DEUXIÈME PARTIE. — I. lxv
« Le père- provincial retient à Paris plusieurs personnes dont deux notamment ont, l'année dernière, enseigné publiquement plusieurs points de la doctrine de M. Descartes et du P. Malebranclie ; leurs cahiers et leurs thèses en font foi, et surtout les cahiers et les thèses de celui qui finissoit son cours, et qui par conséquent pouvoit être envoyé en province plus honnêtement et plus justement que moi. Or, mon révérend père, si ces deux personnes ne sont point coupables pour soutenir la doctrine de M. Descartes et du P. Malebranclie , je ne suis point coupable d'estimer les personnes de ces deux auteurs.
«... Que veut dire ce silence affecté des supérieurs à mon égard , et ce soin extrême d'éviter l'éclaircissement des faits avancés contre ma doctrine ? Mais surtout que veut dire le silence du père Le Tellier? J'ai vécu une année entière avec lui ; il a été mon recteur pendant six ou sept mois ; il m'a vu en particulier , et je l'ai vu de même assez souvent ; et cependant , mon révérend père , ce grand ennemi de tout ce qui s'appelle nouvelles opinions pourra dire à votre paternité qu'il ne m'en a jamais ouvert la bouche ; silence d'autant plus remarquable que c'est au temps seul de son rectorat qu'on rapporte tous mes crimes, qu'il étoit informé de tout et qu'il n'épargnoit personne. Tout cela, mon révérend père, est bien convaincant en ma faveur, Mais , nonobstant la justice de ma cause , je ne sais encore ce que je dois espérer. Je vois beaucoup d'innocens accusez , mais je n'en vois point de justifiez ; ou si , quelquefois on en justifie , ce n'est que de bouche et non d'effet. Je porte mes plaintes à trois cents lieues de moi , et l'on sçait assez que , de loin , la peine dont on se plaint diminue toujours aux yeux du juge , et le crime qu'on impute augmente encore davantage
Louis le Grand ) qu'André parait l'avoir connu. A la mort du P. La Chaise, en 1709, Lelellier fut nommé confesseur de Louis XIV, et, après la mort de ce monarque, il fut envoyé à Amiens et ensuite à la Flèche, où il est mort en septembre i7i9.
Ixvj INTRODUCTION.
Dieu m'est témoin que je les aime et respecte ( ses accusateurs ) en Jésus-Christ. Je prie Dieu pour eux chaque jour à l'autel, et, si je suis exaucé, ils seront plus heureux que moi. J'aurois pu , mon révérend père , user de récriminations à leur égard ; mais à Dieu ne plaise que je me justifie en les accusant ! A peine ai-je pu me résoudre à nommer dans ma lettre ceux que je ne pourvois me dispenser de nommer sans trahir la justice ou mon innocence. J'ai toujours appréhendé de leur faire le mal qu'ils m'ont fait , et pour lequel je voudrois qu'une entière justification me pût mettre en état de leur rendre mille biens. Ni la collusion des supérieurs, ni l'acception de personnes dont ils ont usé en me maltraitant , ni le refus qu'ils m'ont fait des chefs d'accusation formés contre moi, ni leur dureté , ni leurs artifices , ne m'obligeront jamais à rompre la charité. » •
La Relation fidèle est accompagnée d'une lettre , datée du 20 septembre 1706, où l'on remarque le passage suivant sur ses accusateurs :
« Il (le P. provincial ) m'a puni sûr la seule foi de mes accusateurs , dont je sçai , en général , que la plus part ont bien de la peine à voir autre chose que du blanc et du noir dans les livres , dont quelques-uns avoient l'esprit envenimé contre moi par certains rapports que des personnes charitables ont faits du peu d'estime qu'il m'est 'échappé de témoigner pour leurs écrits, dont enfin le principal notoirement ne connoit ni antiquités ni nouveautés , n'ayant pas mis le nez dans un livre depuis plus de trente ans , excepté peut-être dans des registres et dans son bréviaire. Voilà cependant , mon révérend père , l'habile homme dont une seule parole justifie et condamne ', fait venir à Paris et chasse qui bon lui semble , ce qui fait dire dans la province que , depuis 15 ou 20 ans , il n'y a point eu de provincial
1 Nous ne soupçonnons ras quelpeutêtrece personnage.