‹ Œuvres philosophiques d'ArnauldChapitre 104 sur 214 · TROISIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE

Ce qu'il fallait démontrer.

Ces quatre modes, pour être plus facilement retenus , ont été réduits à des mots artificiels, dont les trois syllabes marquent les trois propositions, et la voyelle de chaque syllabe marque quelle doit être cette proposition ; de sorte que ces mots ont cela de très commode dans l'école, qu'on marque clairement par un seul mot une espèce de syllogisme, que sans cela on ne pourrait faire entendre qu'avec beaucoup de discours.

Bar- Quiconque laisse mourir de faim ceux qu'il doit nourrir, est

homicide :

BA- Tous les riches qui ne donnent point Vaumône dans les

nécessités publiques, laissent mourir de faim ceux qu''ils

doivent nourrir :

BA. Donc ils sont homicides.

Ce- Nul voleur impénitent ne doit s'attendre d'hêtre sauvé : LA- Tous ceux qui meurent après s'^être enrichis du bien de Véglise, sans vouloir le restituer, sont des voleurs impénitents :

RENT. Donc nul d'yeux ne doit s^attendre d^être sauvé,

Da- Tout ce qui sert au salut, est avantageux: RI- Il y a des afjlictions qui servent au salut : I, Donc il y a des afflictions qui sont avantageuses.

Fe- Ce qui est suivi d'un juste repentir n^est jamais à souhaiter : RI- Il y a des plaisirs qui sont suivis d^un juste repentir : 0. Donc il y a des plaisirs qui ne sont point à souhaiter.

Fondement de la première figure. ".

Puisque dans cette figure le grand terme est affirmé ou nié du moyen pris universellement, et ce même moyen affirmé ensuite dans la mineure du petit terme, ou sujet de la conclusion, il est clair qu'elle n'est fondée que sur deux principes, l'un pour les modes affîrmatifs, l'autre pour les modes négatifs.

Principe des modes affirmatifs.

Ce qui convient à une idée prise universellement, convient aussi à tout ce dont cette idée est affirmée, o'i qui est sujet de cette idée, ou qui csf compris dans Vextension de cette idée: car ces expressions sont synonymes.

Ainsi, l'idée d''animal convenant à tous les hommes , convient aussi à tous les Éthiopiens. Ce principe a été tellement éclairci dans le chapitre où nous avons traité de la nature des propositions affirmatives, qu'il n'est pas nécessaire de l'éclaircir ici davantage. Il suflBra d'avertir qu'on l'exprime ordinairement dans l'école en cette manière: Quod convenit consequenti, convenit antecedenti ; et que l'on entend par terme conséquent une idée générale qui est affirmée d'une autre, et par antécédent le sujet dont elle est affirmée, parce qu'en effet l'attribut se tire par conséquence du sujet ; s'il est homme, il est animal.

Principe des modes négatifs.

Ce qui est nié d'une idée 'prise universellement, est nié de tout ce dont cette idée est affirmée.

Arbre est nié de tous les animaux ; il est donc nié de tous les hommes, parce qu'ils sont animaux. On l'exprime ainsi dans l'école : Quod negatur de consequenti, negatur de antecedenti.

Ce que nous avons dit en traitant des propositions négatives, me dispense d'en parler ici davantage.

Il faut remarquer qu'il n'y a que la première figure qui conclue tout. A, E, I, 0.

Et qu'il n'y a qu'elle aussi qui conclue A, dont la raison est, qu'afin que la conclusion soit universelle affirmative, il faut que le petit terme soit pris généralement dans la mineure , et par conséquent qu'il en soit sujet, et que le moyen en soit l'attribut : d'où il arrive que le moyen y est pris particulièrement ; il faut donc qu'il soit pris généralement dans la majeure (par la première règle générale), et que par conséquent il en soit le sujet. Or c'est en cela que consiste la première figure, que le moyen y est sujet en la majeure, et attribut en la mineure.

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