‹ Œuvres philosophique du père AndréChapitre 78 sur 175 · DEUXIÈME PARTIE. — IV. CXJ · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE. — IV. CXJ

cipalement la crainte d'offenser le Seigneur en vous irritant contre des personnes que je dois aimer particulièrement. C'est le motif qui , dans le plus fort de la persécution , m'a toujours retenu , et qui , jusqu'à présent, m'a fait résoudre à dévorer mes peines sans vous en faire part. Cependant, mon révérend père , après avoir mûrement examiné toutes choses en la présence de celui qui sera mon juge et celui "de mes persécuteurs , j'ai cru , non-seulement que je pouvois , mais que j'étois obligé de vous en écrire pour l'intérêt de la vérité opprimée sous le prétexte de la foi et de la religion. Rien ne m'a .été plus sensible , en toute ma vie , que de me voir tout d'un coup devenu suspect dans une matière pour laquelle nous devons tout sacrifier , et pour laquelle en effet Dieu m'a fait la grâce de me mettre dans une disposition conforme à mon devoir. Je croyois même en avoir donné, en toute occasion , des preuves assez convaincantes, et surtout depuis que j'enseigne la philosophie. Nos pères en ont jugé autrement. Je parle trop de Dieu et de son Évangile dans des écrits philosophiques pour ne point être suspect de nouveauté, de fanatisme, d'hérésie. C'est sur un pareil soupçon qu'au commencement de cette année N. R. P. provincial m'envoya une espèce de formulaire à signer et à dicter publiquement à» mes écoliers. Je répondis que je ne le pouvois faire sans blesser la sincérité, la justice et la charité : la sincérité , parce qu'on me faisoit dire que je tenois pour vraies des opinions que je croyois très-fausses ; la justice, parce qu'on y mettoit sur le compte de M. Descartes et du P. Malebranche des erreurs qu'ils n'eurent jamais ; et enfin la charité., parce qu'on y répandoit sur leurs personnes des soupçons d'hérésie qui, très-assurément, étoient fort mal fondés. Voici mes propres termes (c'est au père provincial à qui je les adressois ) : « Pardonnez-moi , mon révé- « rend père , si j'ose vous le dire : que l'on me flétrisse , « que l'on m'accable , j'y suis prêt ; mais je ne ferai point un « pareil mensonge à la face du public , et je n'ai garde de

C\ij INTRODUCTION. . .

« censurer sans aucun droit des philosophes très-catho- « liques , contre la persuasion intime où je suis de la « pureté de leur foi ; je les combattrai si l'on veut; mais je ne « flétrirai jamais des auteurs dont la vertu et la religion pa- « roissent à chaque page de leurs écrits. »-A ces paroles, nouveaux soupçons , nouvelles menaces ; on me demande une profession de foi sur chaque article du formulaire.: car ■il est à propos , disoit l'auteur inconnu de ce bel ouvrage, que les supérieurs sachent s il est un véritable jésuite, comme il y a lieu de le présumer , ou un fanatique hétérodoxe , ce qu'on ne croira que sur sa profession de foi. Quelque durs que me parussent ces termes, et quelque sensible que j'y fusse. Dieu me fit la grâce de n'y répondre que par des raisons. Je marquai sur chaque point du formulaire ce que je croyois et ce que je ne croyois pas, avec les preuves qui m'engageoient à. suivre certaines opinions, et à en rejeter d'autres , dont il sembloit qu'on me demandât une créance intérieure contre ma conscience, et, à ce qui me paroissoit , contre la raison. Les grands ne reculent jamais. Nos supérieurs ont cru , à mon égard , avoir le même droit. Ayant donc résolu que j'aurois tort dans cette affaire j ils donnèrent . ma seconde lettre à examiner à trois de nos savants de Paris, dont un fut chargé d'y répondre article par article. Il s'en acquitta de la manière que vous le verrez dans l'extrait fidèle que je vous envoie de sa réponse , qui est un in-folio en forme de factum. Je l'en ai tiré de mot à mot. Cet écrit m'ayant été communiqué avec ordre de le lire , de m'y rendre , et de dicter en pleine classe le formulaire en question, à quelques petits changements près, je déclarai à notre père recteur ( dont je n'ai pas sujet de me plaindre ) que j'avois bien promis de me rendre à des raisons, mais non pas à des injures ; que les censeurs qu'on m'avoit donnés ne me-paroissoient guère au fait sur les matières dont ils parloient avec tant de hauteur et d'emportement ; que néanmoins j'étois dans la disposition de faire tout ce que des personnes

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