

gloire au siècle dans lequel il parut. Sans cela, qu'avait-il de plus que les Gengis-Kan, les Tamerlan? Bon soldat, bon capitaine; mais ces vertus sont communes. Il y a toujours dans une armée cent officiers capables de la bien commander; un prince même y réussit, et ce que fait bien un prince, tout le monde le peut faire. Quant à lui, il ne fît rien qui ne se fût fait sans lui. Bien avant qu'il fût né, il était décidé que la Grèce prendrait l'Asie. Surtout gard.ez-vous, je vous prie, de le comparer à César, qui était autre chose qu'un donneur de batailles. Le vôtre ne fonda rien ; il ravageait toujours, et, s'il n'était pas mort, il ravagerait encore. Fortune lui livra le monde ; qu'en sut-il faire ? Ne me dites pas : S'il eût vécu! car il devenait de jour en jour plus féroce et plus ivrogne.

J'ai ici à ma disposition une bonne bibliothèque, et ce m'est un grand secours pour la petite bagatelle que je vous destine. Monsieur. Cependant il me manque encore des outils pour enlever certains noeuds. Il faudrait être à Paris, et y être de loisir, deux choses à moi difficiles.

Vous avez grande raison de me dire : QLiittez ce vil métier. Vous me parlez sagement, et je ne veux pas non plus faire comme Molière, à qui toute sa vie ses amis en dirent autant. Il était, lui, chef de sa troupe ; moi , je mouche les chandelles. Ne croyez pas pourtant. Monsieur, que j'y aie perdu

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tout mon temps : j'y ai fait de bonnes études, et je sais à présent des choses qu'on n'apprend point dans les livres.

Je me rapproche de vous de deux cents lieues; je vais bientôt à Milan.

[a Rome, Courier retrouva d'anciens amis, avec lesquels il demeura quinze jours : M. d'Agincourt, l'abbé Marini, Mme Dionigi. Il s'arrêta aussi à Florence pour voir les bibliothèques et visiter M. Akerblad, savant suédois, dont il sera question plus tard. Enfin, il arriva à Vérone à la fin de janvier. On l'y attendait depuis près de six mois, et il y trouva une lettre du ministre de la guerre qui le mettait aux arrêts et ordonnait la retenue d'une partie de ses appointements.]

A S. Exc. le ministre de la guerre.

Vérone, le 27 janvier 1808.

Monseigneur, par votre lettre du 3 novembre, vous me demandez l'état de mes services. Ayant été, en Calabre, une fois pris et trois fois dépouillé par les brigands, j'ai perdu tous mes papiers. Je ne me souviens d'aucune date. Les renseignements que vous me demandez ne peuvent se trouver que dans vos bureaux. Je n'ai d'ailleurs ni blessures ni actions d'éclat à citer; mes services ne sont rien et ne méritent aucune attention. Ce qu'il m'importe de vous

rappeler, c'est que je suis ici aux arrêts, par votre ordre, pour avoir dit à Naples au général Dedon ce que tout le monde pense de lui.

A M. le général ***, à Naples.

Vérone, le 3i janvier 1808.

Mon général, j'ai chargé M. Desgoutins de vous payer en or 945 francs. Je vous prie d'agréer en même temps mes remercîments. Le service que vous m'avez rendu, quoique venant fort à propos, m'a bien moins touché que les manières pleines de bonté dont vous l'accompagnâtes. Je sens qu'en vous rendant votre argent je ne suis pas quitte envers vous, et malheureusement je ne pourrai jamais vous être bon à rien ; mais ma reconnaissance, toute impuissante qu'elle est, ne me pèse point du tout, et je trouve du plaisir à vous être obligé toute ma vie.

A Monsignor Marini, à Kome.

Livourne, le 6 mars 1808.

Monseigneur, depuis mon départ de Rome, j'ai couru, sans m'arrêter, toute l'Italie, et n'ai trouvé

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qu'ici OÙ reposer ma tête. Voilà pourquoi j'ai tant tardé à vous donner de mes nouvelles. Maintenant je me crois pour quelque temps à Livourne, et j'y attends vos lettres comme la meilleure chose que je puisse recevoir, quelque part que je sois.

