I . Les manuscrits antiques trouvés à Herculanum
ÉCRITES DE FRANCE ET d'itaLIE 278
Tépée de Charlemagne. Je n'ai pu seulement obtenir qu'on en copiât un alphabet de la plus belle écriture.
La mort de M. Bast m'a vraiment affligé, quoique je ne le connusse point ; mais j'espérais le connaître un jour, et tous ceux qui cultivent comme lui ces études me sont un peu parents. Mais c'est vous, Monsieur, que je plains. Je ne vous dirai point que de telles pertes se puissent réparer : rien n'est si rare qu'un ami, et en trouver deux en sa vie, ce serait gagner deux fois le quine.
Je compte être bientôt à Paris, où je me promets le plaisir de causer avec vous.
Note écrite en tête du recueil des lettres qui précèdent ( 1804-18 12).
Rome, le 19 mars 181 2.
Si quelqu'un voit ceci, on s'étonnera que j'aie voulu conserver de pareilles misères. Mais le fait est que ces chiffons, qui ne signifient rien pour tout autre, me rappellent à moi mille souvenirs, et qu'ayant déjà passé la meilleure et la plus belle moitié de ma vie, je me plais désormais à regarder en arrière. J'ai regret seulement que cette idée me soit venue si tard, et pltt à Dieu que j'eusse de semblables mémoires de mes premières années!
Courier. III. 35
A M""^ la princesse de Salin.
Paris^ le 20 juillet 1812.
lE voilà, Madame, à Paris, et vous n'y êtes pas. Vous êtes dans vos terres, et, quand vous en reviendrez, j'irai dans les miennes, chétives, qui n'ont rien de commun avec les vôtres que de me faire enrager si elles m'empêchent de vous voir. Vous serez de retour en octobre , et alors je m'en irai à Tours : on dirait que je prends mes mesures pour ne point vous rencontrer. A peine partezvous que j'arrive, et, si vous revenez, je me sauve. Le fait est que je ne désire rien tant que de vous voir; mais Dieu ne le veut pas. Patience, ce guignon-là ne saurait durer toujours.
Je vous ai écrit de Rome, Madame, et, qui plus est, mes lettres sont parties. Je sais qu'il m'arrive de les garder en attendant la réponse; mais, cette fois, j'ai beau fouiller dans mes poches et dans mes papiers, je n'y trouve rien à votre adresse. Ainsi
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elles sont parties, et vous les avez, et vous n'avez point répondu, ou j'aurai mal mis les adresses. Je vous cherche des excuses, parce que je ne voudrais pas vous trouver coupable : vous le seriez beaucoup. Madame, si vous m'eussiez oublié pendant que j'étais là-bas; car je pensais souvent à vous. Tout le monde ici m'assure que vous vous portez bien. Marquez-moi, je vous prie, ce qui en est.
Le 2 3 octobre 1812, au moment même où la conspiration dite de Malet éclatait, M. Courier partit pour Tours. 11 passa à Orléans le 24 ou le 2 5, et le lendemain il se rendit à Blois. Les gendarmes de cette ville lui demandèrent son passe-port, et, comme il n'en avait pas, il fut arrêté et mis en prison. On lui permit d'écrire à ses amis de Paris, et ceux-ci obtinrent aisément du préfet de police Real les ordres nécessaires pour le faire mettre en liberté. Après quatre jours entiers de détention, il continua son voyage vers Tours et Luynes.]
A M'"^ Pigalle, à Lille.
Paris, le 20 novembre 1812.
Je reçus à Rome, chère cousine, il y a six mois environ, une lettre de vous, et comme elle me fit grand plaisir, j'y répondis sur-le-champ. Mais je gardai ma lettre, afin de vous la porter moi-
même; car alors j'avais résolu de partir pour Paris, où je comptais vous trouver. Cependant il arriva que je ne partis point. Ainsi cette réponse est restée dans ma poche. Que voulez-vous? l'homme propose et Dieu dispose. Vous qui deviez être ici au commencement d'avril, vous y venez à la fin de juillet, et vous y restez jusqu'au jour de mon arrivée. Cela avait tout l'air d'une chose arrangée comme si nous fussions convenus de nous éviter J'entrais par une porte, et vous sortiez par l'autre Ne me demandez pas si j'enrageai. Ce fut le commencement de mon guignon : rien ne m'a réussi depuis.
