‹ Œuvres philosophiques d'ArnauldChapitre 179 sur 214 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Que ce que l'autour de la Recherche, de la Vérilc dit de la nature des idées, d.ans son troisième livre, n'est fondé que sur des imaginations, qui nous sont restées des préjugés de l'enfance.

Comme tous les hommes ont été d'abord enfants , et qu'alors ils n'étaient presque occupés que de leur corps et de ce qui frappait leurs sens, ils ont été longtemps sans connaître d'autre vue que la vue corporelle, qu'ils attribuaient à leurs yeux. Et ils n'ont pu s'empêcher de remarquer deux choses dans cette vue. L'une, (ju'il fallait que l'objet fût devant nos yeux , afin que nous le pussions voir, ce qu'ils ont appelé présence; et c'o-t ce qui leur a fait regarder cette présence de l'objet comme une condition nécessaire pour voir. L'autre, qu'on voyait au^si quelquefois les choses visibles dans les miroirs, ou dans l'eau , ou d'autres choses ([ui nous le représentaient; et alors ils ont cru, quoique par erreur, que ce n'étaient pas les corps mômes que l'on voyait, mais leurs images. Voilà la seule idée qu'ils ont eue longtemps de ce qu'ils ont apjiolo voir, d'oîi il est arrivé qu'ils se sont accoutumés, par une longuo habitude, à joindre à l'idée de ce mot l'une ou l'autre de ces deux circonstances : de la présence de l'objet dans la vue directe , ou de voir seulement l'objet par son image, dans la vue réfléchie par des miroirs. Or, on sait assez la peine qu'on a de séparer les idées qui ont accoutumé de se trouver ensemble dans notre esprit , et ique c'est une des causes les plus ordinaires de nos erreurs.

Mais les hommes avec le temps se sont aperçus, qu'ils coimaissaient diverses choses qu'ils ne pouvaient voir par leurs yeux, ou parce qu'elles étaient trop petites , ou parce qu'elles n'étaient pas visibles, comme Tair , ou parce qu'elles étaient trop éloignées, comme les villes des pays étrangers où nous n'avons jamais été. C'est ce qui les a obligés de croire qu'il y avait des choses (jiic nous

voyions par l'esprit, et non par les yeux. Ils eussent mieux fait s'ils cu^^sent conclu qu'ils ne voyaient rien par les yeux, mais tout par l'esprit, quoique en différentes manières. Mais il leur a fallu bien du temps pour en venir jusque-là. Quoi qu'il en soit, s'étant imaginé que la vue de l'esprit était à peu près semblable à celle qu'ils avaient attribuée aux yeux , ils n'ont pas manqué , comme c'est l'ordinaire , de transférer ce mot à l'esprit avec les mêmes conditions qu'ils s'étaient imaginé qui l'accompagnaient quand ils l'appliquaient aux yeux.

La première était la présence de l'objet. Car ils n'ont point douté, et ils ont pris pour un principe certain , aussi bien au regard de l'esprit que des yeux, qu'il fallait qu'un objet fût présent pour être vu. Mais quand les philosophes, c'est-à-dire ceux qui croyaient connaître mieux la nature que le vulgaire, et qui n'avaient pas laissé de se laisser prévenir par ce principe , sans l'avoir jamais bien examiné, ont voulu s'en servir pour expliquer la vue de l'esprit, ils se sont trouvés bien empêchés. Car quelques-uns avaient reconnu que l'âme était immatérielle, et les autres, qui la croyaient corporelle , la regardaient comme une matière subtile , enfermée dans le corps , dont elle ne pouvait pas sortir pour aller trouver les objets de dehors, ni les objets de dehors s'aller joindre à elle. Comment donc les pourra-t-elle voir , puisqu'un objet ne peut être vu s'il n'est présent? Pour sortir de cette difficulté, ils ont eu recours à l'autre manière de voir, qu'ils avaient aussi accoutumé d'appliquer à ce mot au regard de la vue corporelle , qui est de voir les choses , non par elles-mêmes , mais par leurs images, comme quand on voit les corps dans les miroirs. Car, comme j'ai déjà dit, ils croyaient, et presque tout le monde le croit encore, que ce ne sont pas alors les corps que l'on voit , mais seulement leurs images. Ils s'en sont tenus là , et ce" préjugé a eu tant de force sur leur esprit, qu'ils n'ont pas cru qu'il y eût seulement le moindre sujet de douter que cela ne fiit ainsi. De sorte que, le supposant comme une vérité certaine et incontestable, ils ne se sont plus mis en peine que de chercher quelles pouvaient être ces images ou ces êtres représentatifs des corps , dont l'esprit avait besoin pour apercevoir les corps.

