‹ Œuvres philosophiques d'ArnauldChapitre 205 sur 214 · CHAPITRE XXVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVI

Si nous voyons Dieu en lui-même et sans idée.

On a de la peine à découvrir les vrais sentiments de l'auteur de la Recherche de la Vérité, touchant l'idée de Dieu. Car d'une part il l'admet en plusieurs endroits, et en fait même le principe des plus belles démonstrations de son existence. Et en d'autres il la nie si positivement, et soutient si expressément que nous connaissons Dieu sans idée, et que rien de créé ne le peut représenter, que l'on ne sait comment il a pu avancer des choses si opposées sans se contredire.

Dans les Éclaircissements, p. 494. « Les hommes disent quel- « quefois qu'ils n'ont point d'idée de Dieu, et qu'ils n'ont aucune « connaissance de ses volontés ; et même ils le pensent souvent « comme ils le disent : mais c'est qu'ils ne connaissent point ce « qu'ils savent peut-être le mieux. Car où est l'homme qui hésite « à répondre, lorsqu'on lui demande si Dieu est sage, juste, puis- « sant, s'il est ou n'est pas triangulaire, divisible, mobile, sujet au « changement, quel qu'il puisse être? Cependant, on ne peut « répondre, sans crainte de se tromper, si certaines qualités con- « viennent ou ne conviennent pas à un sujet, si l'on n'a point d'idée « de ce sujet. »

Dans les Éclaircissements, p. 538. « Si nous n'avions point en « nous-mêmes l'idée de l'infini, et si nous ne voyions pas toutes « choses par l'union naturelle de notre esprit avec la raison uni- « verselle et infinie, il me paraît évident que nous n'aurions pas « la liberté de penser à toutes choses. » Il reconnaît donc que nous avons en nous-mêmes l'idée de l'infini, c'est-à-dire de Dieu.

Et dans la p. 543. «Il y a toujours idée pure et sentiment confus « dans la connaissance que nous avons des choses comme actuel- « lement existantes, si on en excepte celle de Dieu et celle de « notre âme. J'excepte l'existence de Dieu ; car on la reconnaît! « par idée pure et sans sentiment : son existence ne dépendant] « point d'une cause, et étant renfermée dans l'idée de l'être par-j « fait, comme l'égalité des diamètres est renfermée dans ridéej « du cercle. » C'est reconnaître l'idée de Dieu en la manière qu( M. Descartes a pris ce mot, puisque c'est approuver la démon-] stration qu'il a donnée de l'existence de Dieu, fondée sur cequï l'existence nécessaire est aussi évidemment renfermée dans l'idée

de l'être parfait, qu'il est renfermé dans l'idée du triangle d'avoir ses trois angles égaux à deux droits, ou, ce qui est la même chose, que l'égalité des diamètres est renfermée dans l'idée du cercle.

Il parle encore conformément à cette pensée de M. Descartes lorsqu'il dit, dans le livre III, partie ii, chap. vi, p. 201 : « Enfin la « plus belle preuve de l'existence de Dieu, c'est l'idée que nous « avons de l'infini. Car il est constant que l'esprit aperçoit l'infini, « quoiqu'il ne le comprenne pas, et qu'il a une idée tues distincte « EN Dieu. »

Et c'est encore après ce philosophe qu'il ajoute au môme endroit : « Non-seulement l'esprit a l'idée de l'infini, il l'a même « avant celle du fini. Car nous concevons l'être infini de cela seul « que nous concevons l'être, sans penser s'il est fini ou infini. Mais « afin (juc nous concevions un être fini, il faut nécessairement « retrancher quelque chose de cette notion générale de l'être,

laquelle par conséquent doit précéder. »

Voilà donc bien d'endroits, où il reconnaît que nous avons Fidée de Dieu : mais en voilà d'autres oij il le nie, et où il semble ruiner en même temps ce qu'il en avait conclu : que c'était sur cette idée de Dieu qu'était fondée la plus belle preuve de son existence.

