‹ Œuvres philosophique du père AndréChapitre 98 sur 175 · DEUXIÈME PARTIE. — IV. CXXXVij · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE. — IV. CXXXVij

qu'il me doit être permis de dire quelque vérité pour me défendre de tant de faussetés que l'on m'attribue. En tout cas, mon révérend père, je suis prêt à tout événement : Si dixeris mihi, non places, prœsto swm ; si vous me dites même ; Sa— irapis non places , je suis prêt à obéir dans tout ce que je pourrai faire sans désobéir à Dieu. C'est en lui, et dans l'union de son esprit saint, que je suis, avec un profond respect etc. »

Cette lettre , loin de calmer le père provincial , l'aigrit au contraire , et il exigea du P. André une profession de foi sur chacun des articles du formulaire. Nous n'avons pas ce formulaire, mais la réponse d'André nous le fait connaître suffisamment. Elle roule précisément sur les points consignés dans la pièce célèbre appelée par Bayle Concordat entre les jésuites et les pères de l'Oratoire1, à savoir les accidents absolus, l'essence de l'âme, l'essence du corps, les formes substantielles, l'union de l'âme et du corps, la nature des idées, les idées claires , l'action des esprits, etc. Sur toutes ces questions André s'explique de la manière la plus catégorique. Nous sommes heureux de posséder et de pouvoir publier ce morceau important,

« 1er décembre 1712.

« Mon très-révérend père \ « Quelque sensible que je sois à l'outrage que l'on me fait, en jetant des soupçons si cruels sur ma religion et sur ma bonne foi, je ne m'en plaindrai point à votre révérence; je me contenterai de la prier très-humblement de lire avec un peu d'attention et d'équité l'exposition que je lui envoie de mes sentiments sur tous les articles en question. S'il y en a

1 Recueil de quelques pièces curieuses concernant la philosophie de M. Descartes, Amsterdam, 1634, et les Fraqments philosophiques, !. II , p. 204, de Ia'3e édit.

CXXXViij INTRODUCTION.

un seul qu'il ne soit pas permis d'avoir dans l'Église , et qui n'ait pour garant des auteurs dont la foi ne peut être suspecte, je m'offre à le quitter sans réplique et à l'instant même qu'on me le fera connoître.- Mais je demande une grâce à ceux qui en feront l'examen, et qu'il semble que l'on devroit me nommer selon les règles de la justice, c'est de n'être point déterminés à regarder comme hérétiques tous ceux qui n'ont pas le bonheur d'être de leur opinion. A cela près je ne crains rien, et les juges les plus éclairés me seront toujours les plus agréables. Voici donc la profession de foi que l'on me demande.

« I. Sur les accidents absolus.

« Sur le mystère de la sainte Eucharistie , je dis anathème avec toute l'Église, à Zuingle, à Calvin, à Wiclef et à Luther, etc. Je crois que N.-S. Jésus-Christ, Dieu et homme J corps , âme et divinité , se trouve réellement et identiquement, substantiellement et proprement dans toutes les hosties consacrées , et dans chacune de leurs parties , du moins après leur séparation ; que toute la matière du pain et du vin se change véritablement au corps et au sang de Jésus-Christ, notre bon pasteur et notre vraie nourriture , non-seulement spirituelle mais corporelle ; que cette conversion admirable est justement appelée transsubstantiation ' dans un sens propre et très-convenable à la chose signifiée ; qu'après ce changement miraculeux et singulier il ne reste rien du pain et du vin que les seules espèces. Enfin, je transcrirai, si l'on veut, tout ce que les conciles de Trente, de Latran et de Constance nous obligent à croire là-dessus; car je le crois expressément et distinctement comme un dogme de foi révélé de Dieu , et proposé par son Église à la croyance de tous les fidèles : je

1 La prétention d'expliquer le mystère de la transsubstantiation est une des fautes qui firent le plus de tort au cartésianisme. Sur ce point obscur de l'histoire de la philosophie cartésienne, nous possédons des documents importants et la plupart inédits, que nous ferons connaître un jour.

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