‹ Œuvres philosophique du père AndréChapitre 114 sur 175 · DEUXIÈME PARTIE. — IV. ckvij · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE. — IV. ckvij

âme et ses modifications, que nous connoissons par conscience , on ne peut connoître rien autre chose que ce qu'on voit immédiatement en Dieu. Aétius, premier chef des anoméens, n'en a pas plus dit sur cette matière. Il en à même moins dit que le P. Malebranche, et néanmoins saint Épiphane l'accuse en cela non-seulement d'hérésie1, mais de l'hérésie la plus téméraire, la plus audacieuse et la plus extravagante qui fût jamais, t. I, hérés. 76, p. 989.

« 4°. Qu'eût-il dit du P. Malebranche et de ses sectateurs? Aétius prétendoit tout au plus connoître Dieu , non par la foi , mais par une science, aussi clairement, aussi immédiatement et aussi certainement qu'il se connoissoit soi-même : il n'alla jamais plus loin. Le P. Malebranche n'a pas été si réservé , et il a très-certainement enseigné qu'il connoissoit beaucoup mieux Dieu qu'aucun homme ne se peut connoître soi-même. Il prétend voir l'essence divine en Dieu même immédiatement. Il connoit si clairement cette espèce de FÊtre infini, qu'il ne lui .est pas possible de douter, soit de l'existence de. cet être, soit de l'infinité de ses perfections. Il s'en faut que, suivant les principes du P. Malebranche, ni lui ni aucun homme se puisse si bien connoître soimême...

« 5°. Quant à la connoissance que chacun peut avoir de son corps, c'est bien pis. Si nous en croyons le P. Malebranche , personne ne voit ni ne sent immédiatement son corps : on voit simplement en Dieu l'idée de ce corps.

« 6°. Quand saint Épiphane dit qu' Aétius prétendoit mieux connoître Dieu que les autres et même que t'dut autre , cela ne signifie pas qu' Aétius s'attribuoit un privilège personnel et que personne ne pût avoir. Tous les anoméens disent la même chose d'eux-mêmes, au rapport des Pères. Ainsi saint Épiphane ne dit cela d'Aétius qu'au sens qu'un philosophé bien sensé peut dire que tout malëbranchiste croit mieux

1 >< Ignorance ou stupidité; j'ai consulté Kplphaue. «

Cl.wiij INTRODUCTION.

connoitre Dieu que les autres philosophes ne croient le connoitre , parce que tout malebranchiste dit qu'il voit immédiatement et clairement la nature et l'existence de l'Être infini : au lieu que les autres philosophes bien sensés assurent que par les lumières naturelles on ne peut voir Dieu immédiatement, et que l'esprit humain étant fort borné, il ne peut avoir qu'une idée fort obscure de l'Être infini. Sur quoi il me renvoie aux écrits des saints Athanase , Basile , les deux Grégoires de Xazianze et de Nysse, Chrysostôme, etc. Il y verra, poursuit le censeur, que le sentiment unanime de l'Église, en ces premiers siècles, étoit que Dieu est à notre égard en cette vie, non-seulement incompréhensible, mais encore invisible, et, ce qu'il doit bien remarquer, que nous n'avons ici-bas que deux manières de connoitre Dieu : l'une surnaturelle par la foi , l'autre naturelle, qui n'est point du tout immédiate , mais qui consiste à s'élever de la connoissance immédiate des créatures à celle du créateur. Il verra aussi que les Pères, en avançant cela , se fondent sur des passages de l'Écriture qu'ils citent, et qui ne se peuvent en effet expliquer dans un autre sens.

« 7°. Après un petit compliment sur mon peu d'érudition et de lecture, il m'avertit de consulter quelque bon commentaire sur ce passage de saintPaul, \ ,Tim., 6 : Lucem inhabitat inacœssibilem quem nullus hominum vidit, sed nec videre potest. Il verra , dit-il , que le sens de ces paroles est si clair que tous les Pères en conviennent, et que cela seul peut suffire à tout catholique pour condamner l'erreur du P. Malebranche comme formellement contraire à la parole de Dieu. Que le P. André compare leurs explications avec celle que le P. Malebranche y donne dans l'éclaircissement 4 0, tom. IV, p. 200 de la Recherche; il sera bien entêté s'il ne convient de l'ignorance et de la témérité dé ce fanatique auteur, qui ose préférer ses visions au sentiment unanime des Pères, sans aucun égard pour le décret duconcile de Trente, où il est expressément défendu de se départir jamais du sentiment una-

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