DEUXIÈME PARTIE. — IV. clxxiij
taphores et les paroles qui ne signifient rien , et tout ce que les malebranchistes croient voir de réel s'évanouira. Les êtres créés, dit-on, sont des participations de Dieu : cela signifie précisément que Dieu seul comme tout-puissant peut créer ces êtres, qu'en les créant il leur donne dans un degré fini des perfections semblables aux siennes qui sont infinies, mais réellement distinctes des siennes et toujours mêlées d'imperfection ; tant parce que Dieu ne les donne qu'en un degré fini, que parce qu'il ne donne à aucun être particulier en le créant que des perfections semblables à quelquesunes et non pas à toutes les perfections divines. Cela est vrai : le reste se réduit à des mots qui ne signifient plus rien.
« Dieu est participable , dit-on , en une infinité de manières, c'est-à-dire qu'il y a une infinité d'êtres possibles que Dieu peut créer de la manière qu'on vient de dire , en leur donnant des perfections semblables aux siennes , mais très-réellement distinctes des siennes. On en convient. Venons à la conséquence que tirent les malebranchistes en disant que Dieu se peut montrer à nous en tant que participable d'une certaine manière sans se montrer en tant qu'il est participable d'une autre façon. On répond que quand Dieu le feroit, il ne nous montreroit précisément que sa toute-puissance avec quelques-unes de ses perfections; et les malebranchistes avouent que nous ne . voyons rien de semblable , quand nous connoissons quelque être créé que ce soit en particulier. C'est que , comme l'on vient de le remarquer, les êtres créés ne sont point du tout en Dieu , et ne sont des participations des perfections divines qu'en tant que Dieu , en les créant, leur a donné , dans un degré fini , des perfections semblables à quelques-unes des siennes. Ainsi , en Dieu , comme participable , il n'y a précisément que sa toute-puissance et ses autres perfections très-distinctes de celles des êtres créés ; de sorte que , tout galimatias retranché, Dieu, participable de telle façon ou participé de telle façon, n'est rien que Dieu considéré comme tout-
Clxxiv INTRODUCTION.
puissant et comme ayant, outre sa toute-puissance, telles perfections infinies, mais auquel les perfections de tels êtres créés en Dieu ont quelque chose de semblable. Mais, disent les malebranchistes , l'idée de chaque être créé n'est rien que Dieu même, en tant que participé ou participant par cet être : c'est ce que Ton nie et ce que l'on soutient être évidemment faux. L'idée que Dieu a de chaque être créé n'est rien du tout que la connoissance qu'il en a. Cette connoissance est Dieu même : on l'avoue, mais c'est Dieu, en tant qu'il a une parfaite compréhension de soi-même, et conséquemment de sa toute-puissance et de toutes ses autres perfections. Dieu même ne voit point autrement les êtres créés comme possibles en soi-même qu'en les comprenant; or, cette compréhension est absolument invisible à notre égard; elle est absolument incommunicable. Donc, il est faux : 1 °. qu'il y ait en Dieu des idées représentatives à notre égard des êtres créés en tant que possibles; 2°. que nous puissions voir en cette vie les idées que Dieu en a , ces idées n'étant rien autre chose que ce que les théologiens appellent la science de simple intelligence, c'est-à-dire la parfaite connoissance que Dieu a de toutes les choses pos» sibles en se comparant à soi-même.
« 5°. S'il est impossible, comme on le vient de prouver, que nous puissions voir dans les idées de Dieu les êtres créés comme possibles , il est encore beaucoup plus aisé de démontrer que nous ne pouvons voir dans les idées de Dieu aucun être comme existant. Dieu même ne voit et ne peut voir en soi-même ces êtres comme existants , bien loin de nous les y faire voir. Il ne voit les êtres créés comme' existants que dans eux-mêmes; la raison en est évidente. Dieu est absolument incapable de changement. Il est toujours le même, soit que ces êtres contingents existent , soit qu'ils n'existent pas. La connoissance , au reste , qu'il a de ces êtres comme existants , et qui s'appelle, science de vision , n'est rien du tout que l'essence divine, en tant qu'elle est sagesse infinie et