DEUXIÈME PARTIE. — IV. ■ Cxfo
ténèbres de nos sentiments les obscurcissent , les troublent et les confondent. Ainsi je n'ai point de peine sur cet article.
« VIII. Sur l'aclion des esprils, elc.
« J'en ai encore moins sur l'action de l'âme. Mais est-il possible qu'après avoir soutenu si publiquement, contre le père Malebranche, que l'àme agit réellement et physiquement en elle-même , qu'elle se modifie, qu'elle se détermine par une action positive dont elle est véritablement cause efficiente , on me vienne opposer aujourd'hui mon propre sentiment comme un remède à mes erreurs? Faites lire, mon révérend père , le traité de l'àme que j'ai dicté à Amiens * ; vous y trouverez des preuves convaincantes que je ne regarde point cet auteur comme mon maître , et que je l'abandonne quand il abandonne lui-même la vérité qui seule a droit de régner sur les esprits. Pour ce qui regarde l'action des esprits sur les corps, et particulièrement l'action de l'àme sur le corps qu'elle anime, je trouve quelque difficulté ; mais, n'ayant là-dessus aucune démonstration , et d'ailleurs ayant toujours cru que le système des causes occasionnelles n'examine 2 pas assez fortement la puissance des esprits, je ne vois aucune raison qui m'empêche de conformer mon jugement à tout ce que l'on exige de moi.
« Sur tout le reste on me propose ce que je pense, excepté néanmoins sur. la béatitude objective de l'état de pure nature, que je crois impossible. Quant au terme , si l'on y admet une espèce de vision intuitive de la divine essence , l'Église permet sur cela de penser ce que je veux, et je suis prêt à faire tout ce qu'on voudra, et même à dicter une rétractation de ce que j'en ai avancé.
« Voilà , mon révérend père , un exposé fidèle de mes sentiments les plus intimes, par où l'on voit assez que je ne puis
1 André y était donc resté au moins quelque temps. 3 Peut-être n'exprime.
cxlvj USTRÔDUCIION.
pas dire le profiteur me vera credere : 1°. des accidents absolus ; 2°. de l'essence du corps indépendante de toute étendue actuelle; 3°. des formes substantielles; 4°. du sentiment contraire à saint Augustin sur la nature de nos idées , du moins jusqu'à ce' que j'aie reçu l'instruction que je prie votre révérence de me faire donner par des gens habiles , sensés, non prévenus , et qui ne veuillent point demeurer cachés pour être en droit de dire tout de qu'il leur plaît. Enfin j'enseignerai tout ce qu'on voudra, je ferai telle rétractation que l'on voudra , la plus humiliante pour moi , la plus glorieuse pour la compagnie, dont je serois ravi de procurer la gloire au prix de tout l'honneur du monde. Mais pour me convaincre intérieurement, je demande des raisons , et il me paroît qu'il ne doit pas suffire que l'on me dise en général : cette doctrine ne vaut rien. Il n'est pas à propos pour nous que cette manière de censurer les opinions contraires aux nôtres soit autorisée par les gens sages ; il n'y auroit plus que des hérétiques dans le monde. Je vous prie donc, mon révérend père , de me donner des censeurs plus équitables et moins emportés , qui ne me traitent point d'entêté sans avoir tâché de me convainc^ ni de fanatique sans avoir démontré mes visions, 'ni d'hétérodoxe sans avoir découvert mes hérésies , ni d'homme de mauvaise foi sans en apporter aucune preuve ; c'est la dernière chose que l'on doive reprocher à tout homme avec qui l'on veut encore avoir quelque société. Je parlerai une autre fois à votre révérence de la Calomnie évidente qui était contenue dans le papier qu'elle me lut à la visite , que je lui demandai, qu'elle me refusa, et qu'il semble que vous ayez oublié. Je suis avec respect , etc. »
Cette fois la compagnie se piqua d'honneur et consentit a discuter avec André. Elle chargea trois de ses plus fortes têtes d'examiner sa profession de foi, et l'un d'eux eut ordre d'y répondre article par article. Cette réponse, à ce qu'André nous apprend, était un petit in-folio. Il en