DEUXIÈME PARTIE. — V. CXC11J
supplie. Dans la physique , après avoir établi la vraie idée du corps naturel , il me semble que les lois de la nature et ies règles du mouvement doivent avoir le premier lieu, mais néanmoins sans entrer dans un détail trop profond , qui seroit au-dessus de la portée des enfants. Ici , Monsieur, je me trouve un peu embarrassé : je ne sais si l'on doit commencer par déduire le système général de la nature des règles du mouvement déjà établies , et de là descendre comme par degrés aux choses plus particulières, ou, au contraire, après avoir expliqué les effets particuliers de la nature , que nous voyons arriver auprès de nous , par exemple , ceux qu'on appelle expérience du vide et autres semblables , monter de là au système général du monde. M. Descartes a suivi la première méthode, qui me paroîtla plus belle, et M. Rohault a suivi la seconde , qui est peut-être la plus proportionnée à la capacité des commençants. Vous aurez la bonté de m'en dire votre avis, si tant est que je m'explique assez bien pour me faire entendre. Voilà, Monsieur, en peu de mots, ou plutôt trop au long pour vous, tout mon système de cours philosophique. Je vous prie instamment de l'examiner, de le critiquer, de le réformer avec vos amis; et , puisque j'ai déjà passé les bornes de la pudeur en vous chargeant d'une pareille affaire , je vais pousser l'insolence aussi loin qu'elle peut aller : Nam cum semel verecundiœ fines transieris , oportet naviter esse impudentem. Je vous demande donc encore Une autre grâce , c'est de me permettre de vous envoyer les écrits que j'ai dictés à Rouen ( port payé, s'entend ), pour ies faire examiner par quelque habile philosophe. Vous y verrez mon dessein presque exécuté en bien des choses; du moins vous y verrez une ébauche commencée, et il ne tiendra qu'à vous de me fournir les couleurs nécessaires pour l'achever. »
Il écrit à M. Larchevêque , alors répétiteur au collège des jésuites de Rouen, le 28 avril 1715 :
« Je vous plains non pas tant d'être un écho , que d'être