‹ Œuvres philosophique du père AndréChapitre 134 sur 175 · DEUXIÈME PARTIE. — V. CCJ · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE. — V. CCJ

« On croyoit d'abord en ville, lui dit-il, que votre lettre au P. Urquart , dont les copies couroient partout, ne se divulguoit que par le conseil des PP. d'Avrigny etBoismond ' , vos amis , et on les en blâmoit fort ; mais ensuite tout est retombé sur le P. Urquart et sur le P. Martelet, son mobile, les autres ayant déclaré qu'ils n'avoient seulement pas vu la lettre. On nous a dit qu'elle avoit été envoyée au père général et au père provincial , et je crains qu'elle n'ait pas un trop bon effet auprès d'eux. » Le P. de Couvrigny apprend encore à André une foule de détails , aujourd'hui sans intérêt, sur les manœuvres de plusieurs de ses ennemis ; que le P. Martelet a arraché au confessionnal, d'une ancienne pénitente du P. André , sous peine de damnation éternelle, l'aveu des sentiments que lui aurait exprimé André, avec la permission d'en informer les supérieurs. Le P. Urquart prétendait au contraire que c'est ce P. de Couvrigny qui trahissait André. Le fait est que nous trouvons dans nos papiers une lettre de Rome du général des jésuites (lk juin 1718) , blâmant André, félicitant le P. Martelet et le P. de Couvrigny.

Ainsi, ce P. de Couvrigny, qui accusait le P. Urquart de trahir André , le trahissait réellement : il s'entendait avec le P. Martelet et il écrivait à Rome contre celui qu'il appelait son ami. Dans la persécution contre le cartésianisme, nous avons trouvé un lâche dans la personne du P. Dutertre ; voici maintenant dans l'affaire du jansénisme un espion et un traître. On est au moins un peu consolé en trouvant un honnête homme et un honnête homme courageux dans le P. Urquart. Un ami anonyme d'André, en lui envoyant une copie de la lettre précédente du

1 Inconnus.

CCij INTRODUCTION.

père général au P. Martelet , ajoute ceci : « C'est le P. Urquart qui l'a rendue publique à Alençon pour convaincre le P. de Couvrigny qui vouloit y passer pour votre ami. Le pauvre P. Urquart a été mis en pénitence et pour première punition on lui a ôté sa perruque. Le père recteur a même voulu l'envoyer ailleurs; il a répondu qu'il ne sortiroit que par ordre du père général ; qu'il lui avoit écrit pour la justification de votre doctrine et de votre personne , et que rien ne seroit capable de l'empêcher de rendre témoignage à la justice et à la vérité. » Enfin, le k février 1718 , arriva de Paris à André , de la part du nouveau provincial de la Granville1, la lettre suivante :

MON RÉVÉREND PÈRE LE R. PÈRE ANDRÉ DE LA COMPAGNIE DE JÉSUS, A ALENÇON.

« Paris, ce 4 février m 8.

« Mon révérend père ,

« J'ay ordre du R. P. général de retirer V. R. d'Alençon. Comme je n'ai point à présent d'autres employs à vous offrir que le ministériat des pensionnaires d'Arras , je vous prie de vouloir l'accepter; peut-être dans la suite pourrai-je vous offrir quelqu'autre employ qui soit plus de votre goût. Je ne vous dis point les raisons de l'ordre de notre père , parce que je sçay que vous en êtes instruit.

a Je suis avec respect, etc.,

« De la Granville. »

' Rien dans Moréri ni ailleurs sur ce père provincial. Nous trouvons de lui, à la date du ier décembre 1720, une permission accordée au P. Bretonneau d'imprimer les Exhortations et instructions chrétiennes ainsi que la Retraite spirituelle de Bourdaloue. Ces deux permissions sont signées Xavier de la Granville.

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