DEUXIÈME PARTIE. — IV. cliij
la sincère volonté qu'a Dieu du salut de tous les hommes, et le sang de J.-C. répandu pour tous sans exception, se peuvent accorder avec le salut d'un si «petit nombre d'élus et la damnation d'un si grand nombre de réprouvés. Or il n'a fait qu'embarrasser la question. Preuve. Selon le P. Malebranche, J.-C. ne pense pas toujours actuellement à chaque objet particulier. Mais du moins il a toujours présentes à l'esprit toutes les vérités générales dont la théologie est composée. Il voit donc toujours , si le système du P. Malebranche est vrai, que tous les hommes à qui il ne voudra pas se donner la peine de penser en particulier, et souvent, et dans les circonstances d'où dépend leur salut , en désirant que le prix de son sang leur soit appliqué , seront infailliblement damnés. Si donc il manque à penser souvent, et de la manière qu'on vient de dire, à tant de gens qui se damnent, et dont, selon le P. Matebranche , la damnation ne vient originairement que de là , peut-on dire que ce soit en J.-C. une simple omission involontaire , et que ce ne soit pas au contraire une nolition positive où la réprobation de ces misérables est attachée ?
« 13°. De la manière dont le P. André s'exprime dans sa lettre, il semble supposer qu'on exige de lui un acte de foi divine sur tous les points de l'écrit qu'on lui a envoyé , où cependant il est parlé de bien des choses qui n'ont aucun rapport à la religion '. Ce n'est point de cela qu'il s'agit, mais d'une simple persuasion intérieure, sans laquelle il mentirait en faisant profession de croire vrai ce qu'il ne croirait pas. S'il ne l'a point sur certains points qu'on va lui marquer, on ne pourra s'empêcher de le regarder comme attaché à des opinions hétérodoxes et dangereuses ; mais aussi on ne marquera de cette manière que les choses de la vérité desquelles on juge que tout théologien catholique doit être persuadé. Ce n'est pas néanmoins qu'on prétende que les opinions contraires qu'on l'oblige à rejeter soient toutes des hérésies for-
1 « De quel droit demandez-vous donc une persuasion intérieure ? »
Cliv INTRODUCTION.
melles. On regarde la plupart comme des erreurs ; mais pour les qualifier d'hérésies formelles, il faut un jugement plus exprès de l'Église que ne le pourroient paraître au P. André quelques-uns de ceux qu'elle a déjà portés. Il y a même quelques-unes de ces opinions que l'on ne qualifîeroit que de dangereuses en matière de foi, si l'on en vouloit porter une censure exacte.
« 14°. Ridicule distinction entre hétérodoxe et hérétique , pour montrer que j'avois eu tort de prier mes censeurs de ne me point traiter d'hétérodoxe sans avoir découvert mes hérésies.
«15°. Il m'accuse d'avoir rapporté un passage de saint Augustin assez peu fidèlement, ce sont ses termes; rien n'est plus faux ni plus calomnieux.
«46°. Si le P. André avoit commencé à s'instruire des choses avant que d'en parler, il auroit reconnu : 4°. que le platonisme de saint Augustin sur les idées n'est point du tout le malebranchisme ; 2°. que ce platonisme même n'eut jamais aucun cours dans l'Église ni avant ni depuis le concile de Nicée; 3°. que c'est une opinion. très-particulière à saint Augustin et rejetée par tous les autres Pères de l'Église,
«Sur les accidents absolus.
17°. Les théologiens défenseurs des accidents absolus conviennent que l'opinion qui les rejette n'est pas expressément condamnée par le concile de Trente , si l'on s'en tient à la seule force des mots pris en eux-mêmes : mais ils ajoutent que les Pères de ce concile ne s'étant servis du mot d'espèce ou de celui d'accident que pour ne se pas éloigner du langage des anciens Pères de l'Église , ils n'ont pas laissé de vouloir exprimer la même chose. On en apporte deux preuves : la première est prise du sentiment unanime tant des théologiens employés à dresser les décrets du concile, que des Pères du concile qui ont approuvé ces décrets, entre lesquels on n'en sauroit trouver un seul qui n'ait cru que les