Une autre chose, qui revient néanmoins à ce que nous venons de dire, et n'en est guère différente, a encore fortifié ce préjugé. C'est que nous avons une pente naturelle à vouloir connaître les choses par des exemples et des comparaisons, parce que, si on y prend garde, on reconnaîtra que l'on a toujours de la peine à croire

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ce qui esL singiili(;r, et dont on no peut donner d'exemple. Lors donc (|ue les liommes ont commencé à s'apercevoir que nous voyons les choses par l'esprit, au lieu de se consulter eux-mêmes, et de prendre garde à ce qu'ils voyaient clairement se passer dans leur esprit quand ils connaissaient les choses, ils se sont imaginé qu'ils l'cnleiulraientmieuxpar quol({ue comparaison. Et parce que, depuis la plaie du péché, l'amour ([ue nous avons pour le corps nous y a|)[)lique davantage, ce qui nous fait croire que nous connaissons beaucoup mieux et plus facilem.ent les choses corporelles que les spirituelles; c'est dans les corps qu'ils ont cru devoir chercher quelque comparaison propre à leur faire comprendre comment nous voyons par l'esprit tout ce que nous concevons, et principalement les choses matérielles. Et ils n'ont pas pris garde que ce n'était pas le moyen d'éclaircir, mais plutôt d'obscurcir ce qui leur eût été très clair, s'ils se fussent contentés de le considérer en eux-mêmes. Car l'esprit et le corps étant deux natures tout-àfait distinctes et comme opposées, et dont par conséquent les propriétés ne doivent lien avoir de commun , on ne peut que se b. ouiller en voulant expliquer l'une par l'autre ; et c'est aussi une des sources les plus générales de nos erreurs de ce qu'en mille rencontres nous appliquons au corps les propriétés de l'esprit, et à Tesprit les propriétés du corps^.

Quoi qu'il en soit, ils n'ont pas été assez éclairés pour éviter cet écueil. Ils ont voulu à toute force avoir une comparaison prise du corps, pour faire mieux entendre (à ce qu'ils croyaient) et à euxmêmes et aux autres, comment notre esprit pouvait voir les choses matérielles. Car c'est ce qu'ils trouvaient, et ce qu'on trouve encore de i)lus difficile à comprendre. Et ils n'ont pas eu de peine à la trouver. Elle s'est offerte comme d'elle-même , par cette autre pré\ ention cpi'il doit y avoir au moins beaucoup de ressemblance entre les choses qui ont un même nom. Or, ils avaient donné, comme j'ai déjà remarqué , le même nom à la vue corporelle et à la vue spirituelle , et c'est ce qui les a fait raisonner ainsi : H faut qu'il se passe quelque chose d'à peu près semblable dans la vue de l'esprit que dans la vue du corps : or, dans cette • dernière, nous ne pouvons voir que ce qui est présent, c'est-à-dire ce qui est devant nos yeux ; ou si nous voyons quelquefois les choses qui ne sont pas devant nos yeux , ce n'est que par des limages qui nous les représentent : il faut donc que c'en soit de imênie dans la vue de l'esprit. Il ne leur en a pas ïixWw davantage pour se faire un i)rincipe certain de cette maxime : Ouc nous no