Car dans le même livre III, chap. vu, il veut que ce soit le propre de Dieu d'être connu par lui-même sans idée. « On connaît, « dit-il, les choses par elles-mêmes et sans idées, lorsque étant « très intelligibles elles peuvent {)énétrer l'esprit, et se découvrir

« à lui Or il n'y a que Dieu que l'on connaisse par lui-même;

« car encore qu'il y ait d'autres êtres spirituels que lui, et qui « semblent être intelligibles par leur nature, il n'y a présentement « que lui seul qui pénètre Tesprit et se découvre à lui. Il n'y a « que Dieu que nous voyons d'une vue immédiate et directe. »

Je veux croire qu'il n'y a en cela qu'une contradiction apparente, et je tâcherai même de la démêler. Mais ce qui m'embarrasso est (pie je ne vois pas que je me puisse servir pour ce dénouement de ce qu'il a dit dans son 3® Eclaircissement, p. i39, pour en accorder une semblable touchant l'àme, dont il avait dit en quelques endroits que nous en avons une idée, et en d'autres il l'avait nié. Sa solution est que « le mot d'idée est équivoque : qu'il l'a « pris quelquefois pour tout ce qui représente à l'esprit quel- « que objet, soit clairement, soit confusément : qu'il Ta même i)ris « encore plus généralement pour tout ce qui est Tobjet immédiat « de notre esprit. Mais qu'il Ta pris aussi pour tout ce qui se repré- « sente les choses à l'esprit, d'une manière si claire qu'on peut

u découvrir d'une simple vue si telles ou telles modifications leur « appartiennent. » Ce qu'appliquant à l'âme, il déclare qu'il a dit « que nous n'en avons point d'idée, parce que l'idée que nous en ^ « avons n'est pas claire. » Or il n'y a point d'apparence qu'il se voulût servir de la même solution pour accorder les endroits où il a dit que nous avons une idée de Dieu, avec ceux où il est dit que nous voyons Dieu sans idée. Car, quoi que ce soit qu'il ait entendu par l'idée de Dieu, quand il a dit qu'il est constant que nous avons une idée très distincte de Dieu, il n'a pas nié sans doute que cette idée ne fût claire, puisqu'il recommande avec tant de soin dans son Traité de la nature et de la grâce de « consulter avec beaucoup « d'attention l'idée vaste et immense de l'être infiniment parfait, " lorsqu'on prétend parler de Dieu avec quelque exactitude. » A quoi il ajoute au même lieu « que pour bien juger des expressions « dont on se sert en parlant de Dieu, il ne faut pas regarder si « elles sont ordinaires, mais observer avec soin si elles sont clai- « RES, et si elles s'accordent parfaitement avec l'idée qu'ont tous « les hommes de l'être infiniment parfait. »

Voilà donc l'idée de Dieu qu'ont tous les hommes, et une idée claire ; puisque c'est cette idée c|u'il faut consulter pour parler de Dieu avec exactitude : ce qu'on ne pourrait pas dire si elle était obscure et confuse.

Comment donc accorder cela avec ce qu'il établit, comme un des principaux dogmes de sa Philosophie des idées, « que de toutes « les choses que nous connaissons il n'y a que Dieu que nous con- « naissions par lui-même et sans idée ?" Ce ne peut être que par une autre équivoque du mot (Tldée, que j'ai remarquée dès le commencement de ce traité.

Car, dès l'entrée du livre de la Recherche de la Vérité, il prend le mot àHdée dans son vrai sens, pour la perception d'un objet ; et il y reconnaît que c^tte perception d'un objet est une modification de notre esprit. Or il est clair qu'on ne peut nier raisonnablement, en prenant le mot (Tidée dans cette signification, que nous n'ayons une idée de Dieu. Aussi est-ce dans ce sens-là qu'il avoue que nous en avons une, comme il paraît par le passage de la p. 201, où il prend pour la même chose Vidée de l'infini et la notion de ,j~ l'infini. Car le mot de notion n'est point équivoque, et n'a jamais signifié autre chose que perception.

