‹ Œuvres philosophique du père AndréChapitre 154 sur 175 · DEUXIÈME PARTIE. — VII. CCXXVij · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE. — VII. CCXXVij

voir : 1°. l'autorité première et souveraine de la conscience, qui nous révèle l'existence d'une âme spirituelle avec autant de certitude, ou, pour mieux dire, avec plus de certitude que les sens ne nous donnent l'étendue et la matière; 2°. sous le sentiment de notre imperfection et de nos limites en tout genre , l'idée irréfragable d'un être parfait et infini , dont la conception seule démontre l'existence ; 3°. parmi les perfections de cet être , sa véracité attestée par celle de notre raison, la confirmant à son tour, et devenant ainsi le point d'appui inébranlable de la certitude universelle; U°. la spiritualité et la simplicité de l'âme, solidement établies, servant de fondement à son incorruptibilité et à l'espoir d'une autre vie; 5°. partout la vertu mise dans l'empire sur soi-même, le bonheur dans la modération des désirs et dans le développement tempéré et harmonieux de toutes les facultés accordées à l'homme , sous le gouvernement de la raison, et l'œil toujours dirigé vers les lois et la volonté de la divine providence. Ces grands principes posés, les plus beaux génies s'en emparent et les appliquent à toutes choses. Le mouvement , une fois commencé, ne s'arrête plus, et, en moins de cinquante années, il couvre la France de monuments immortels qui sont encore aujourd'hui debout, objets sacrés d'une étude religieuse et d'une admiration toujours croissante.

Sans doute, plus d'une erreur se glissa au sein de cette vaste école ; plus d'un principe cartésien était contestable, et mal entendu pouvait donner lieu à de fâcheuses conséquences; mais la méthode générale était saine et féconde, les principes généraux aussi solides qu'élevés , et l'esprit de tous réparait aisément les fautes qui échappaient

CCXXVll) INTRODUCTION.

à quelques-uns. Le vol sublime de Malebranchel'emportet-il un peu trop loin du monde réel? l'austère logique d'Arnauld le ramène sur la terre. Contre la théorie des idées et la vision en Dieu , il n'y avait pas besoin des calomnies et des persécutions du jésuitisme : le livre Des vraies et des fausses idées suffisait. Pour établir et défendre le libre arbitre de l'homme, des arrêts du conseil et des lettres de cachet surprises par un P. Annat ou un P. Letellier, n'étaient point nécessaires ; n'avait-on pas le grand Traité de Bossuet? Un peu de spinosisme était-il dans la théorie célèbre de l'étendue intelligible ' ? contre ce spinosisme, réel peut-être, mais inaperçu et désavoué par son auteur, toute la puissance et toutes les manœuvres de la société ne valaient pas une page de Leibnitz. Tandis que tout le monde s'emporte contre Spinoza, Leibnitz, qui était en correspondance avec lui2, qui l'honorait et l'aimait , aperçoit le premier le point précis par où le spinosisme est entré dans le cartésianisme ; il indique à la fois le mal et le remède , et la force libre de la volonté une fois bien distinguée de l'inclination et du désir dans son principe et dans ses conséquences , c'en est fait du spinosisme, sans l'intervention dn bras séculier, et par la seule vertu de l'analyse psychologique 3. La philosophie cartésienne forme ainsi un grand ensemble , où un génie commun, semblable à la puissance médicatrice de la nature , suffit à prévenir ou à réparer les légers désordres qui naissent de la surabondance des forces, et entretient la

1 Voyez nos deux articles du Journal des Savants de 1842, sur la correspondance de Malebranche et de Mairan.

; B. de Spinoza, Opéra, etc., édii. Paulus, t. I, p. 635= - Voyez nos leçons de 1829, leç. XI et XII.

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