DEUXIÈME PARTIE. — • I. lxvij
en France , et ce qui fait dire au R. P. Delaistre même , pour consoler ceux qu'il laisse à la Flèche on qu'il y envoie, qu'il a les bras liés et qu'il est bien fâché de n'être pas maître de rendre justice à leur mérite..... Grâce à cette- injustice et à la précipitation de mon juge, je vais passer dans la province pour un esprit dangereux , indocile , entêté , et pour tout ce qui plaira à la médisance et à la passion de mes ennemis. C'est de quoi , mon révérend père , je demande justice au révérend père général , et je vous conjure , au nom de Jésus- Christ , de solliciter auprès de lui le rétablissement de ma réputation. Le P. Deschamps, avec qui j'ai eu l'honneur do vivre , pourra bien vous dire si je suis tel qu'on veut le faire accroire.... »
Nous rencontrons ici un honnête homme, modéré, bienveillant , plein d'affection pour André , qui s'offre de lui être utile et lui donne au moins d'excellents conseils ; nous voulons parler du P. Deschamps. A peine a-t-il reçu la lettre d'André qu'il se met en campagne pour le servir, et s'empresse de l'informer du résultat de ses démarches.
« Lorette, îe 2 décembre 1706.
« Mon révérend père,
« .... Vous me faites plaisir de me croire parfaitement de vos amis et dans vos interests ; je le suis en effet, et je ferai toujours mon possible dans la suitte pour vous en convaincre. J'ay pris toute la part possible à la peine qu'on a faite à votre révérence ; il est certain qu'elle méritoit un autre traitement et qu'on devoit plus d'égard à l'application que je scay qu'elle a toujours eue à ses devoirs. Aussi tost sa lettre receue , comme j'étois à Lorette alors , et que je ne pouvois pas bien agir par moy même, j'écrivis aussi tost au R. P. Malescat * en luy envoyant aussi votre lettre , et le
1 Sid Ce père jésuite nous est entièrement inconnu.
Ixviij INTRODUCTION.
priois de la lire , après quoi je le conjurois de voir avec le révérend père assistant ce qu'on pouvoit faire pour vous rendre service ; que vous estiez de mes amis, et qu'ainsi j'avois à cœur ce qui vous regardoit comme si c'estoit moi mesme. J'écrivis en mesme temps au révérend père assistant que celuy dont le V. Malescat luy parleroit étoit de mes amis, et que je le priois de lui donner sa protection comme à moy mesme. Le mercredi dernier , premier décembre , je reçus sur tout cela une lettre de l'un et de l'autre. Le premier , étant en retraite , n'avoit pu encore parler au P. Daubenton , estant fort éloigné de la pénitencerie de Saint-Pierre , mais il m'assure qu'il le fera de tout son cœur pour me faire plaisir. Voici la lettré du second , qui apparemment avoit desja entendu parler de votre affaire :
« Je voudrois bien pouvoir rendre service à vostre amy, « mais la chose n'est pas possible , les études estant déjà « commencées. Notre père veut absolument exterminer les « nouvelles opinions , et un père qui est icy, qui connoit « votre ami , a confirmé -qu'il a du penchant pour les nou- « veautés (je ne . sçay pas quel est cet homme qui a parlé « ainsi). D'ailleurs le père achève sa théologie ; il ne con- « vient pas , pour quelques mois de séjour à la Flesche , de « chagriner votre provincial qui l'y a envoyé. Si, dans la « suitte, je puys luyestre bon à quelque chose, je tascheray « de le servir avec ardeur ; c'est de quoy vous pouvez l'as- « surer. »
« Par cette lettre vous voyés , mon révérend père , quelles sont mes diligences pour vostre service, et combien je suis porté à vous faire plaisir. Le R. P. Daubenton fera ce qu'il promet, n'en doutez pas. C'est un homme fort judicieux, qui ne peut souffrir qu'on pousse un homme pour quelques fautes qui peuvent luy estre échappées. Je croy que, sur la lettre que j'ay l'honneur de vous écrire, votre révérence fera bien de lui en écrire une pour le remercier de sa bonne volonté et luy demander sa protection. Car, entre nous, de la