‹ Œuvres philosophique du père AndréChapitre 7 sur 175 · PREMIÈRE PARTIE. xiij · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE. xiij

dri jusqu'aux larmes; cela n'est guère philosophe : car ce n'est pas lui ( qui va être heureux ) , c'est vous , c'est moi , c'est tous ses amis que je pleure.... »

a m. l archevêque. — 20 octobre 1745.

« .... Je recommande à vos prières l'âme du bon P. Malebranche. Il mourut dimanche dernier, âgé de près de soixante et dix-huit ans. Il a écrit presque jusqu'au dernier soupir. Nous verrons apparemment bientôt ses ouvrages posthumes. Peu de temps avant sa mort , il m'a fait assurer de son amitié par un de ses amis qu'il m'a légué pour me tenir sa place (M. l'abbé de Marbeuf). Il le chargea en même temps d'un exemplaire de son dernier livre contre celui de l'Action de Dieu. Je l'ai lu fort attentivement, et j'y ai trouvé toute la force et toute la beauté d'esprit qui brille dans tous les autres. Il y parle partout en maître , quoique toujours avec une modestie qui relève infiniment son mérite. »

C'est immédiatement après la mort de Malebranche que le P. André eut la pensée d'écrire sa Vie, et il s'adressa a M. de Marbeuf pour obtenir des confrères et amis de l'illustre défunt des renseignements et des documents authentiques. Le P. Lelong , un des plus intimes amis de Malebranche , s'empressa de composer un certain nombre de Mémoires à l'usage du P. André. Dès l'année 1716, nous voyons celui-ci mettre la main à l'œuvre , et nous allons suivre dans ses lettres la trace et le progrès de son travail.

a m. l'abbé de marbeuf. — D'Alençon, 20 avril 1716.

« Monsieur, « Je viens de lire avec une extrême satisfaction les deux Mémoires que vous m'avez envoyés pour l'histoire du R. P. Malebranche. Ils sont de main de maître , pleins de bon sens et de lumière, en un mot, d'un homme qui possède parfaitement les matières dont il parle. Je vous prie , Monsieur, d'en faire

Xiv INTRODUCTION.

mes très-humbles remercîments à l'auteur, et, en le remerciant , de lui demander encore en grâce ' :

« 1°. De me donner carte blanche sur l'usage de certains conseils qu'il m'adresse dans ses Mémoires, et que je ne pourrais peut-être pas suivre dans la dernière exactitude, comme d'insérer dans notre histoire les extraits que le P. Malebranche a lui-même faits de quelques-uns de ses livres , etc. Il est, ce me semble, à propos que j'aie là-dessus une pleine liberté ; car il faut sur toutes choses nous garder d'être ennuyeux , ce qui n'est pas aisé dans les citations.

« 2°. De se donner la peine de faire encore quelques recherches pour nous trouver de quoi égayer la matière. Il y a certains petits faits intéressants, des rencontres , des personnalités , des bons mots, où notre illustre ami était si fécond , des pensées ou des sentiments sur diverses matières humaines , des actions de piété , de générosité , de régularité aux observances de sa congrégation , d'humilité , d'honnêteté , mille petites choses , qui , par la raison même qu'elles sont petites , paraissent quelquefois grandes dans les grands hommes. Ne craignez pas que j'en charge trop notre histoire. Je ferai un choix que je placerai où les choses me paraîtront devoir faire un bon effet pour réveiller l'attention du lecteur.

« 3°. Je voudrais sur toutes choses avoir un journal exact de sa dernière maladie , de ses derniers sentiments , de ses dernières paroles, enfin de quoi faire une peinture frappante et touchante : visites de ses amis , leurs regrets , les témoignages d'affection de ses confrères , etc.; son portrait physique, les vers mis au bas ; il faut penser à" tout.

« 4°. Ne pourrait-on pas avoir une attestation en bonne

• Même aujourd'hui , après tant de Notices sur Malebranche ( Eloge de Fontenelle; le P. Niceron; article Malebranche, du P. Tabaraud, dans la Biog. univ., etc.), nous sommes dans l'impossibilité de répondre à toutes les questions d'André. Quand nous le pourrons, nous donnerons ici les renseignements qu'il demandait à l'abbé de Marbeuf et au P. Lelong.

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