Mais, dans le livre IIÏ, il donne tout un autre sens au motd'iW^ Car il entend par ce mot un être représentatif, distingué des peî ceptions, lequel il s'imagine être nécessaire pour mettre les objet

ET DES FAUSSES IDÉES. d09

qu'il a supposé n'être pas intelligibles par eux-mt)mes, on état d'être connus de notre cime. De sorte qu il y a trois choses, qu'on doit distinguer, selon lui, dans la connaissance de ces sortes d'objets : l'objet, qui doit être connu, et qui n'est pas intelligible par lui-même : l'être représentatif, qui le met en état d'être connu, et la perception de notre esprit, par laquelle il est actuellement connu. Or, prenant le mot d'idée en ce sens, il a dû dire, selon son système, que nous voyons Dieu par lui-même et sans idée. Car cela veut dire seulement que Dieu, étant intelligible par lui-môme, et intimement présent à notre âme, elle n'a pas besoin qu'il soit mis en état de lui être connu par un être représentatif distingué de luimême. C'est-à-dire que nous ne pouvons pas distinguer trois choses dans la connaissance que nous avons de Dieu, comme nous fai.-ons dans la connaissance des choses matérielles, mais seulement deux : l'objet qui est Dieu, intelligible par lui-même : et la perception, par laquelle nous ne le connaissons sans avoir besoin d'un être représentatif, distingué de la perception de l'objet. Et c'est ce qu'il a marqué, quand il dit, p. 205 : « qu'on ne peut concevoir que « l'être sans restriction, l'être immense, l'être universel, puisse « être aperçu par une idée, c'est-à-dire par un être particulier, « par un être différent de l'être universel et infini. »

Car il n'a pu entendre par là qu'on doive connaître Dieu sans perception. 1. Parce que ce serait une contradiction visible; puisque connaître Dieu, et avoir la perception de Dieu, sont absolument la même chose. 2. La perception, n'étant qu'une modification de notre âme, ne peut être appelée un être, un être particulier, un être différent de Vêtre universel et infini. 3. Que voudrait dire : on ne saurait concevoir que l'être universel soit aperçu par une idée, en prenant le moliVidée \iOur perception. Pourrait-on, au contraire, concevoir que l'être universel fût aperçu sans qu'on en eût de perception? i. Puisqu'il parle on tant d'endroits de Vidée de Dieu, de la vaste et immense idée de Vêtre parfait, et qu'il assure que tous les hommes ont cette idée, il faut qu'il y ait une signification de mot dHdée, selon laquelle il a cru que cela était indubitable : or on n'en saurait trouver d'autre, sinon celle qu'il a doimée à ce mot au commencement do son ouvrage, en le prenant pour perception : il n'y a donc point d'autre moyen de concilier les endroits où il dit que nous avons une idée de Dieu, avec ceux où il dit que nous connaissons Dieu sans idée, qu'on supposant que dans les uns il a pris le mot (ïidée pour perception, qui est sa notion véritable, et que dans les autres il l'a pris pour cet être représentatif, dont il

s'est imaginé sans raison que nous avions besoin pour connaître toutes choses hors Dieu et notre âme.

