‹ Œuvres philosophique du père AndréChapitre 123 sur 175 · DEUXIÈME PARTIE. — IV. clxXXV · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE. — IV. clxXXV

P. André qu'on le croit obligé en conscience à réparer le scandale qu'il a donné et dedans et dehors par son entêtement pour le dangereux fanatisme qu'on vient de réfuter , et qu'il n'y a pas de meilleur moyen pour réparer ce scandale, que de dicter ce qu'on lui a marqué là-dessus dans l'écrit latin.

« De la clarté et de l'obscurité de nos idées.

« 16°. Ou le P. André se contredit dans cet article, en écrivant qu'il ne lui fait pas de peine, ou en disant cela il abjure le malebranchisme. L'écrit latin ne lui fait pas simplement dire que quelques-unes de nos perceptions sont obscures, et qu'ainsi il y a des choses que nous ne connoissons qu'obscurément ; cet écrit porte que souvent les idées qui représentent les choses que nous connoissons sont obscures en elles-mêmes. Or, si ces idées ne sont rien que des idées divines , comme le P. Malebranche le veut , elles sont toujours infiniment claires en elles-mêmes et absolument incapables d'obscurité; dans la vérité, cet article n'est qu'une suite du précédent. On veut que le P. André ne reconnoisse plus d'autres idées qui se présentent à notre esprit que celles qu'il forme. Il en forme de tous les termes des propositions qu'il juge être vraies. Nous ne pouvons donc croire les mystères obscurs de notre religion , comme la Trinité et l'Incarnation, sans en former quelque idée. Elle ne peut être claire , puisqu'à notre égard ces mystères sont très-obscurs : donc on ne peut se départir du malebranchisme , sans reconnoitre que plusieurs de nos idées sont obscures en ellesmêmes.

« De l'action de l'âme et des autres esprits créés $ur les corps.

« 1 7°. On est ravi de trouver le P. André orthodoxe en cette matière. S'il se fût trouvé malebranchiste, on lui eût aisément démontré qu'il faut avoir des sentiments pires que ceux

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de Luther et de Calvin pour soutenir que notre âme ne se modifie pas physiquement elle-même, quand elle exerce sa liberté en se déterminant à un parti préférablement à l'autre. Au reste , le P. André ayant une fois reconnu que notre âme est quelquefois une véritable cause physique, de quelquesunes de ses modifications, il pourra très-aisément passer des actes de la volonté à ceux de l'entendement, et croire que nous agissons aussi réellement à l'égard de nos perceptions qu'à l'égard de nos volitions libres , quoique d'une manière différente. Ce qu'on lui a dit ci-dessus de la Clémentine : ad nostrwm de hereticis, servira beaucoup à lui faire connoitre la vérité sur cette matière, puisqu'il est certain que le sentiment de l'Église, exprimé dans cette Clémentine , suppose que la vision qu'ont les bienheureux de l'essence divine est une véritable action de l'entendement, mais laquelle il ne peut produire sans être élevé par le secours de la lumière de gloire. Cependant on a cru devoir donner du temps au P. André pour le détromper tout à fait pour ce qui regarde les actions de l'entendement ; et dans l'écrit latin qu'on lui envoie, le profiteur me vera credere ne tombe plus que sur les actions libres de la volonté.

« 1 8°. Quant au mouvement local que l'âme produit dans le corps qu'elle anime et que les anges peuvent produire dans le monde corporel , on ne prétend rien exiger du P. André , , sinon qu'il enseigne ce que porte l'écrit latin conformément à YElenchus de la compagnie. On n'a jamais songé à exiger une créance intérieure là-dessus, et celui qui a dressé l'écrit pourroit moins songer à cela que tout autre , lui qui , après avoir bien philosophé quand il s'appliquoit à ces sortes d'études ', ne trouva jamais d'opinion qui lui parût plus pro-

1 Ce passage prtuve que l'auteur de cette pièce ne s'occupait plus publiquement et officiellement de philosophie. Cela exclu! Tournemine, Daniel et Buffier, et doit faire mettre à leur place quelque ancien professeur de philosophie, sorti de l'enseignement et passé dans l'administration ; par exemple, le P. Frogerais ou le P. Catalan, qui, selon M. de Quens, avaient converti Dutertre. Voyez p. cxxij.

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bable sur la nature du mouvement local que celle qui ne distingue point de la conservation des corps ni leur repos ni leur mouvement ; mais alors cette opinion n'étoit point encore défendue dans la compagnie. Sur les deux propositions avancées par le P. André, 1°. que la béatitude formelle consiste dans une passion de l'âme très-agréable , et non pas dans une action proprement dite; 2°. que la béatitude de l'état de pure nature consisteroit en une espèce de vision intuitive de l'essence divine, etc., on n'a fait aucun changement dans l'écrit latin sur la rétractation de cette proposition , sinon que le profiteor me vera creclere ne tombe plus sur cette rétractation. »

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