‹ Œuvres philosophique du père AndréChapitre 108 sur 175 · DEUXIÈME PARTIE. — IV. clv · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE. — IV. clv

même» accidents qui étoient avant la consécration dans le pain et dans le vin , restent après la consécration dans l'Eucharistie. . La seconde preuve est tirée de la manière dont toutes les écoles catholiques ont expliqué depuis ce temps-là les décrets du concile, entendant par le mot d'espèces employé dans ces décrets de véritables accidents absolus.

« '180. Le sentiment contraire du P. Magnan que le P. André cite , ne prouve rien ici , tant parce que l'opinion d'un seul, et même de deux ou trois théologiens, ne peut servir en ces occasions qu'à les faire accuser eux-mêmes de témérité , que parce qu'il est aisé de prouver que l'opinion particulière du P. Magnan touchant les espèces sacramentelles n'est point recevable à cause qu'il explique mal le signe sensible qui doit toujours se trouver dans un sacrement permanent de sa nature, lors même qu'il n'y a personne qui soit présent.

« '19°. Mais voici quelque chose qui pourra paroître plus fort au P. André ; sans doute qu'il sera surpris quand on lui dira qu'à s'en tenir précisément à la profession de foi contenue dans sa lettre, il ne paroit pas pouvoir éviter d'encourir Tanathème porté par le concile de Constance , sess. 8, contre les quarante-cinq articles de Wiclef. Le P. André , dans sa profession de foi , rejette le premier et le troisième article comme hérétique , mais il soutient le second séparé des deux autres dans tous les sens qu'y eut pu donner Wiclef, supposé qu'il se fût départi des deux natures. Ce second article porte : Entia panis et vini non marient sine subjecto in eodem sacramento. Or le P. André croit cela véritable ; mais en reconnoissant le dogme de la transsubstantiation nié par Wiclef. Après que le P. André aura fait cette réflexion , qu'il tourne le feuillet et qu'il lise la censure du concile portée sub anaihematis interminatione contre ceux qui oseront désormais soutenir et même détenir, tenere dictos articulos vel ipsorum aliquem;\e P. André pourra-t-il donc ne point encourir cette censure s il persiste dans son sentiment? On veut bien cepen-

C'ivj INTRODUCTION,

dant lui donner le temps d'y penser à loisir, et Ton consent qu'il ne fasse point tomber le profdeor me ver a dicere sur l'existence des accidents absolus.

« 20°. Celui même qui a dressé cet écrit, avoue ingénuement qu'il ne croit pas que cet argument tiré des paroles du concile de Constance soit sans réplique. Tout ce qu'on exige du P. André, c'est qu'il enseigne à ses écoliers, et prouve de son mieux qu'il faut reconnaître des accidents absolus pour bien expliquer le sacrement de l'Eucharistie.

« 21°. On ne peut au reste s'empêcher de lui dire qu'entre les choses inutiles qu'il dit là-dessus dans sa lettre , on est surpris qu'il parle d'une qu'on n'a jamais songé à lui proposer, qui est de soutenir comme certaine l'opinion commune dans les écoles qui prétend que la quantité appelée communément externe est un accident absolu , et le principal de ceux du pain et du vin qui restent dans l'Eucharistie. Le mieux qu'il puisse faire, c'est d'en parler comme les autres ; mais il ne se seroit pas forgé des chimères pour les combattre , s'il eût su que celui qui a dressé l'écrit latin et n'y a rien mis qui eût rapport à cela, n'a jamais cru que la quantité externe fût autre chose que la position des parties du corps les unes hors des autres : non plus qu'il n'a jamais cru que la quantité appelée interne fût un accident absolu. Son sentiment pourtant a toujours été et est encore qu'on ne peut sans témérité se dispenser de reconnoitre des accidents absolus. Mais pourvu qu'on en reconnoisse quelqu'un du pain et du vin qui restent après la consécration, il est persuadé qu'on satisfait à tout ce qui se peut légitimement conclure, non-seulement des décisions de l'Église, mais encore du sentiment des écoles catholiques.

« Sur l'essence de l'âme humaine.

« 22°. J'avois dit dans ma lettre qu'il y avoit des expériences qui prouvoient assez bien que notre âme pense toujours ; là-dessus notre censeur raisonne ainsi : Le P. André

Page 1