DEUXIÈME PARTIE. — VII, CCXXix
santé et l'énergie du corps entier. Elle offrait à la morale publique, à la religion et à l'État , les plus sûres garanties qu'ait jamais pu donner aucune philosophie, depuis la grande école de Socrate et de Platon.
El c'est contre une telle philosophie, dès qu'elle parut dans le monde, que la compagnie de Jésus se leva, et, pendant près d'an siècle, employa tour à tour la calomnie, la ruse, la violence ! En 1662 ou 16631, un jésuite, le P. Fabri , pousse la congrégation de l'index à interdire la lecture des ouvrages de Descartes, donec corrigantar. La même année , le commissaire apostolique en Belgique , Jérôme Vecchio , excité par la société , dénonce officiellement à l'université de Louvain la philosophie de Descartes « comme pernicieuse à la jeunesse chrétienne » et lui arrache le décret célèbre contre le cartésianisme 2. En 1667, quand les restes mortels de Descartes, transportés de Suède en France , sont présentés à l'église de Sainte-Geneviève et vont recevoir un tardif hommage , un ordre de la cour , sollicité par le P. Annat , arrive , portant défense de prononcer publiquement l'éloge de Descartes3. En 1670, la Sorbonne , mise en mouvement par les jésuites , est bien près d'arracher au parlement de Paris la condamnation du cartésianisme. Forcés de reculer devant l'Arrêt burlesque de Boileau et l'admirable Mémoire d'Arnauld , du parlement les jésuites en appellent au roi , et l'enseignement de la philosophie de Descartes est proscrit et dans l'Université de Paris, dans toutes les universités
Baiilet , Vie de DescaHes, liv. VIII , chap. 9, p. 529.
2 Voyez les détails de celte affaire dans la préface du livre Fundamenta mcdicinœ, F. Plempii, e'c, in Academ. Lovan. profess., Lovan., 1662.
3 Baiilet , ibid., Iiv. VII. eh, 23, p. 410.
CCXXX INTRODUCTION.
du royaume et dans l'Oratoire1. En 1680, le P. Le Valois2 défère à l'assemblée du clergé la philosophie cartésienne : « Messeigneurs , je cite devant vous M. Descartes et ses plus fameux sectateurs; je les accuse d'être d'accord avec Calvin. » Nous avons vu , dans la correspondance ici publiée , toutes les machines employées par les jésuites contre la doctrine de Descartes , et en particulier contre celle de Malebranche ; nous avons exhumé , pour la première fois , la résolution prise à Rome , en 1 706 , dans une assemblée générale de la société , de poursuivre la nouvelle doctrine à l'égal du jansénisme , et de l'exterminer ; c'est le mot d'ordre officiel ici retrouvé , et désormais livré à l'histoire. Nous ne voulons pas rappeler les douloureux détails de la longue et incessante persécution exercée contre André depuis le commencement du xvnr siècle; mais il importe d'en faire toucher au doigt la vanité et l'impuissance. Le factum jésuitique contre lecarté-
1 Voyez le Boileau de Saint-Marc, et surtout un petit livre, assez rare, intitulé .- Quœdam recentiorum philosophorum et prœsertim Cartesii propositiones damnât ce ac prohibilœ , Lutet. Parisior., in-12, 1705. Il est de Jean Duhamel , comme on le voit par le privilège. On y trouve, 1°. le décret de la Faculté de théologie de Paris contre le cartésianisme de Tannée 1671 ; 2°. X ordre verbal du Roi déclaré par Mr. l'archevêque de Paris, tnessire François de Ilarlay, à Messieurs les députés de l'Université de Paris, le mardi 4 août 1671; 3°. la décision de la Faculté de Médecine de Paris, d'après la suggestion de la Faculté de Reims, d'octobre 1673; 4°. les arrêts du roi, de 1675, contre l'enseignement cartésien de l'Oratoire à Angers, tels qu'ils étaient déjà dans le Journal ou relation fidèle de tout ce qui s'est passé dans l'université d'Angers au sujet de la philosophie de Descartes, etc., 1679; 5°. les décisions analogues prises par toutes les universités et congrégations enseignantes. Voyez enfin les Fragments philosophiques, t. II, p. 174.
2 Sentiments de Descaries touchant l'essence et les propriétés des corps opposés à la doctrine de l'Église, et conformes aux erreurs de Calvin, Paris, in-12, 1680.