voyoïih par notre esprit que les objets qui sont présents à notre ûme : ce qu'ils n'ont pas entendu d'une présence objective, selon laquelle une chose n'est objectivement dans notre esprit que parce que notre esprit la connaît ; de sorte que ce n'est qu'exprimer la même chose diversement que de dire qu'une chose est objectivement dans notre esprit (et par conséquent lui est présente), et qu'elle est connue de notre esprit. Ce n'est pas ainsi qu'ils ont pris ce mot de présence ; mais ils l'ont entendu d'une présence préalable à la perception de l'objet, et qu'ils ont jugée nécessaire afin qu'il fût en état de pouvoir être aperçu : comme ils avaient trouvé, à ce qu'il leur semblait, que cela était nécessaire dans la vue. Et de là ils ont passé bien vite dans l'autre principe : que tous les corps, que notre àme connaît , ne pouvant pas lui être présents par eux-mêmes, il fallait qu'ils lui fussent présents par des images qui les représentassent. Et les philosophes se sont encore plus fortifiés que le peuple dans cette opinion, parce qu'ils avaient la même pensée au regard de la vue corporelle , s'étant imaginé que nos yeux mêmes n'aperçoivent leurs objets que par des images qu'ils ont appelées espèces intentionnelles, dont ils croyaient avoir une preuve convaincante par ce qui arrive dans une chambre lorsque , l'ayant toute fermée , à la réserve d'un seul trou, et ayant mis au-devant de ce trou un verre en forme de lentille, on étend derrière à certaine distance un linge blanc, sur qui la lumière , qui vient de dehors , forme ces images , qui représentent parfaitement, à ceux qui sont dans la chambre, les objets de dehors qui sont vis-cà-vis.

Ils ont donc reçu encore cet autre principe comme incontestable : que l'âme ne voit les corps que par des images ou espèces qui les re})résentent. Et ils ont tiré de là différentes conclusions, selon leur différente manière de philosopher, et quelques-uns de fort méchantes. Car voici comme raisonne M. Gassendi, ou plutôt ceux dont il propose les pensées comme des objections, auxquelles il souhaitait que M. Descartes satisfît : « Notre âme ne connaît « les corps que par des idées qui les représentent : or , ces idées « ne pourraient pas représenter des choses matérielles et étendues, « si elles n'étaient elles-mêmes matérielles et étendues : elles le « sont donc ; mais, afin qu'elles servent à l'âme à connaître les « corps , il faut qu'elles soient présentes à l'âme , c'est-à-dire « qu'elles soient reçues dans l'âme : or, ce qui est étendu ne peut « être reçu que dans une chose étendue : donc il faut que l'àme « soit étendue, et par conséquent corporelle ^. -•' Quelque damnable

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qm soit cette conclu^^ion, je ne vois pas qu'il soit facile de ne la pas admettre, si on en admcît Icj principes, ce qui doit faire juger que ces principes ne sauraient être vrais.

Néanmoins, les autres philosophes, qui auraient eu horreur d'une telle conséquence, ont cru l'éviter, en disant que ces idées des corps sont d'abord matérielles et étendues, mais qu'avant que d'être reçues dans l'àme, elles sont spiritualisées, comme les matières grossières se subtilisent en passant par l'alambic. Je ne sais s'ils se servent de cette comparaison , mais c'est à quoi revient ce qu'ils disent, que « les idées des corps, (ju'ils appellent « espèces impresses, étant d'abord matérielles et sensibles, sont «rendues intelligibles et immatérielles par l'intellect agent, et « que })ar là elles deviennent propres à être rerues dans l'intellect « patient. »

Je ne m'étonne pas que la plupart des philosophes, ayant raisonné de la sorte, après avoir reçu aveuglément ces deux principes comme incontestables : « Que l'àme ne pouvait apercevoir que « les objets qui lui étaient présents : et que les corps ne lui pou- « valent être présents que par de certains êtres représentatifs « appelés idées ou espèces, qui tenaient leur place, leur étant « semblables, et qui, au lieu d'eux, étaiejit unis intimement à « l'àme ; » mais que l'auteur du livre de la Recherche de la Vérité, qui fait profession de suivre une route toute différente, les ait reçus aussi bien qu'eux sans autre examen, rien en vérité n'est plus étonnant.

Car il sait mieux que personne que la comparaison de la vue corporelle avec la spirituelle, sur laquelle apparemment tout cela est fondé, e-^t fausse en toutes manières : non-seulement parce que c'est Tàme, et non pas les yeux qui voient, mais aussi parce que , quand ce serait les yeux qui verraient, ou Tàme autant qu'elle est dans les yeux, on ne trouverait rien dans cette vue qui put servir à autoriser les deux choses que les philosophes de l'école prétendent se devoir trouver dans celle de l'esprit. La première est la présence de Tobjet, qu'ils disent devoir être uni intimement à l'àme. Or, c'est tout le contraire dans la vue du corps. Car, quoi qu'en parlant populairement, on dise que l'objet doit être présent à nos yeux, afin que nous le voyions, ce qui a été la cause de l'erreur; néanmoins, en [wirlaui^t exactement et philosophicpiement, c'est tout l'opposé. H endoLt êtr.^ absent, puisqu'il en doit être éloigné, et que ce qui serait dans l'œil, ou trop près de l'œil, ne se pourrait voir.

