‹ Œuvres philosophique du père AndréChapitre 103 sur 175 · DEUXIÈME PARTIE, — IV, Cxhij · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE, — IV, Cxhij

fit un extrait qu'il envoya à Malebranche, et cet extrait ie trouve dans nos papiers. ïl est lui-même fort étendu. André a mis de loin en loin à la marge quelques notes très-succinctes : « L'auteur de cet écrit est inconnu , dit André dans une de ces notes , et se cache , à ce qu'il dit , par ordre de ses supérieurs. Cependant il parle comme un pape. » En effet , même dans l'extrait , le ton est toujours celui d'un supérieur. Malebranche y est traité , comme philosophe et comme théologien , avec beaucoup de hauteur. C'est le thème développé dans le livre du P. Dutertre. Il est à peu près certain que cette pièce lui avait été communiquée aussi bien qu'à André , et il est vraisemblable qu'elle lui aura été donnée comme le fond de la réfutation de Malebranche qu'on lui demandait. C'est le même esprit , ce sont les mêmes arguments présentés à peu près dans le même ordre; on y accuse Malebranche de n'avoir aucune originalité en philosophie , et d'être seulement un écolier de Descartes, qui n'a ajouté à la doctrine du maître que des contradictions et des extravagances. On s'attache particulièrement à réfuter la théorie des idées ; et, comme André avait prétendu retrouver cette théorie dans saint Augustin , le père jésuite qui lui répond expose à son tour ce qu'il appelle la vraie doctrine du grand docteur : tout ce morceau a presque passé dans l'ouvrage du P. Dutertre. Les citations de saint Augustin sont les mêmes, le style seul est un peu changé ; il est plus ironique et moins violent dans le livre imprimé que dans la pièce manuscrite. Ici Malebranche est partout représenté comme un fanatique et comme un fou. L'esprit général qui y règne est celui du péripatétisme, comme l'esprit du

Cxh'iij INTRODUCTION.

platonisme domine dans Malebranche et dans André. De là les défauts et les mérites de ce factum philosophique. L'empirisme d'Aristole n'a pas toujours tort contre l'idéalisme de Platon ; il en faut dire autant des jésuites à l'égard de Descartes et surtout de Malebranche. Gomme ils eurent souvent raison contre Port-Royal en théologie, dans la grande affaire de la grâce, où ils se portèrent les défenseurs de la liberté et de la puissance de la volonté humaine, de même leur empirisme péripatéticien en philosophie a quelquefois l'avantage du sens commun contre la théorie des idées et la fameuse vision en Dieu. Ils en parlent déjà comme le fit plus tard leur célèbre écolier Voltaire, qui avait pris à Louis le Grand chez les jésuites le fond de sa philosophie, et la développa pendant son séjour en Angleterre dans l'étude de Locke et par le commerce de ses disciples. Reste à savoir quel peut être l'auteur de la pièce qui est entre nos mains. Rapin l était mort en 1687, Le Valois2 en 1700. Letellier était occupé à diriger la conscience de Louis XIV. Hardouin n'était pas consulté, comme il le dit lui-même3. Battus \ cité dans

1 Auteur de la Lettre d'un philosophe à un cartésien de ses amis, Paris, 1673. Le cartésien auquel cette lettre est adressée est le P. Dont Robert des Gabets. (Voyez nos articles sur ce savant Bénédictin, février, mars, avril et mai 1842, Journal des Savants.) Le P. Le Valois, dans son livre : Sentiments de M. Descartes opposés à la doctrine de l'Église, et conformes aux erreurs de Calvin, Paris, 1680, citant celte lettre aux pages 54, 55 et 56,chap. 3e, l'attribue au P. Pardies, et Moréri ne la met point parmi les écrits de Rapin; mais, dans l'imprimé, elle est positivement signée R.... J(ésuite).

- 11 était né à Melun en 1G39 ; régent de philosophie à Caen, confesseur des princes, petits-iils de Louis XIV, enfin supérieur de la maison de Paris. Voyez Moréri et la Vie du P. Le Valois en tête de ses OEuvres spirituelles, 3 vol. Paris, 1706.

3 Voyez plus haut sa lettre à André.

* Né à Metz en I6fïi, entrerions la sceiété en 1684, appelé à Rome

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