.Je n'ai pas voyagé seul, mais avec mon Xcnophon, c'est-à-dire en bonne compagnie. A Florence, j'ai collationné trois misérables manuscrits qui ne m'ont payé de ma peine que par la certitude acquise qu'ils ne contiennent rien qui vaille. Un des vôtres et un de Paris sont les seuls qui m'aient fourni quelques bonnes leçons. Avec ce secours et mes conjectures, j'ai rétabli plusieurs passages, et j'en laisse peu à corriger. En un mot, je crois avoir fait tout ce que pouvait faire un soldat, expliquant aux savants ce qu'ils ne peuvent savoir, suivant la loi : tractent fabrilia [abri

Si M. Aniati a fini la collection de ce premier livre de VAnabasis , et que vous ayez quelque moyen de me faire parvenir son travail, adressezle-moi ici, je vous prie, ou à Florence, à M. le général d'Arancey, commandant l'artillerie. Par la poste, vous voyez bien que ce serait ma ruine. Si vous ne trouvez point d'autre voie, gardez-moi cela, et je tâcherai de le faire venir à moins de frais.

J'espère que vous ne perdrez rien à tous ces changements qui se font dans votre gouvernement.

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L'empereur fait profession d'aimer et protéger les lettres, et votre réputation vous garantit de l'oubli de quelque gouvernement que ce soit.

D'ailleurs, vous avez un emploi qu'on ne peut ni supprimer ni donner à d'autres qu'à vous. Ainsi. la volonté du Ciel, Monseigneur, soit faite en toute chose! et le Ciel ne peut vouloir qu'un homme comme vous soit malheureux dans ce monde-ci ni dans l'autre.

Ecrivez-moi bientôt; informez-moi, je vous prie, de votre santé, de votre état actuel et de vos espérances pour l'avenir. Rien au monde ne m'intéresse plus que ce qui vous touche. Vous fûtes ma première connaissance lorsque je vins à Rome, et depuis je n'ai rien connu de meilleur, ni à Rome ni ailleurs.

A M. Haxo, chef de bataillon du génie, à Milan.

Livourne, le 2 7 juillet 1808.

Ayant éprouvé ta fidélité dans l'ambassade de Vérone, je te nomme, ou, pour parler diplomatiquement, nous te nommons notre résident à Milan; et, d'abord, nous te chargeons d'une négociation

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importante, difficile, avec des puissances dont les dispositions à notre égard sont suspectes. La lettre ci-jointe t'expliquera de quoi il s'agit. Va voir cet Orbassan ', dis-lui que si je ne vais au pays je suis ruiné sans ressource ; et cette fois un ambassadeur aura dit la vérité. Tu as dans ce que je t'ai marqué de Florence d'amples instructions; mais le point, après tout, c'est un oui ou un non : veut-il, ne veut-il pas que j'aie ce congé? En lui écrivant par la poste, comme je ne suis pas un grand seigneur, je n'aurais jamais de réponse. Par toi je saurai à quoi m'en tenir.

S'il t'écoute, tu pourras lui dire que, sans ma maladie de Naples (qui n'était point le mal de Naples), j'aurais fait il y a six mois cette demande. Tu lui conteras de mes affaires ce que tu sais et ce que tu ne sais pas, pour lui faire entendre que je ne puis, sans perdre tout ce que j'ai au monde, différer davantage à me rendre chez moi. Dis-lui les banqueroutes que j'éprouve, mes gens d'affaires fripons, mes débiteurs sans foi, mes créanciers sans pitié, mes fermiers en prison, mes parents morts ou malades. Hélas ! en disant tout cela, tu n'auras pas le mérite de mentir pour un ami. Ajoute que la guerre peut recommencer, qu'on peut m'envoyer outre-mer, en Turquie, à tous les diables; auquel

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