Mais, outre les autres preuves, par lesquelles j'ai fait voir que cette dernière notion du mot d'idée n'a aucun fondement raisonnable, on y peut ajouter celle-ci : qu'elle ne sert qu'à embrouiller les plus claires et les plus naturelles notions que nous aurions sans cela de nos propres connaissances ; et qu'il est presque impossible que ceux qui en sont prévenus, ne tombent sans y prendre garde en plusieurs contradictions. Car, quand un mot a une signification ordinaire claire et distincte, si par erreur on lui en donne une autre, qui non-seulement ne soit pas plus claire, mais qui soit fort obscure et fort confuse, il n'est pas presque possible qu'on demeure toujours ferme à prendre ce mot dans cette nouvelle signification ; et il échappe toujours en divers endroits où on le prend selon sa signification commune, qu'on ne peut tellement chasser de son esprit qu'elle ne revienne souvent. Et c'est ce que nous avons vu qui n'a pas manqué d'arriver à cet auteur au regard du mot d'idée : ce qui assurément cause beaucoup de confusion et d'obscurité dans des discours dogmatiques, sur des matières fort abstraites, qu'on ne saurait prendre trop de soin de rendre claires.

En voici un nouvel exemple ; car dans la même période il faut qu'au commencement il ait pris le mot d'idée pour perception, et suivant cette notion, ce qu'il en dit est très véritable, et qu'à la fin il l'ait pris pour un être représentatif, ce qui brouille tout ce qu'il avait dit auparavant, page 201.

« Enfin, dit-il, la preuve de l'existence de Dieu la plus belle, la « plus relevée, la plus solide et la première, ou celle qui suppose « le moins de choses, c'est l'idée que nous avons de l'infini ; car il « est constant que l'esprit aperçoit l'infini, quoiqu'il ne le com- « prenne pas, et qu'il a une idée très distincte-de Dieu. » Jusque-là cela va fort bien ; mais il est indubitable que le mot didée doit être pris pour perception, comme l'a pris M. Descartes dans cette démonstration de l'existence de Dieu que cet auteur a eue en vue, quand il dit que « c'est la plus belle, la plus relevée, la plus solide,

* et celle qui suppose le moins de choses. » Mais ce qu'il ajoute n'a plus de sens en demeurant dans cette même notion du mot didée: « Il est constant que l'esprit a une idée très distincte de Dieu, qu'il « ne peut avoir que par l'union qu'il a avec lui ; puisqu'on ne peut

* concevoir que l'idée de l'être infiniment parfait, qui est celle que « nous avons de Dieu, soit quelque chose de créé. » N'est-il pas visible qu'il change imperceptiblement, et sans en avertir le monde >

la notion du mot d'idée, et qu'il ne prend plus Vidée de Dieu pourla perception de Dieu ; car, la prenant en ce sens, pourrait-il dire que ce n'est pas quelque chose de créé? Pouvons-nous avoir des perceptions incréées? Et nos perceptions ne sont-elles pas essentiellement les représentations de leurs objets? 11 faut donc nécessairement ou que nous n'ayons aucune perception de Dieu, et que, quand nous en parlons, nous en parlions comme des perroquets, sans savoir ce que nous disons, ou que si nous en avons, comme on n'en peut douter, elle représente l'être infini, contre ce qu'il dit, page 205 : « Que l'on ne peut concevoir que quelque chose de créé représente l'infini. » Mais ce qui lui fait dire cela, comme je l'ai déjà remarqué, est que tout d'un coup il a perdu de vue les idées prises pour des perceptions^ et que, sans y prendre garde, il a substitué à ce mot sa notion bizarre d^êtres représentatifs, qu'il se figure comme des tableaux et des images que notre esprit doit envisager avant que de former ses perceptions ; car on peut trouver quelque sens à ce qu'il dit, « que Ton ne peut concevoir que l'idée d'un être infiniment parfait soit quelque chose de créé,» en substituant au mot d'iV/e'e celui d'être représentatif, étant bien certain qu'il est difficile de concevoir qu'il puisse y avoir un être représentatif disùn'J^ué de Dieu, qui soit comme un tableau et une image que notre esprit doive envisager pour se former la perception de l'être infiniment parfait. C'est tout ce que l'on peut dire pour excuser cette proposition, qui serait assurément fort dangereuse, si on y prenait le mot d'idée dans le même sens, au commencement et à la fin de cette période ; car, en le prenant à la fin comme au commencement, il faudrait, ou que la perception que nous avons de Dieu ne fût point une modification ou un attribut de notre àme, mais quelque chose d'incréé, ce qui n'est pas concevable ; ou que nous n'eussions point de perception de Dieu, ce qui est absolument ruiner la preuve de son existence par l'idée (jue nous avons de l'inlini, bien loin que cela se puisse accorder avec ce qu'on dit ici, que c'en est la plus belle preuve.

