‹ Œuvres philosophique du père AndréChapitre 44 sur 175 · DEUXIÈME PARTIE. — I. Ixiij · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE. — I. Ixiij

qu'André ? Quels étaient ces professeurs de philosophie et de physique qui enseignaient la doctrine de Descartes et de Malebranche ? La charité du P. André ne lui permet pas de les nommer. La latinité de cette lettre est peu sévère , mais facile , et le ton en est remarquablement énergique.

Une plainte aussi vive ne dut pas plaire beaucoup a Rome. Le général des jésuites1, Michel- Ange Tamburini, se contenta de faire avertir le P. André de se tenir tranquille et d'obéir à ses supérieurs, qui d'ailleurs pouvaient avoir encore d'autres motifs que son attachement à des nouveautés dangereuses pour l'envoyer de Paris à la Flèche. Cette lettre, que nous n'avons pas, parut au P. André une injustice nouvelle, contre laquelle il réclama de nouveau auprès du général lui-même. Cette réclamation est plus vive encore que la première. Elle abonde en détails curieux ; elle renferme une défense de l'orthodoxie de Descartes et de Malebranche, et, quoique toujours d'une latinité peu sévère, elle s'élève quelquefois jusqu'à l'éloquence.

Tout fut inutile, et pourtant André croyait bien avoir pris toutes les mesures nécessaires pour réussir. En même temps qu'il s'adressait au père général, il avait eu soin d'écrire à un de ses confrères et amis le P. Deschamps2,

1 Élu tout récemment dans îa quinzième assemblée générale, le 31 janvier 1706, et mort en 1730. Nous retrouverons plusieurs fois ce personnage dans la suite de l'histoire d'André.

2 Ce ne peut être le P. Etienne Deschamps , auteur du livre de Hœresi Janseniana ah aposlolica sedernenlo proscripla (la dernière édition par le P. Souciet est de Paris, in-fol., 1728) et de plusieurs autres ouvrages célèbres dans leur 'temps, né à Bourges en 1613, mort à la Flèche au mois d'août 1701. Voyez les Mémoires de Trévoux, janvier 1702, et le Dictionnaire de Moreri, art. Champs (des).

Ixiv INTRODUCTION.

qui était alors en Italie , et de lui demander son appui auprès du révérend père assistant pour le royaume de France, le P. Daubentbn1, qui ne pouvait manquer d'avoir du crédit sur l'esprit du général de la compagnie. Par les mains du P. Descliaraps, il envoya au P. Daubenton une relation de toute l'affaire , intitulée Relation fidèle, où il fait connaître toute sa correspondance avec le révérend père provincial Delaistre , et reproduit à peu près tout ce que nous avons vu dans les lettres précédentes.

Il suffira de donner les deux passages de cette relation où le P. André fait allusion aux deux cartésiens de la compagnie qu'on épargnait tandis qu'on le frappait , et où il nous apprend que le recteur du collège de Clermont , qui l'avait tlénoncé sans l'avertir, était le célèbre Letellier 2.

1 Le P. Guillaume Daubenton était né à Auxerre en 1648, entré dans la compagnie en 1665, recteur du collège de Strasbourg quand la France acquit l'Alsace, puis confesseur d'Anne-Victoire, mère de Philippe V, ce qui le conduisit à devenir celui de ce prince quand il monta sur le trône d'Espagne. Il partit, en 1700, pour aller remplir cet emploi; mais il se forma bientôt contre lui un parti puissant, et il revint en France. En 1706, il fut député à Rome pour la quinzième congrégation générale de sa compagnie , et il y fut élu assitant général pour la nation française; peu s'en fallut même, ditMoreri, qu'il ne fût élu général au lieu du P. Tamburini. C'est en ce poste que nous le rencontrons dans cette partie de l'histoire du P. André. En 1716, Philippe V le rappela en Espagne, et il fut de nouveau le confesseur de ce roi. Il mourut à Madrid le 7 août 1723. Voyez dans Moreri la liste de ses ouvrages, qui ne sont pas fort importants.

2 Michel Tellier ou Letellier, l'un des plus grands ennemis du jansénisme (voyez dans Moreri l'énumération des ses ouvrages contre Arnauld et contre. Quesnel) et aussi du cartésianisme; car on lui a attribué des Réflexions sur la vie de Descartes, qui pourtant, d'après Moreri , sont réellement de son confrère le P. Boschet. Letellier était né à Vire eh Normandie, en I6i3; il fit ses études à Caen, au collège des Jésuites, entra dans ia compagnie en 1661 , et passa successivement par les emplois de régent; de recteur et de provincial. C'est comme recteur du collège de Clermont (depuis collège de

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