CHAPITRE XVIII
Division des lieux en lieux de grammaire, de logique et de métaphysique.
Coux qui ont traité des lieux, les ont divisés en différentes matières. Celle qui a été suivie par Cicéron dans les Livres de l'Invention et dans le 2^ Livre de l'Orateur, et par Quintilien au 5® Livre de ses Institutions, est moins méthodique; mais elle est aussi plus propre pour l'usage des discours du barreau , auquel ils la rapportent particulièrement. Celle de Ramus est trop embarrassée de subdivisions.
En voici une qui paraît assez commode, d'un philosophe allemand fort judicieux et fort solide , nommé Clauberge^ , dont la Logique m'est tombée entre les mains, lorsqu'on avait déjà commencé à imprimer celle-ci.
Les lieux sont tirés, ou de la grammaire ou de la logique, ou de la métaphysique.
Lieux de grammaire-
Les lieux de grammaire sont, rét\ mologie, et les mots dérivés de même racine, qui s'appellent en latin conjugata et en grec îva:ovcp.a.
On argumente par Pétymologie, quand on dit, par exemple, que plusieurs personnes du monde ne se divertissent jamais, à proprement parler ; parce que se divertir, c'est se désappliquer des occupations sérieuses , et qu'ils ne s'occupent jamais sérieusement.
Les mots dérivés de même racine servent aussi à faire trouver des pensées.
Jlomo sum, humani vil à me alienum pulo.
Morloli urqemur iib houle, mortales.
Qnid Utni diamnn iniseri( onlià quùm miser?
Quid tain indigmim misericordiâ qnàm superbus miser?
Qu'y a-t-il de plus digne de miséricorde qu'un misérable? Et (jn'y a-t-il de plus indigne do miséricorde qu'un misérable qui est orgueilleux?
Lieux de logique.
Les lieux de logique sont les termes universels, genre, espèce. <liflerence, propre, dccideiU, la deliiiilion, h division ; et comme
tous ces points ont été expliqués auparavant, il n'est pas nécessaire
d'en traiter ici davantage.
Il faut seulement remarquer que l'enjoint d'ordinaire à ces lieux certaines maximes communes, qu'il est bon de savoir, non pas qu'elles soient fort utiles, mais parce qu'elles sont communes. On en a déjà rapporté quelques-unes sous d'autres termes; mais il est bon de les savoir sous les termes ordinaires.
1** Ce qui s'affirme ou se nie du genre, s'affirme ou se nie de l'espèce. Ce qui convient à tous les hommes, convient aux grands; mais ils ne peuvent pas prétendre aux avantages qui sont au-dessus des hommes.
1^ En détruisant le genre, on détruit aussi l'espèce. Celui qui ne juge point du tout, ne juge point mal; celui qui neparle point du tout, neparle jamais indiscrètement.
3° En détruisant toutes les espèces, on détruit les genres. Les formes qu'on appelle substantielles {excepté Vâme raisonnable) ne sont ni corps ni esprit : donc ce ne sont point des substances.
4" Si l'on peut affirmer ou nier de quelque chose la différence totale, on en peut affirmer ou nier l'espèce. Uétendue ne convient pas à la pensée : donc elle n'est pas matière.
5^ Si l'on peut affirmer ou nier de quelque chose la propriété, on en peut affirmer ou nier l'espèce. Étant impossible de se figurer la moitié d'une pensée, ni une pensée ronde et carrée, il est impossible que ce soit un corps.
6° On affirme ou on nie le défini de ce dont on affirme ou nie la définition. Il y a peu de personnes justes, parce quHl y en a peu qui aient une ferme et constante volonté de rendre à chacun ce qui lui appartient.
Lieux de métaphysique.
Les lieux de métaphysique sont certains termes généraux convenant à tous les êtres auxquels on rapporte plusieurs arg iments, comme les causes, les effets, le tout, les parties, les termes opposés. Ce qu'il y a de plus utile est d'en savoir quelques divisions générales, et principalement des causes.
Les définitions qu'on donne dans l'école aux causes en général, en disant qu'une cause est ce qui produit un effet, ou ce par quoi une chose est, sont si peu nettes, et il est si difficile de voir comment elles conviennent à tous les genres de cause, qu'on au ait aussi bien fait de laisser ce mot entre ceux que l'on ne définit point,