‹ Œuvres philosophique du père AndréChapitre 55 sur 175 · DEUXIÈME PARTIE. — II. IxxiX · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE. — II. IxxiX

ce sera bientôt : car je pense à me tirer des mains du pédantisme, avec qui depuis longtemps je ne m'accommode pas, et avec qui je ne vois pas de jour à m'accommoder. Je crois que le père André feroit fort bien d'y penser aussi : il est dans une situation un peu meilleure que moi , mais bien souffrante et bien gênée. Je le connois depuis longtemps , mais il en vaut la moitié mieux d'avoir passé par vos mains. Qu'on est heureux de si bien tomber ! »

Qu'est devenu ce La Pillonière ? Est-ce l'auteur d'une traduction fort médiocre de la République de Platon, imprimée à Londres en 1726, in-4.0, et très-inférieure à celle d'un autre savant et estimable jésuite , le P. Grou ? C'est une recherche que nous abandonnons volontiers pour revenir à la correspondance du P. André et du P. Malebranche.

A MON RÉVÉREND PÈRE, LE TRÈS-RÉ VÉREND P. MALEBRANCIIE , PRÊTRE DE L'ORATOIRE, RUE SAINT-HONORÉ, A PARIS.

« Mon très-révérend père,

« J'ay sans doute plus de peine à me justifier à mes yeux d'avoir été si longtemps sans vous écrire, que je n'en aurai à me justifier aux vôtres. La bonté que vous avez pour moi me pardonne aisément tout; mais l'attachement que j'ai pour vous ne me pardonne rien. Voici néanmoins les raisons qui, depuis deux mois, autorisent en quelque sorte ma négligence. J'ay attendu près de six semaines que vous me fissiez l'honneur de répondre à la lettre où je vous mandois la conversion d'un de mes amis. Ensuite j'ay bien pris pour réponse les compliments dont vous m'honoriez dans celle que vous lui avez écrite : mais j'ay eu une mission de quinze jours à préparer et à faire, qui m'a fait passer, pour la première fois, des journées entières sans penser à vous, excepté à l'autel, où je ne vous oubliai ni ne vous oublierai

lxxx INTRODUCTION.

jamais. A mon retour, j'ay reçu une lettre de Rome sur mon affaire; c'est du R. P. Daubenton, autrefois confesseur du roi d'Espagne, et présentement ce qu'on appelle chez nous assistant de France. Il paroît , par sa lettre , que N. P. général lui a montré la mienne , aussi bien qu'à plusieurs autres , et qu'ils sont tous assez embarrassez à trouver que me répondre. Voici ses propres termes , que je ne vous écrirois pas , s'il étoit possible d'avoir la moindre vanité quand on vous a devant les yeux. Je doute , me dit-il, après quelques compliments, je doute que noire père réponde à votre lettre, qui a paru ici aussi vive qu'elle est spirituelle. Voilà , mon révérend père , où en est mon affaire. On m'oblige de parler ; je parle , et l'on refuse de me répondre. Je bénis Dieu de tout ; mais néanmoins pensez-vous qu'il soit de sa gloire que je sois toujours réduit à souffrir pour la vérité , sans pouvoir jamais agir pour elle ? Ce n'est pas que la persécution ait encore lassé ma patience. Je souffre moins du présent que de l'avenir. Mais, ayant jusqu'ici tâché de me rendre capable de servir la bonne cause autrement que par mon silence , c'est une pensée bien chagrinante de prévoir qnon m'arrêtera dans tout ce que je voudrai faire pour elle. Je vous prie, mon révérend père, de me dire en ami , s'il m'est permis d'user de ce terme , mais en ami chrétien , ce que vous me conseilleriez dans la circonstance où je me trouve. Je ne puis enseigner dans la société ni théologie , ni philosophie : le peu de connoissance que j'ai de la vérité m'y rend inhabile. Je ne sçaurois non plus rentrer dans les humanitez : les idées dont on s'y occupe sont désormais trop profanes pour une imagination que vos livres ont rendue chrétienne. Je ne puis pas aussi me charger du soin de nos affaires temporelles : elles répandent un homme trop au dehors. L'emploi d'écrivain m'accommoderoit assez ; mais, à moins que je n'entreprisse quelque belle et grande compilation , nos gens ne s'en accommoderoient pas. 11 n'y a donc plus de salut pour moi que dans la pré-

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