ARNAur.n, 2t

SOî^ DES VRAIES

Il en est de môme de la deuxième condition, qui est de voir de certains êtres représentatifs, qui, étant semblables aux objets, nous les font connaître. Il sait bien que nos yeux ne voient rien de tel, ni notre âme par nos yeux. lirait que quand on se voit dans un miroir, c'est soi-même que l'on voit, et non point son image. Il saitbienque cespetits êtres voltigeant par l'air, et dont il devrait être tout rempli, que l'école appelle des espèces intentionnelles ^ ne sont que des chimères. Et enfin il sait bien que, quoique les objets que nous regardons forment des images assez parfaites dans le fond de nos yeux, il est certain néanmoins que nos yeux ne voient ces petites images peintes dans la rétine, et que ce n'est point en cela qu'elles servent à la vision, mais d'une autre manière, que M. Descartes a expliqué dans sa dioptrique.

C'est donc assurément une chose fort surprenante, qu'ayant si bien connu la fausseté de tout ce qui a donné lieu à ces préjugés, il n'ait pas laissé d'en être si persuadé, qu'il les a pris sans hésiter pour les fondements inébranlables de tout ce qu'il avait à nous dire sur cette matière. Car c'est ce qu'il fait dans son livre lit, part, ii, qui est De la nature des idées; et dont le premier chapitre a pour titre : « Ce qu'on entend par idées. Qu'elles existent véritable- « ment , et qu'elles sont nécessaires pour apercevoir les objets « matériels. » Par où l'on voit ce qu'il a dessein de prouver; et voici comme il s'y prend pour l'établir sur des principes certains.

« Je crois, dit-il, que tout le monde tombe d'accord (voilà « comme parlent tous ceux qui veulent que l'on juge des choses « par les préjugés ordinaires) que nous n'apercevons point les « objets qui sont hors de nous par eux-mêmes. Nous voyons le « soleil, les étoiles, et une infinité d'objets hors de nous; et il n'est « pas vraisemblable que l'àme sorte du corps, et qu'elle aille, pour « ainsi dire, se promener dans le> cieux , pour y contempler tous « ces objets. Elle ne les voit donc point par eux-mêmes, et l'objet « immédiat de notre esprit, lorsqu'il voit le soleil, par exemple, « n'est pas le soleil, mais quelque chose qui est intimement uni à « notre àme , et c'est ce que j'appelle idée. Ainsi, par ce mot idée, « je n'entends ici autre chose que ce qui est l'objet immédiat, ou « le plus proche de l'esprit , quand il aperçoit quelque chose. Il « faut bien remarquer qu'afinque l'espriltapopÇBW'e quelque objet, «il est absolument nécessaire que lîidéé de tel objet lui soit « actuellement présente : il n'est pas poiisihfe d'en douter. «

Voilà, Monsieur, comme il entre en iinatièln3tJl n'examine pas si ce qu'il suppose comme indubitable, parce qu'un le croit ainsi

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d'ordinaire-, doit être reçu sans examen. Il n'en doute point. Il k; prend pour un de ces premiers principes qu'il ne faut qu'envisager avec un peu d'attention pour n'en point douter. 11 ne se met donc point on peine do nous le persuader par aucune preuve. Il lui suffît de nous dire «qu'il croit que tout le monde en tombe d'accord. »

Cependant, vous voyez qu'après nous avoir fait entendre, diins le premier chapitre de tout son ouvrage, que Vidée dhin objet était la mêuie chose que la perception de cet objet, il nous en donne ici toute une autre notion. Car ce n'est plus la perception des corps qu'il en appelle Vidée: mais c'est un ccvla'm être représentatif des corps, (pi'il prétend être nécc^ssaire pour suppléer à l'absence des corps, qui no se peuvent unir intimement à l'àme, comme cet être représentatif, qui pour cette raison est « l'objet immédiat et le plus « proche de Tesprit, quand il aperçoit quelque chose. » Il ne dit pas qu'il est dans l'esprit, et qu'il en est une modification comme il devait dire, s'il n'avait entendu par là que la perception de l%bj(^t, mais seulement qu'il est le plus proche de Vesprit , parce qu'il regarde cet être représentatif comme réellement distingué do notre esprit aussi bien que de l'objet.

