DEUXIÈME PARTIE. — IV. clxxvij
lation que la vue de cette relation nous en fasse connoître le terme sans rien voir du tout de l'absolu sur lequel cette relation est fondée? En voilà trop, quoique ce ne soit pas la moitié des extravagances fanatiques qu'on pourroit rendre ridicules si on en avoit le temps. En voilà cependant plus qu'il n'en faut pour faire voir que Faydit , quoique assez peu sage lui-même, parloit fort sagement quand il disoit du P. Malebranche :
Lui qui voit tout en Dieu n'y voit pas qu'il est fou r.
« 1 i°. Il faut enfin venir à saint Augustin. Véritablement, on est obligé d'avouerqu'il a inséré dans ses ouvrages un peu trop du platonisme qu'il avoit étudié avant sa conversion. Il est vrai même que les savants qui ont fort estimé le livre du P. Baltus y ont trouvé à redire qu'il eût un peu trop dissimulé le platonisme de saint Augustin. Cependant il est trèsaisé de faire voir que ce platonisme n'a rien de commun avec le fanatisme du P. Malebranche. Saint Augustin avoit beaucoup lu Plotin et Porphyre, et il a plutôt suivi la manière dont ces 'deux auteurs ont expliqué ce que Platon avoit dit des idées que la doctrine de Platon même.
«la0. Preuves convaincantes que le platonisme de saint Augustin est tout différent du fanatisme du P. Malebranche. — 4°. Jusqu'à ce que ce philosophe fût devenu visionnaire, jamais personne n'avoit cru que nos idées fussent distinguées de nos perceptions. Tout le genre humain convenoit de ce qu'on aura appris au P. André quand il commençoit à étudier en philosophie , que l'idée humaine n'est autre chose
1 Ce vers a été souvent attribué à Voltaire , qui n'a fait que le répandre et le mettre à la mode pour l'avoir souvent entendu répéter à ses maîtres et à ses amis de la compagnie de Jésus. Faydit était de Riom en Auvergne. Il était entré dans l'Oratoire en 1662, et, d'après Moréri, il fut obligé d'en sortir en 1671, pour avoir publié un écrit cartésien intitulé : De Mente humana juxta placiUi neotericomm, et forcé par un ordre du roi, en 1709, de se retirer dans son pays. C'était un esprit brouillon et inquiet.
ClXXViij INTRODUCTION.
que ce qui s'appelle dans les classes : humanœ mentis conceptus, reprœsentative sumptus ; jamais aucun platonicien, ni saint Augustin dans son platonisme n'en ont pensé ou parlé autrement. C'est donc une vision très-particulière des seuls malebranchistes de distinguer la perception de l'idée , et de dire qu'il n'y a pas d'autre idée présente à notre esprit que celle qu'a Dieu de la chose que nous croyons connoître , mais dont nous ne voyons que la seule idée qui n'est qu'en Dieu et point du tout en nous.
« 2°. Jamais les platoniciens, ni saint Augustin dans son platonisme, n'ont douté que dans nos sensations nous ne sentissions très-immédiatement les objets qui frappent les organes extérieurs de nos sens. Saint Augustin en ses Confessions, liv. X, chap. 40. C'est donc une chimère propre du seul fanatisme introduit par le P. Malebranche, que de prétendre que nous ne sentons et ne voyons point en effet les objets extérieurs qui sont sous nos yeux et en nos mains, mais qu'alors Dieu nous montre seulement les idées de ces objets lesquels ne sont qu'en lui.
« 3°. Saint Augustin a toujours cru avec tous les platoniciens que la connoissance de Dieu naturelle et commune à tout le genre humain n'est point du tout immédiate en soi, et ne s'acquiert que par la connoissance immédiate des créatures. Saint Augustin le dit en tant d'eridroits qu'il seroit inutile de les marquer au P. André. Il suffit qu'il lise ces paroles, liv. X, Conf., chap. 6 : Homo interior cognovit hœc (entia creata) per exterioris ministerium. Ego interior cognovi hœc : ego , ego animus per sensus corporis mei. Il observe ensuite que les bêtes aussi bien que les hommes voient la beauté du monde corporel ; mais qu'étant sans raison, cette vue de la créature ne les peut conduire à la connoissance du créateur; puis il ajoute : Homines autem possunt interrogare ut invisibilia Bei per ea quœ facta sunt intellecta consp/ciantiir. On voit combien .saint Augustin étoit éloigné de la fanatique opinion du P. Malebranche, qui prétend que