Tout à l'heure encore, deux gendarmes me gardaient à vue jour et nuit; le jour ils me couvaient des yeux, et la nuit, avec deux chandelles, ils m'éclairaient de près pour dormir, crainte qu'on ne m'enlevât par Pair. Je ne pouvais, sauf respect, faire mon grand tour sans l'assistance de ces deux messieurs. On vous aura conté cela. J'étais un conjuré : j'avais entrepris de faire passer la couronne dans une autre branche. Si on m'eût coupé la tète' pour crime d'Etat, c'eût été pour vous un grand lustre : rien n'honore plus une famille, et tous mes parents auraient mis cela dans leurs papiers. Malheureusement on s'aperçut que j'étais un pauvre diable qui ne savait pas même qu'il y eût des conspirations, et on m'a laissé aller. Tout cela ne me
serait point arrivé si je vous avais vue celte année, car un bonheur amène Tautre. Mais, une fois en guignon, tout tombe sur un pauvre homme.
On dit que nous avons à Hasbourg, ou Hasbruck, ou Hasbroek , une cousine d'environ seize ans dont la figure et le caractère ne font point du tout de déshonneur à la famille, une fort belle personne, aussi sage que belle, et tout à fait aimable. Sur un pareil bruit, chère cousine, il y a dix ou douze ans, j'aurais été rôder dans ce canton sans rien dire; mais à présent je puis déclarer mon projet et annoncer que j'irai là tout exprès pour voir cette merveille, car je ne puis croire ce qu'on en dit que je ne l'aie vue et touchée.
Je vois vos enfants le dimanche chez M. Marchand : ils sont jolis et dignes de vous; l'aîné surtout montre de l'esprit. Je ne laisse pas, tout diables qu'ils sont, de leur apprendre quelquefois des polissonneries de mon temps, inconnues dans ce siècle-ci, où tout dégénère. Alfred fera ce qu'il voudra ; mais je suis fâché qu'on les désole pour des études assommantes, et dont l'utilité, après tout, est douteuse.
Ne comptez-vous pas, dites-moi, vous ou votre mari, venir bientôt à Paris? Si vous ne venez, je vais vous voir. Je pensais d'abord devoir attendre la belle saison; mais depuis, réfléchissant à l'incertitude de la vie, j'ai trouvé que c'était sottise de
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différer un plaisir, surtout quand on a, comme moi, <|uarante ans et des cheveux blancs : rien n'est plus vrai, j'en ai beaucoup , et je les garde précieusement pour vous les faire voir. Que direz-vous à cela? car enfin , ou le proverbe ment, ou ma tête n'est pas celle d'un fou, comme il vous a plu de le dire, sans reproches, en bien des rencontres. Je veux vous demander là-dessus une petite explication au coin du feu, nous deux, si je m'y trouve, comme je l'espère, avec vous cet hi^^er.
Répondez-moi bien vite. Vos lettres sont charmantes : j'aime fort à en recevoir, quoiqu'il n'y paraisse guère. J'en regrettai fort une que je devais avoir à Milan et que je n'y trouvai point, sans doute par le relard de mon voyage. Vous avez un style naturel et fort agréable. Pour moi, je griffonne tout le jour des choses assez ennuveuses, et je n'en puis plus quand il s'agit de faire une lettre qui m'amuserait.
[Courier, revenu à Paris vers la fin d'octobre, y passa tout l'hiver et le printemps de 181 3, partageant son temps entre l'étude et le jeu de paume, pour lequel son ancienne passion s'était réveillée. Au mois de juillet il alla s'établir à Saint-Prix, dans la vallée de Montmorency, pour y jouir de l'air de la campagne et pour mettre la dernière main à une traduction de Daphnis et Cliloé, qui fut, à cette époque, imprimée chez Firmin Didot.]
A M""" la princesse de Salm-Dyck.
Billet sans date. Madame,
Je n'aurai pas le plaisir de dîner avec vous, et cela parce que je suis mort. Je m'enterrai hier avec les cérémonies accoutumées, pour traduire un livre grec. C'est une belle entreprisé, dont je suis fort occupé. Ainsi, je n'y renoncerai guère que dans huit ou dix jours. Alors je ressusciterai, et je vous apparaîtrai. Ne soyez pas fâchée, Madame, si je vous manque de parole. J'ai fait pis à M"^ Clavier. Après mille serments de dîner chez elle hier, je n'y suis point allé. Sérieusement, je travaille comme un nègre. Je veux faire quelque chose, si je puis. Je pense à vous dans mon tombeau. J'en sortirai avant le jour du jugement pour vous aller un peu présenter mon respect. Mais ce sera le matin, si vous le permettez.
