DEUXIÈME PARTIE. — IV. clvij
indique assez au quatrième article qu'il ne croit pas que les bètes sentent, bien loin de penser. Cependant on trouve quelquefois sur le corps de leurs petits des marques des objets qui ont fortement frappé les organes extérieurs de la mère qui les portoit dans son ventre !. On avertit de plus le P. André qu'on a eu de très-bonnes raisons de proposer cet article; quoi qu'en ait dit le P. Malebranche, on ne peut nier sans absurdité que toute perception soit des objets extérieurs, soit de notre ressentiment (?), ne soit un véritable acte vital à l'égard de notre âme. Or, il est téméraire de dire qu'aucun acte vital puisse être essentiel à aucune substance vivante et créée , tous les Pères et tous les théologiens orthodoxes ayant regardé comme un attribut propre de Dieu seul d'être par son essence son propre acte vital.
« 23°. Cette opinion témérairement avancée (que la pensée actuelle est essentielle à l'àme) a été la source2 de Terreur de l'impie Spinosa touchant la nature de nos âmes. Il n'avoit jamais étudié d'autre philosophie que celle de Hobbes, qui ne reconnoissoit rien que de corporel , et de Descartes qui avoit prétendu démontrer la distinction de l'esprit et du corps. Spinosa s'aperçut fort bien que ces prétendues démonstrations sont de purs paralogismes, et conclut que notre âme, consistant essentiellement dans la pensée actuelle, ne pouvoit être une substance , et n'étoit qu'une simple modification de l'unique substance qu'il reconnoît , considérée en tant que l'attribut de penser lui convient, et nullement en tant que l'attribut de l'extension lui convient aussi. De sorte qu'il ne s'ensuivroit point du tout , ni que la pensée fût modification de l'extension, ni que l'extension fût. modification de la pensée , mais simplement que l'une et l'autre étaient modifications de la même substance suivant deux .différents attributs qu'elle a.
«24°. Après quoi cet impie, errant toujours conséquem-
1 « Grossier. »
2 « Stupidité. »
clviij INTRODUCTION.
ment, conclut que nous changeons d'àme à mesure que nous changeons de pensée. Le P. André, abandonnant ici Descartes sur l'autorité du P. Malebranche, avoue que nous n'avons point d'idée claire de notre âme ; on en convient avec lui, mais il n'a pas pris garde que de cela seul il s'ensuit que les prétendues démonstrations que Descartes avoit trouvées pour démontrer la spiritualité de l'âme cessent d'être des démonstrations. A quoi le P. Malebranche n'a pas plus fait de réflexion crue le P. André.
« Sur l'essence du corps et la pénétration proprement dite.
« 25°. Tout ce que le P. André a dit hors de sa place au premier article ne prouve rien que deux choses qu'on lui accorde, savoir : 1°. qu'on a une notion claire de l'extension ; 2°. que l'extension convient naturellement à tous les corps. Rien n'est plus vrai. Tout ce qu'on peut conclure de ces deux choses , à s'en tenir même aux seules lumières de la raison, c'est que nous n'avons point d'idée claire d'aucun corps où l'extension ne soit renfermée. Mais comment démontrera-t-il que nous connoissons le fond de l'essence , soit d'aucun corps en particulier , soit de la matière et des partie^ matérielles dont il est composé? Il trouve dans son esprit une idée claire de l'extension : ses sens le convainquent qu'il ne connoît aucun corps sans extension ; on le lui accorde; mais qu'en peut-il conclure sinon que tout corps est naturellement étendu? Il répondra qu'on n'y connoît clairement que cela seul ; on en convient avec lui ; mais ayant l'esprit aussi borné que l'a tout homme , d'où conclut-il qu'il n'y a rien autre chose que la faiblesse de l'esprit humain ne nous permette pas de connoitre clairement ?
« 26°. S'il étoit vrai, comme les cartésiens le prétendent, qu'en ne supposant dans la matière et dans le monde corporel que la simple extension, on put expliquer d'une manière plausible tous les effets qu'on y remarque, peut-être en pourroit-on conclure qu'il n'y a dans les corps que la même ma-