‹ Œuvres philosophique du père AndréChapitre 97 sur 175 · DEUXIÈME PARTIE. — IV. CXXXV · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE. — IV. CXXXV

jamais clés auteurs dont la vertu et la religion paroissent à chaque page de leurs écrits, du moins à mes»yeux. Je mériterois par un mensonge si abominable les mauvais traitements que j'ai soufferts, et je n'aurois plus de quoi me consoler dans toutes les- disgrâces que je vois prêtes à fondre sur moi , si je les avois méritées par un mensonge et par une calomnie.

« Ainsi, mon révérend père, s'il est résolu que je fasse quelque chose , non pas pour apaiser les cris du public qui ne dit mot, mais les murmures de quelques particuliers, dont je ne veux rien dire par réserve , je vous supplie cfe faire changer tellement les termes du formulaire que je le puisse dicter en mon propre nom, sans blesser en aucune sorte ni la sincérité, ni la justice, ni la charité. Certainement, mon révérend père , je ne dévrois pas être réduit- à vous demander cela comme une grâce. C'est pourtant la seule que je vous demande, vous promettant du reste que tout ce que je puis faire sans crime pour vous contenter, je le ferai sans peine. Mais que j'aille faire profession ouverte de tenir pour très-vrai ce que je tiens pour très-faux, telles que sont les opinions que l'on me spécifie sur la nature des idées ; que j'aille donner à croire que j'ai jamais eu le moindre sentiment contraire aux décisions des conciles de Trente, ou de Constance, ou de Vienne , soit sur la nature de nos âmes ou sur le mystère adorable de mon maître; que j'aille malignement décrier en matière de religion des auteurs illustres qui n'ont erré qu'en matière de philosophie; que j'aille enfin, contre toute vérité me faire passer moi-même pour un aveugle sectateur de leurs opinions singulières, malgré l'horreur naturelle que j'ai toujours eue pour l'esprit de secte et de cabale, quoique jamais (dans les) matières philosophiques je ne rendis hommage qu'à la raison, et quoique je combatte sincèrement ■ ces auteurs en plusieurs endroits de mes écrits , et peut-être • avec plus de force que ceux qui m'accusent de les suivre, par exemple M. Descartes dans presque toute sa métaphy-

CXXXVj INTRODUCTION.

sique, et le P. Malebranche dans tout ce qui regarde la manière d'expliquer l'acte libre de notre volonté ; pardonnez-moi, mon révérend père , je vous déclare que je ne rendrai jamais faux témoignage, ni contre moi-même ni contre personne; c'est bien assez que les autres me calomnient; il y a longtemps que je le souffre, et, Dieu merci, en patience.

« Votre révérence sait elle-même qu'il y avoit une calomnie atroce dans le petit extrait qu'elle me lut à la visite, et qu'apparemment ce fut pour cette raison qu'elle ne voulut jamais me le mettre dans les mains, malgré mes instances et peutêtre malgré la justice. Il y en a deux presque aussi énormes, dans l'écrit que vous m'envoyez. 1°. Que l'an passé, pour peu qu'on me poussât dans les disputes, il y avoit toujours du malebranchisme dans mes dernières réponses; 2°. qu'à certaine dispute ; que l'on n'a garde de marquer, je parlai d'une manière peu orthodoxe du libre arbitre. Ce sont des faits absolument faux et calomnieux. . Le premier -ne peut être avancé que par des gens peu instruits, qui prennent pour malebranchisme tout ce qu'ils n'entendent pas ou peutêtre aussi , pour ne rien dire de plus , tout ce qui est assez clair pour être entendu sans peine. Mais, pour le second fait, ce n'est plus ignorance ; la vérité m'oblige à vous déclarer que c'est une imposture abominable, et dont je ne manquerois point de vous demander justice, si j'étois en état de pouvoir l'obtenir, et que l'on pût être dans la disposition de me la rendre. Mais je me tiendrai encore trop heureux si l'on veut bien ne me faire aucune violence. Je "prie Dieu, par N.-S. J.-C, de calmer votre esprit irrité par de faux rapports , par de mauvais conseillers , peut-être plus encore par de mauvais soupçons , et de tempérer par sa douceur la vivacité de votre conduite , qui ne peut avoir que des suites fâcheuses dans la compagnie et dans le monde. Principes cjentium dominantur eorum; vos auiem non sic. Je vous demande pardon, mon révérend père, de la liberté que je prends ; dans les circonstances où vous me réduisez . il semble

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