De profundis.
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A la même.
Saint-Prix, 2 3 juillet i8i3.
Madame,
Je ne voulais point vous écrire : je voulais vousaller voir, vous et M. le comte. Je me promettais de faire avec lui plus d'une partie de chasse et d'échecs. Ne devions-nous pas aller aux eaux d'Aix-la-Chapelle? J'ai cru de bonne foi, jusqu'à présent, que tous ces projets s'exécuteraient; mais je vois qu'il y faut renoncer, et que mes amis, qui me défiaient de quitter Paris, me connaissent assez bien. Vous savez comme on s'habitue en ce paysci, et comme aisément on y prend racine, et comme on finit par ne plus pouvoir vivre ailleurs. Assurément, il vous souvient des querelles que je vous faisais là-dessus. Vous en voilà quitte. Madame. Je commence à comprendre enfin que Paris ait pour vous quelque attrait, de la façon surtout dont vous y pouvez être, puisque moi, chétif, qui n'ai pas autant de raison de m'y plaire, je ne puis m'en arracher, non pas même pour vous aller voir. Je suis à la campagne pourtant depuis quinze jours sans m'ennuyer; mais de ma chambre je vois Paris, et j'y vais de mon pied chaque fois que la fantaisie
m'en prend. Faites-en autant, je vous prie, de votre château; essayez avec vos carrosses de partir à la minute même où ce caprice vous viendra. Je m'attends que dans votre première lettre vous reconnaîtrez ingénument les avantages que nous autres hères avons sur vous autres châtelains. Mon Dieu, qu'on doit y être bien dans ce château et avec vous! Je me le figure à merveille, et je crois. Madame, sans vouloir vous dire une douceur, que j'y aurais bientôt oublié Paris et le reste du monde. Cela m'est arrivé quelquefois en bien moins bonne compagnie. Le diiBcile, c'est de bouger d'ici. Passé une fois la première poste, il n'y a plus pour moi de Paris, ou tout m'est Paris, pour mieux dire. Si je vous contais les délices qui m'y retiennent à présent, vous seriez, je crois, bien surprise. Mais voilà ce que c'est. En paradis il n'y a qu'un plaisir pour tout le monde : celui de voir Dieu face à face; ici chacun jouit à sa mode.
Vous me demandez ce que je fais : je travaille à mettre un peu d'ordre dans mes pauvres affaires. Quand je dis pauvres, ne croyez pas que je me plaigne de mon sort, je sais combien de gens qui me valent sont plus pauvres encore que moi; et, songeant à ce que possédaient mes amis Socrate et Phocion , j'ai honte de mon opulence. Enfin je mets ordre à mes affaires, et savez-vous pourquoi? Pour aller à Athènes. Riez-en, si vous voulez.
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C'est un pèlerinage, un vœu dont je dois m'acquitter. Tout chrétien brûle du désir de voir une fois les saints lieux ; tout Grec un peu païen, comme moi, meurt content s'il a pu saluer la terre de Minerve et des arts. J'en veux rapporter des reliques, soit la lanterne de Diogène, ou bien le miroir d'Aspasie.
Je vis l'autre jour le Tariare ' : nous causâmes fort de vous. Madame. Il vous aime et révère. Mais cjuand nous reviendrez-vous.'' Tout au plus, je m'imagine, à la fin de novembre. Vous venez tard et partez tôt, comme les tourterelles. Que ce style ne vous étonne pas. Je viens de lire VAstrce, que je n'avais jamais lue. Cela m'ennuya d'abord , et puis j'y pris plaisir : c'est le rebours des autres lectures et de tout ce qui amuse. Vous éprouverez la même chose quelque jour dans votre château : vous finirez par vous y plaire et ne plus penser à Paris. Alors il faudra bien que Paris vous aille voir. Ce qui nous y cloue, c'est qu'on sait que vous y viendrez.
Je suis avec respect. Madame, votre, etc.