‹ Œuvres philosophique du père AndréChapitre 118 sur 175 · DEUXIÈME PARTIE, — IV. clxXV · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE, — IV. clxXV

subsistante qui ne peut ignorer aucune vérité. Or, cela est incompréhensible et incommunicable à un tel point , que les bienheureux, même envoyant intuitivement l'essence divine, n'y peuvent voir l'existence d'aucun être contingent. Dans un ouvrage d'une juste étendue , il seroit bien aisé de démontrer l'extravagance de tout ce que le P. Malebranche dit sur ce sujet.

« 6°. Non-seulement il n'y a point en Dieu d'idées des choses telles que le P. Malebranche les a imaginées , mais encore on peut démontrer que , s'il y en avoit , Dieu cesseroit d'être infiniment parfait. Il est évident que ce que le P. Malebranche dit de ses idées divines, ou ne signifie rien du tout , ou suppose que ce sont des modifications représentatives, et comme des tableaux tracés dans la substance de Dieu. Sans cela , Dieu , en nous montrant ces idées, ne nous feroit point voir les êtres contingents. Or, un Dieu revêtu de ces sortes d'idées n'est point du tout le véritable Dieu ; c'est le Dieu des platoniciens du me et du ive siècle , et même encore plus imparfait que ces platoniciens ne le concevoient. Ils n'y reconnoissoient de ces sortes d'idées que pour les vérités éternelles , pour les genres et les espèces des choses ; ils n'en reconnoissoient point pour les individus. Beaucoup moins en reconnoissoient-ils de contingentes pour représenter l'existence des êtres et les changements qui arrivent dans le monde. Il en faut au P. Malebranche, et d'éternelles pour chaque individu contingent , et de contingentes pour représenter l'existence des êtres , et qui changent à mesure qu'il arrive du changement clans le monde. On ne prétend pas ici que le P. Malebranche ait avancé cela , mais on soutient que, sans cela, il est absolument impossible qu'on puisse voir dans les idées divines ce que le P. Malebranche assure que nous y voyons, et que nous ne pouvons voir autrement. Au reste , si le P. André s'étonne qu'en comparant le fanatisme malebranchiste au platonisme , on n'ait parlé que des platoniciens du nie et du ive siècle , on lui dira que les premiers platoni-

Clxxvj INTRODUCTION.

ciens avoient une si grande idée du Dieu suprême , qu'ils n'avoient pas cru pouvoir placer dans sa substance les idées dont Platon, leur maître, n'avoit point parlé assez clairement. v 7°. Enfin, le P. Malebranche dit des choses si absurdes, en expliquant son extravagant fanatisme, qu'on s'étonne comment le P. André ne s'en est pas aperçu. A-t-il pu concevoir, par exemple, ce que c'est que cette merveilleuse étendue intelligible dans un Dieu , qui n'a ni ne peut avoir aucune étendue réelle, pas même, selon Descartes et le P. Malebranche , par diffusion visuelle de sa substance? A-t-il compris comment Dieu peut faire pour borner en lui-même cette étendue intelligible , de manière à ne nous y faire voir qu'un carré ou qu'un triangle? A-t-il pu se figurer ce que Dieu, après avoir ainsi borné cette étendue , y peut ajouter pour nous y faire voir ce carré ou ce triangle comme existants et tracés sur le papier devant nos yeux? ou plutôt n'a-t-il pas d'abord compris que rien de spirituel ne peut être une image qui représente des choses corporelles ' ? On pourroit encore demander au P. André s'il concevoit ce qu'il disoit quand il a écrit dans sa lettre , qu'on peut voir en Dieu les idées des créatures sans voir la substance divine2? Peut-on voir les créatures dans ces idées sans voir ces idées? Les idées ne sont-elles pas la substance de Dieu même ? Peuton voir quelque chose dans ce miroir sans voir ce miroir? Peut-on voir un objet représenté dans un tableau sans voir ce tableau , c'est-à-dire la toile et les couleurs étendues sur la toile? Le P. Malebranche dit quelquefois, pour éluder cette difficulté , qu'en voyant les choses contingentes en Dieu nous ne voyons pas la substance divine en ce qu'elle a d'absolu , mais simplement en tant que relative aux choses contingentes ; est-ce donc qu'on peut voir si clairement une re-

1 « Sot raisonnement : Donc l'âme n'a nulle idée des corps. » Cet argument n'est pas sot du tout .- c'est celui même d'Arnauld et plus lard celui de Reid.

J « Te n'ai point dit la substance divine, mais l'essence divine, etc. »

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