‹ Œuvres philosophiques d'ArnauldChapitre 187 sur 214 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

Démonstration III.

Celle-ci sera plus courte. Elle consistera à faire voir qu'une l)roposition, qu'il joint aux précédentes, et qui ne lui paraît pas moins considérable, est encore une proposition équivoque, qui (hms un sens est véritable, mais entièrement inutile à son dessein ; (îl dans l'autre est très fausse, et suppose ce qui est en question.

Cette proposition est : « Il faut bien remarquer qu'afin que « Tesprit ai)erçoive quelque chose, il est absolument nécessaire « que ridée de cet objet lui soit actuellement présente ; mais il " n'est pas nécessaire qu'il y ait au dehors quelque chose de sem- « blable à cette idée. »

•l'ai fait voir dans les chap. m el iv que dans lecomnitMicement de son ouvrage il jirend le mot iVidéc pour la perception même, mais que dans le lieu où il traite expressément de la nature des idées, il le prend })our un certain être représentatif, distingué réellement de la perception et de Tobjet. Ainsi on ne peut porter aucun jugement de cette proposition si on ne lève auparavant l'ambiguïté du mot d'idée, et pour cela il en faut faire deux propo-

sitioiis, en mettant dans chacune l'une des deux définitions en la place du défini.

Voici la première, où le mot d'idée sera pris pour la perception même : « Il faut bien remarquer qu'afm que l'esprit aperçoive « quelque objet, il est absolument nécessaire que l'idée de cet « objet, prise pour sa perception, lui soit actuellement présente; « il n'est pas possible d'en douter, mais il n'est pas nécessaire « qu'il y ait au dehors quelque chose de semblable à cette « perception. »

Rien n'est plus vrai que cette proposition, prise en ce sons, dans toutes ces deux parties. Car comment notre esprit pourraitil apercevoir quelque chose s'il n'en avait l'idée, c'est-à-dire la perception. Il est certain aussi que la perception de plusieurs choses est actuellement dans notre esprit, quoique ces choses ne soient pas actuellement hors de nous.

Et voici la deuxième proposition ou le mot d'iWe'e est pris comme dans le chap. i de la deuxième partie du livre III, qui est l'endroit que nous examinons présentement, pour un certain être représentatif, distingué de la perception, qui supplée à l'absence des objets et met par là l'esprit en état de les pouvoir connaître.

« Il faut bien remarquer qu'afin que l'esprit aperçoive quelque « objet, il est absolument nécessaire que cet être représentatif, à « qui je viens de donner le nom d'idée, lui soit actuellement « présent; il n'est pas possible d'en douter. Mais il n'est pas néces- « saire qu'il y ait au dehors quelque chose de semblable à cet « être représentatif. »

Mais cette proposition étant conçue en ces termes, non-seulement il est possible d*en douter, mais je la nie absolument dans sa première partie, ne voyant aucun besoin de ce prétendu être représentatif i^our connaître aucun objet ou" présent ou absent. Et ainsi, supposer qu'il n'est pas possible de douter de la nécessité de cet être représentatif, c'est manifestement supposer ce qui est en question. Et, pour la deuxième partie, s'il n'est pas nécessaire qu'il y ait au dehors quelque chose de semblable à Vêtre représentatif, il n'est pas plus nécessaire qu'il y ait au dehors quelque chose d'existant qui soit semblable à la perception que j'ai du soleil. D'où il s'ensuit que ce n'est pas une raison qui m'oblige d'avoir recours à ces êtres représentatifs distingués des perceptions, de ce que je pourrais concevoir le soleil, quoiqu'il n'y eût point de soleil au monde. Car comme alors ce serait le soleil possible que je concevrai?, et non le soleil existant, quoique par erreur jo

pusse croire que ce serait le soleil existant, il en faudrait dire de même de Vétre représentatif du soleil, supposé qu'il n'y eut point de soleil; savoir, qu'il me représenterait un soleil possible et non le soleil existant, et que ce me serait aussi une occasion d'erreur si je jugeais de là que le soleil existe.

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