TROISIÈME PARTIE
blissent, ce qui fait une espèce d'argument composé de plusieurs propositions : car à la majeure on joint les preuves delà majeure, à la mineure les preuves de la mineure, et ensuite on conclut.
L'on peut réduire ainsi toute l'oraison pour Milon à un argument composé, dont la majeure est qu'il est permis de tuer celui qui nous dresse des embûches. Les preuves de cette majeure se tirent do la loi naturelle, du droit des gens, des exemples. La mineui'o est que Clodius a dressé des embûches à Milon, et les preuves de la mineure sont l'équipage de Clodius, sa suite, etc. La conclusion est, qu'il a donc été permis à Milon de lo tuer.
Le péché originel se prouverait par les misères des enfants, selon la méthode dialectique, en cette manière.
Les enfants ne sauraient être misérables qu'en punition de quelque péché qu'ils tirent de leur naissance : or, ils sont misérables , donc c'est à cause du péché originel. Ensuite il faudrait prouver la majeure et la mineure ; la majeure par cet argument disjonctif : la misère des enfants ne peut procéder que de l'une de ces quatre causes : 1° des péchés précédents commis en une autre vie; 2^ de l'impuissance de Dieu, cpii n'avait pas le pouvoir de les en garantir ; 3^ de l'injustice de Dieu, qui les asservirait sans sujet; 4" du péché originel. Or, il est impie de dire qu'elle vienne des trois premières causes; elle ne peut donc venir que de la quatrième, qui est le péché originel.
La mineure, que les enfants sont misérables, se prouverait par le dénombrement de leurs misères.
Mais il est aisé de voir combien saint Augustin a proposé celte preuve du péché originel avec plus de grâce et de force, en la renfermant dans un argument composé en celte sorte.
« Considérez la multitude et la grandeur des maux qui acca- « blent les enfants, et combien les premières années de leur vie « sont remplies de vanité, de souffrances, d'illusions, de frayeurs; « ensuite, lorsqu'ils sont devenus grands, et qu'ils commencent « même à servir Dieu, l'erreur les tente pour les séduire, le tra- « vail et la douleur les tentent pour les aflaiblir, la concupiscence « les tente pour les enflammer, la tristesse les tente pour les « abattre, l'orgueil les tente pour les élever ; et qui pourrait repré- « senter, eu peu de paroles, tant de diverses peines qui appesan- « tissent le joug des rnfants d'Adam? L'évidence de ces misères « a forcé les philosophes païens, qui ne savaient et ne croyaient « rien du péché de notre premier père, de dire que nous n'étions ■ né^ que pour soulTrir les chàtimculs (pic nous avions méritév^
« par quelques crimes commis en une autre vie que celle-ci, et « qu'ainsi nos âmes avaient été attachées à des corps corrup- « tibles, par le même genre de supplice que des tyrans de Toscane « faisaient souffrir à ceux qu'ils attachaient tout vivants avec des " corps morts. Mais cette opinion, que les âmes sont jointes à des « corps en punition des fautes précédentes d'une autre vie, est « rejetée par l'apôtre. Que reste-t-il donc, sinon que la cause de « ces maux effroyables soit, ou l'injustice ou l'impuissance de Dieu, « ou la peine du premier péché de l'homme? Mais, parce que « Dieu n'est ni injuste, ni impuissant, il ne reste plus que ce que « vous ne voulez pas reconnaître, mais qu'il faut pourtant que « vous reconnaissiez malgré vous, que ce joug si pesant, que les « enfants d'Adam sont obligés de porter depuis que leurs corps sont « sortis du sein de leur mère, jusqu'au jour qu'ils rentrent dans « le sein de leur mère commune, qui est la terre, n'aurait point « été, s'ils ne l'avaient mérité par le crime qu'ils tirent de leur « origine. »