DEUXIÈME PARTIE. — VIL CCXXÎij
nières années de la vie d'André que par l'éloge historique de l'abbé Guyot. En 1759, parvenu à l'âge de quatre vingtquatre ans, il renonça à l'enseignement. Quand la compagnie de Jésus fut supprimée, en 1762 , dans la dissolution du collège des jésuites , il se retira chez les chanoines réguliers de l'Hôtel-Dieu de Caen , et il n'a cessé de se louer des égards et des attentions de ses nouveaux hôtes. Le parlement de Rouen pourvut à sa subsistance beaucoup au delà de ses désirs , en mandant au lieutenant général de Caen de lui accorder sans aucune condition ce qu'il demanderait.
Libre de soins et d'entrave , André ne songea plus qu'à donner une édition nouvelle de YEs'sai sur le Beau. Elle parut à Paris, en 1763, par les soins et avec un avertissement de l'abbé Guyot. Elle se compose non plus de quatre, mais de dix discours qui forment une sorte de traité complet. C'est l'ouvrage auquel est attaché le nom d'André. lia été l'objet de quelques critiques et de beaucoup d'éloges. Ces discours , destinés à une académie de province , tout en se sentant un peu trop de l'occasion à laquelle ils doivent naissance , portent la vive empreinte de la pensée et de la langue du xvir siècle. On y reconnaît partout le philosophe cartésien , le disciple de saint Augustin et de Malebranche. Il faut en dire autant des discours, toujours académiques, contenus dans les quatre volumes des Œuvres du feu P. Andréa que M. l'abbé Guyot publia , après la mort de leur auteur , à Paris , en 1766 et 1767. Il serait aisé d'en choisir un certain nombre qui , disposés dans un ordre convenable , formeraient un véritable cours de philosophie cartésienne, digne d'être mis entre les mains de la jeunesse de nos écoles et des gens
CCXXiV INTRODUCTION.
du monde \ Mais, il faut le dire, et dans Y Essai sur te Beau et dans les Discours on est bien loin de soupçonner la netteté , la force et la verve qui paraissent à chaque ligne des lettres que nous avons publiées. Elles placent André parmi les meilleurs écrivains , et , dans la compagnie de Jésus , immédiatement après Bourdaloue.
André mourut à Caen, le 26 février 176^, dans la quatre-vingt-neuvième année de son âge. Le 7 juin de la même année , M. Rouxelin , secrétaire perpétuel de l'Académie de Caen, lut son éloge en séance publique; et, en 1766, quand parurent les deux premiers volumes des Œuvres posthumes publiées par l'abbé Guyot, Fréron qui était du même pays qu'André , et qui avait appartenu quelque temps à la société de Jésus, tout en critiquant, d'après les maximes de la société, le malebranchisme d'André, se complut à faire de notre philosophe un portrait qui a l'air d'une vérité frappante , et qui résume les traits épars dans les correspondances récemment retrouvées. (Année littéraire, 1766 , t. IV-, p. 77 et 78).
«... J'ai connu particulièrement le P. André, et j'ai vécu pendant une année entière avec lui. Comme j'étois de la même province, et pour ainsi dire de la même ville où il reçut le jour, il m'avoit pris en amitié. M. l'abbé Guyot (en tête des Œuvres) le peint tel qu'il étoit; un très-bel esprit, un galant homme , un philosophe honnête , un chrétien régulier, un prêtre exemplaire, un bon religieux, aimant les lettres et les sciences , encourageant par ses éloges les jeunes gens de son ordre qui les cultivoient avec succès , les échauffant par les peintures vives du bonheur et de la considération qu'elles
1 C'est ce cours de philosophie cartésienne que nous avons voulu donner au public dans ce volume, par un choix sévère et une disposition méthodique des meilleurs morceaux sortis de la plume d'André.