‹ Œuvres philosophique du père AndréChapitre 89 sur 175 · DEUXIÈME PARTIE. — IV. CXW · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE. — IV. CXW

toutes les honnêtetés et même les caresses que j'avbis reçues du R. P. provincial. On a voulu faire, dans ma personne, un exemple capable d'intimider les autres. Dieu en soit loué ! •Mais il faut avouer qu'on a fait -cet exemple de la manière qu'on a cru la plus capable de me mortifier, et sans m.'avoir aucunement prévenu que par des témoignages d'estime,- qui n'alloient, comme je le vois, qu'âme tromper : conduite que je ne crois pas devoir être tout à fait approuvée. Quoi qu'il en soit,- vous pouvez vous assurer, et 'en assurer aussi le meilleur et le plus estimable de nos amis, que je suis tout consolé de ce petit chagrin qu'on m'a fait, et par la bonté de ma cause, et parce que j'ai tâché de contribuer cette année à faire connoitre la vérité, en quoi je n'ai pas tout à fait perdu mon temps. Votre très-humble serviteur, etc.

« Çl' TERTRE , J . •»

Avant de se rendre à Compiègne et de quitter la Flèche, Dutertre, qui ne connaît pas bien l'étendue du danger auquel il s'expose, fait soutenir à' ses écoliers, dans les exercices de la fin de l'année, la théorie des idées de Malebranche. Il se vante d'avoir répandu le car- . tésianisme parmi plusieurs de ses collègues. C'est en vain que les supérieurs l'engagent à changer de système , il n'en sera rien, écrit -il fièrement à André.

AU MEME

• «A la Flèche^ ce 21 août 1712.

« J'ai reçu votre paquet ; je m'attendois à peu près à y voir ce que j'y ai vu, et à y remarquer bien des préjugés dans vos censeurs. Il y a pourtant deux choses que je n'approuvois pas tout à fait dans votre thèse , supposé que ce fût votre pensée, comme on le juge dans la censure ; -1°. que Dieu ne peut anéantir notre âme ; car, il me semble évident qu'il la conserve librement, autant qu'il peiit l'avoir créée.

CXXYJ INTRODUCTION.

pour un certain temps déterminé f au bout duquel la cause productive cesse ; elle cesseroit aussi , sans qu'il fût besoin pour cela d'un acte' de la volonté de Dieu terminé à son anéantissement, car un tel acte répugne; 2°.. je crois que Dieu peut faire du vide en partageant l'étendue, en éloignant les deux parts, sans conserver aucune étendue physique dans cet intervalle ; et je crois que ce qui a trompé sur ce point M. Descartes, c'est qu'il confondoit l'étendue intelligible avec l'étendue physique. Vendredi dernier, qui fut ma dernière séance, le meilleur de nos écoliers, un jeune homme accompli , nommé ( le nom est biffé), expliqua,- à propos de la démonstration de Dieu, tout le système des idées pendant trois gros quarts d'heure, et prouva que nos idées ne pouvoient être que la substance intelligible de Dieu. Jamais vous ne vîtes gens plus étonnés que la plupart de ceux qui l'écoutoient. Je puis vous assurer que la plupart de nos écoliers sont bien au fait et bien établis dans les bons principes. Il y a aussi quatre'ou cinq préfets qui sont en bon chemin, mais occulti propter metum judœorum. Mais ils appréhendent d'être connus , et je ne leur ferois pas plaisir de les nommer, car vous ne sauriez croire combien la terreur est répandue; il y a tel qui craint même de passer pour être de mes amis. Madame de Cabaret m'a fait l'honneur de me venir voir, je lui ferai vos compliments, et aux autres que j'aurai dorénavant plus de loisir d'entretenir. J'écrirai bientôt à notre bon père; je l'aurois fait dans le temps de .sa guérîson, si j'eusse su sa maladie !. Permettez-moi de saluer M. L'archevêque; -c'est un homme que j'estime. de tout mon cœur et honore parfaitement. Il voudra bien prendre cette lettre pour une réponse commune à la sienne, jusqu'à ce que je trouve une occasion , qui se présentera .apparemment bientôt sur cette fin d'année , pour lui écrire en particulier.

Au reste , je vous dirai que tous mes actes ont si bien réussi ,

1 II s'agit iei évidemment de Malebranche.

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