Et en effet, nous voyons que tous les adversaires de M. Descartes, qui n'ont point voulu demeurer d'accord de la solidité de ses preuves de l'existence de Dieu par l'idée de TÈtre parfait, se sont toujours opiniâtres à nier que nous ayons aucune idée de Dieu. C'est une des objections recueillies du gros livre des Instances, de M. Gassendi '^. Omnes liomincs Dei in se idcam non animadvertere : Qu'il n'est pas vrai que tous les hommes puissent trouver en eux l'idée de Dieu. A quoi M. Dcscai Les répond « qu on prenant le mot

« (Tidée, comme il Pa pris dans ses démonstrations, pour la percep- « tion que nous avons d'un objet, personne ne peut nier qu'il n'ait « en lui l'idée de Dieu, à moins qu'il ne dise qu'il n'entend pas ce « que veulent dire ces mots, lapins parfaite de toutes les choses que « nous puissions concevoir; car c'est ce que tous les hommes en- « tendent par le mot Dieu. Or, dire que l'on n'entend pas des mots « aussi clairs que ceux-là, c'est aimer mieux se réduire soi-même « aux dernières extrémités, que d'avouer qu'on a eu tort de com- « battre le sentiment d'un autre. A quoi je puis ajouter qu'on ne « peut guère s'imaginer de confession plus impie que celle d'un « homme qui dit qu'il n'a point d'idée de Dieu, dans le sens que • j'ai pris ce mot d'idée; car c'est faire profession de ne le connaître « ni par la raison naturelle, ni par la foi, ni par quelque autre « voie que ce soit; puisque, si on n'a nulle perception qui réponde « à la signification du mot Dieu, il n'y a point de différence entre « dire qu'on croit que Dieu est, et dire qu'on croit que rien est. »

Et il ajoute au même endroit, ce qui peut servir de réponse à ce que dit cet auteur, «que rien de créé ne peut représenter l'Être « infini ; » car c'était une instance de ces mêmes philosophes « que « nous comprendrions Dieu si nous en avions l'idée. » A quoi il répond « que cette objection est sans fondement, car le mot de « comprendre marquant quelque limitation, il est impossible qu'un «esprit fini comprenne Dieu qui est infini. Mais cela n'empêche « pas qu'il n'en puisse avoir l'idée, c'est-à-dire la perception, « comme je puis toucher une montagne, quoique je ne la puisse - pas embrasser, » Et c'est aussi ce que cet auteur reconnaît dans le lieu même que j'examine; «car il est constant, dit-il, que « l'esprit aperçoit l'infini, quoiqu'il ne le comprenne pas. »

Je ne crois pas que l'auteur même de la Recherche de la Vérité puisse rien trouver de plus plausible, pour -accorder les diverses choses qu'il dit de l'idée de Dieu, soit en l'admettant, soit en la niant; mais j'espère qu'il en conclura lui-même qu'il aurait bien mieux fait de s'en tenir à la notion que M. Descartes en avait donnée, qui est la seule claire et distincte qu'on en puisse avoir, que dd s'en former une nouvelle, que nous avons fait voir par tout ce Traité n'être fondée que sur de faux préjugés, qui lui sont communs avec les philosophes de l'école, mais qui l'ont engagé en de beaucoup plus grandes absurdités, parce qu'il les a poussés beaucoup plus loin qu'eux.

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