Cela se voit encore en ce qu'il dit dans la parole suivante, que l'Ame et tout ce qui est dans l'âme, comme ses pensées et ses manières de penser, se voit sans idées : ce qui serait une contra- .^

diction visible, si par Vidée d\m objet, on n'entendait autre chose ^

que la perception de cet objet. Car ce serait dire que l'àme s'aper- ^

çoitsans s'apercevoir, et qu'elle se connaît sans se connaître. Il est donc clair ([u'il a voulu marquer par là qu'alin que l'àme se connaisse elle n'a pas besoin d'un être représentatif qui supplée à son absence, parce qu'elle est toujours présente à soi-même.

Enfui, ce (pi'il dit à la (in (\\\ chapitre montre assez que ce qu'il entend par ce mot d'aidée en cet endroit ne peut être la perception de Vobjet, mais un èlre représentatif, qui ticMit la place de l'objet dans la connaissance des choses matérielles, à cause qu'elles sont absentes, et que l'àme ne peut voir que ce qui lui est présent.

« Je parle principalement ici des choses matérielles, qui cerlai- « nement ne peuvent s'unir à notre Ame de la façon qui est néces- «saire, alin qu'elle les aperçoive; parce que, étant étendues et « Pâme ne l'étant pas, il n'y a point de pi oportion entre elles. Outre « que nos âmes ne sortent point du corps pour mesurer la gran- « deur des cieux, et par consé(|uent elles ne peuvent voir les corps « de dehors, que par des idées i^ui les représentent. C'est de quoi

3r,i DES VRAIES

« tout le monde doit tomber d'accord (a). » On n<^"pbinT3!t parler avec plus de confiance, quand on n'aurait à proposer que des choses aussi claires que des axiomes de géométrie. Aussi poursuit-il du même ton :

« Nous assurons donc qu'il est 'absolument nécessaire que les « idées que nous avons des corps et de tous les autres objets que « nous n'apercevons point par eux-mêmes, viennent de ces mêmes « corps et de ces objets : ou bien que notre âme ait la puissance « de produire ces idées : ou que Dieu les ait produites avec elle en « la créant, ou qu'il les produise toutes les fois qu'on pense à « quelque objet : ou que l'âme ait en elle-même toutes les perfec-, " tiens qu'elle voit dans ces corps : ou enfin qu'elle soit unie avec. « un être tout parfait , et qui renferme généralement toutes les « perfections des êtres créés. »

Si ces prétendus êtres représentatifs des corps n'étaient pas de ])ureS chimères, j'avouerais sans peine qu'il faudrait qu'ils se trouvass^t dans notre âme par quelqu'une de ces cinq manières. .'Mais comme je suis persuadé qu'il n'y a rien de plus chimérique, j'ai le dernier étonnement de ce que notre ami, qui a détruit tant xi'auferes chimères semblables, ait pu donner dans celle-ci.

La conclusion a le même air de confiance, mais accompagnée de quelques termes modestes, dont ne laissent pas de se servir ceux qui sont le plus persuadés qu'ils n'avancent rien qui ne soit de la dernière clarté.

« Nous ne saurions voir les objets qu'en l'une de ces manières. « Examinons quelle est celle qui semble la plus vraisemblable de « toutes sans préoccupation, et sans nous effrayer de la difficulté « de cette question : peut-être que nous la résoudrons assez c'ai- « rement ; quoique nous ne prétendions pas donner ici des démon-. « strations incontestables pour toutes sortes de personnes , mais « seulement des preuves très convaincantes pour ceux au moins « qui les méditeront avec une attention sérieuse, car on passerait « peut-être pour téméraire si l'on parlait autrement. »

Et moi. Monsieur, je ne crains point de passer pour téméraire en vous disant deux choses. L'une que ces idées, prises pour des êtres représentatifs, distingués des perceptions, n'étant point nécessaires à notre âme pour voir les corps, il n'est par conséquent nullement nécessaire qu'elles soient en elle par aucune de ces

(a) Liv. III, deuxième partie, ch. i, p. 190.

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cijiq manières. L'autre que la moins vraisemblable de toutes ces manières, et par laquelle on peut le moins expliquer comment notre âme voit les corps, est celle que notre ami a préférée à toutes les autres.

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