‹ Œuvres philosophiques d'ArnauldChapitre 114 sur 214 · TROISIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE

leurs maîtres que dans les choses qui ne sont point contre la loi de

Dieu : *

Or, un mauvais commerce est contre la loi de Dieu :

Donc le christianisme n'oblige point les serviteurs de servir leurs

maîtres dans un mauvais commerce.

Car la majeure contient la conclusion, puisque la mineure, mauvais commerce, est contenue dans le nombre des choses qui sont contre la loi de Dieu, et que la majeure étant exclusive, vaut autant que si on disait : ha loi divine n'oblige point les serviteurs de servir leurs maîtres dans toutes les choses qui sont contre la loi de Dieu,

Exemple V. On peut résoudre facilement ce sophisme commua par ce seul principe.

Celui qui dit que vous êtes un animal dit vrai :

Celui qui dit que vous êtes un oison dit que vous êtes un animal :

Donc celui qui dit que vous êtes U7i oison dit vrai.

Car il suffit de dire que nulle de ces deux premières propositions ne contient la conclusion; puisque, si la majeure la contenait, n'étant différente de la conclusion qu'en ce qu'il y a animal dans la majeure, et oison dans la conclusion, il faudrait qiVanimal contînt oison; mais animal est pris particulièrement dans cette majeure, puisqu'il est attribut de cette proposition incidente affirmative, vous êtes un animal; et par conséquent il ne pourrait contenir oison que dans sa compréhension; ce qui obligerait, pour le faire voir, de prendre le mot d''animal universellement dans la mineure, en affirmant oison de tout animal : ce qu'on ne peut faire, et ce qu'on ne fait pas aussi, puisqu'animai est encore pris particulièrement dans la mineure, étant encore, aussi bien que dans la majeure, l'attribut de cette proposition affirmative incidente vous êtes un animal.

Exemple VI. On peut encore résoudre par là cet ancien sophisme, qui est rapporté par saint Augustin :

Vous n'êtes pas ce que je suis :

Je suis homme :

Donc vous n'êtes pas homme.

Cet argument ne vaut rien par les règles des figures, parce qu'il est de la première, et que la première proposition , qui en est la

jiiineure, est négative : mais il suffit de dire que la conclusion n'est ])oint contenue dans la première de ces propositions, et que l'autre proposition, je suis homme, ne fait point voir qu'elle y soit contenue ; car la conclusion étant négative, le terme d'homme y est pris universellement , et ainsi n'est point contenu dans le terme ce que je suis, parce que celui qui parle ainsi n'est pas tout homme , mais seulement quelque homme, comme il paraît en ce qu'il dit seulement dans la proposition applicative , je suis homme , où le terme d'homme est restreint à une signification particulière , parce qu'il est attribut d'une proposition affirmative : or, le général n'est pas contenu dans le particulier.

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