DEUXIÈME PARTIE. — IV. CXXVÎj
que la plupart de nos pères disent hautement que , depuis vingt ou trente ans, on n'avoit entendu d'aussi bons écoliers ; mais le P. Roi (sic) l et le P. Guymond ne font pas semblant d'entendre cela. On me donne aussi force atteintes du côté de Paris et ici pour changer de système; mais il n'en sera rien. Je suis avec respect , etc.
« Dutertre. »
Nous allons voir maintenant ce que devint cet altier courage quand la tempête éclata. Dans la dernière moitié de l'année 1712 , l'affaire d'André à Rouen prit un trèsmauvais tour , comme nous le montrerons tout à l'heure. On parla sérieusement à Dutertre. La peur le prit , et , dans les premiers jours de janvier 1713, il écrit à André pour lui annoncer que, tout considéré, il ne se soucie pas de subir le martyre pour le cartésianisme, qu'il abandonne les opinions de Malebranche et qu'il l'engage à en faire autant.
AU MÊME
« Ce 31 janvier 1713. .
« J'appris hier, mon très-cher père et ami , une nouvelle qui me met dans une très-grande inquiétude par rapport à vous. Au nom de Dieu, prenez bien garde dans les conjonctures présentes à ne pas faire de- démarches qui vous engagent dans des suites encore plus fâcheuses peut-être qu'on ne peut à présent prévoir. Je vous dirai franchement que je n'ai jamais cru que la conscience engageât à tenir aucune des opinions du P. Mal., et qu'ainsi elle demande, les choses étant comme elles sont, qu'on les abandonne , pour ne pas
1 II est presque impossible que ce soit le P. Gabriel Roy, auteur d'un éloge latin, fanatique et puéril, d'Aristote : Aristoieli pliilosophorum principi et philosophiœ parenii elogvim, prolusio peripatelica, aulhore P. Gabriel Roy, e soc. J., inséré dans les Selectœ orationes panegyricœ patrum soc. J., p. 205, t II, Lugduui , 1667.
CXXViij INTRODUCTION.
résister -ouvertement aux ordres exprès des supérieurs et s'exposer à vivre éternellement mal content de soi-même , odieux ou à charge à ceux qui nous gouvernent, ou même à quitter un état' que nous devons chérir plus que toute chose au monde. Permettez-moi, s'il vous plaît, cette ouverture de cœur. C'est ma très-sincère amitié qui me fait vous parler ainsi et je vous prie de me retirer le plus tôt que vous pourrez de Tinquiétude où je suis sur le parti que vous aurez pris par rapport aux propositions qu'on a dû vous faire dimanche ou lundi. Je suis avec respect , etc.
« DlTERTRE, J.»
Au bas de cette lettre esf écrit de la main du P. André :
« J'ai pris le parti de demeurer ferme dans la vérité aux dépens de mon repos et de mon bonheur temporel. » •
Et, à côté du passage de la lettre de Dutertre où celuici prétend qu'il n'a jamais cru que la conscience engageât à tenir aucune des opinions du P. Malebranche , André a mis cette apostille :
« Pourquoi donc le dire au père provincial et à tout l'univers,? »
D'ailleurs, nous avons vu les lettres antérieures de Dutertre à André. Jusqu'ici du moins ce n'était que de la prudence , une prudence , il est vrai , bien vite venue et poussée bien loin ; mais Dutertre ne s'arrêta pas dans une si bonne route. Après avoir désavoué par pohtique le système de Malebranche, il va plus loin, et de nouvelles réflexions très-promptement faites Je conduisent à penser qu'en effet ce système est faux , même dangereux , et que les' raisons des supérieurs pour le combattre sont excellentes. Il ne parle plus seulement à André comme le .