DEUXIÈME PARTIE. — Y. CXCVij
mais la vérité est qu'il connaissait et honorait plusieurs personnes de cette opinion, et qu'il était d'avis de les combattre par des réfutations solides et modérées, au lieu d'en appeler à l'autorité temporelle. Il ne prit donc parti ni pour les jansénistes ni pour les jésuites, mais pour les persécutés contre les persécuteurs. La première correspondance contient plusieurs lettres à l'oratorien de Marbeuf , où il exprime une opinion pleine de sagesse qui ne devait plaire à personne, ni surtout à ses supérieurs. Voilà donc André devenu suspect , non plus seulement de cartésianisme, mais, qui pis est, de jansénisme, ou , pour mieux dire, de modération à l'endroit du jansénisme. C'est ce que lui insinue le nouveau provincial de France, le P. Martineau 1.
1 « Isaac Martineau, dit Moréri, naquit à Angers le 22 mai 1640. Il entra chez les jésuites le 5 septembre 1685. Il est mort le 20 décembre 1720. Il a régenté la philosophie pendant dix années, et la théologie durant six ans , à Paris ; mais il ne fut jamais prédicateur, et l'on ne croit pas qu'il ait jamais paru en chaire qu'une seule fois, pour l'Oraison funèbre de Louis, prince de Condê, en 1687. Il étoit recteur du noviciat, lorsqu'il fut choisi pour être confesseur des princes. Il le fut en particulier de Louis de France, duc de Bourgogne, qu'il assista de ses conseils pendant sa vie et à sa mort, et dont il nous a tracé les vertus dans un écrit imprimé à Paris, in-4°, en 1712, sous ce titre : les Vertus de Louis de France, duc de Bourgogne, ensuite Dauphin. Cet emploi ne l'empêcha pas d'être supérieur de la maison professe : il l'étoit en 1704, lorsque le P. Bourdaloue mourut; et c'est en cette qualité qu'il écrivit la lettre qui contient l'éloge de ce célèbre prédicateur .- elle fut imprimée d'abord séparément, et ensuite dans le troisième tome du Carême du P. Bourdaloue. Le P. Martineau n'a été provincial qu'après l'an 1713. On raconte qu'à la fin de 1682, M le duc Louis de Bourbon devant passer de rhétorique en philosophie dans le collège des jésuites, les supérieurs dirent au prince Louis de Condé qu'ils avoient un excellent régent de philosophie, mais qu'ils n'osoient le faire venir à Paris pour le donner à M. le duc, parce qu'il étoit extrêmement laid. M. le prince demanda .- « Est-il plus laid que le s< démon? » Après l'avoir vu, il dit : « II ne doit pas faire peur à qui a vu
CXCVllj INTRODUCTION.
« Paris , 22 décembre 1716.
« On ne peut que louer le soin qu'on prend de se renfermer dans les bornes d'une juste modération en quelque matière que ce soit. Mais il ne faut pas que cela aille toujours jusqu'à garder une espèce de neutralité ; car il y a des occasions où , sans se déclarer avec chaleur, on peut et on doit faire connoître qu'on s'attache au parti que l'Église a pris. Je ne puis vous en dire davantage sur ce sujet , une lettre ne comportant pas un plus ample éclaircissement. Mais je prie votre révérence de faire réflexion au peu que je luy dis et de ne pas s'en éloigner dans sa conduite. Je suis avec respect, dans l'union de ses SS. SS., etc.
« Martine au. »
André ayant continué à user de la même modération , les plaintes qu'il excita dans la compagnie allèrent jusqu'à Rome. Le père général, l'ardent et inflexible Tamburini \
« Pellisson ; il faut le faire venir; on s'accoutumera à le voir, et on le «trouvera beau.» La laideur du P. Martineau, comme celle de M. Pellisson, venoit de la petite vérole- On a encore de ce père les Psaumes de la pénitence de David, avec des réflexions, à Paris, 1710, in- 12.... plus, Méditations sur les plus importantes vérités du christianisme, pour une retraite, à Paris, 1714, in-12. »
1 On ne trouve rien sur Tamburini dans Moréri. Nous tirerons le peu de renseignements que nous allons donner sur ce père jésuite d'un ouvrage peu connu, mais curieux, imprimé à Rome en i75i, en italien et en latin : Imagines prœpositorum generalium socielatis Jesu, delineatœ et œreis formis expressœ ab Arnoldo Yan-Westherhout, addita perbrevi uniuscujusque vit ce descriptione ; et en italien: Ritratti, etc., par le P. Galeotti, de la même compagnie, 2e édit., in-fol. Michel-Ange Tamburini était de Modène; il naquit le 27 septembre 1648, embrassa l'état religieux dans la compagnie de Jésus, le 16 janvier i6j5. 11 enseigna la philosophie dans le collège de Sainte-Lucie à Bologne pendant six ans , la théologie à Mantoue pendant six autres années. Il fut recteur du collège de Modène et de celui de Mantoue, puis provincial de la province de Venise. Le père général Gonzalès le fit venir à Rome pour lui servir de secrétaire, et le nomma, le 14 novembre 1703, son vicaire général. Dans l'assemblée qui suivit la mort de Gonzalès, il fut élu, le