‹ Œuvres philosophiques d'ArnauldChapitre 44 sur 214 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

même («^pril, elles ne s'y trouvent pasde la même sorte; et l'esprit, qui ajoute ces autres idées plus distinctes, ne laisse pas de concevoir que le terme de hoc ne signifie de soi-même qu'une idée confuse, qui, quoique jointe à des idées plus distinctes, demeure toujours confuse.

C'est par là qu'il faut démêler une chicane importune que les ministres ont rendue célèbre, et sur laquelle ils fondent leur principal argument pour établir leur sens de figure dans l'Eucharistie; et l'on ne doit pas s'étonner que nous nous servions ici de cette remarque pour éclaircir cet argument, puisqu'il est plus digne de la logique que de la théologie.

Leur prétention est que, dans cette proposition de Jésus-Christ r Ceci est mon corps, le mot de ceci signihe le pain; or, disent-ils,' le pain ne peut être réellement le corps de Jésus-Christ, donc là proposition de Jésus-Christ ne signifie point, ceci est réellement mon corps.

Il n'est pas question d'examiner ici la mineure et d'en faire voir la fausseté; on l'a fait ailleurs 26; et il ne s'agit que de la majeure par laquelle ils soutiennent que le mot de ceci signifie le pain ; et il n'y a qu'à leur dire sur cela, selon le principe que nous ayons établi, que le mot de pain marquant une idée distincte, n'est point précisément ce qui répond au terme de hoc, qui no marque que l'idée confuse de chose présente ; mais qu'il est bien vrai que Jésus-Christ, en prononçant ce mot, et ayant en même temps appliqué ses apôtres au pain qu'il tenait entre ses mains, Ils ont vraisemblablement ajouté à l'idée confuse de chose présenti signifiée par le terme hoc, l'idée distincte du pain, qui était seulement excitée et non précisément signifiée par ce terme.

Ce n'est que le manque d'attention à cette distinction nécessaire entre les idées excitées et les idées précisément si-nifiées qui fait tout l'embarras des ministres; ils font mille ""efforts inutiles pour prouver que Jésus-Christ montrant du pain, et les apôtres le voyant et y étant appliqués par le terme de hoc, ils no pouvaient pas ne pas concevoir du pain. On leur accorde qu'ils conçurent apparemment du pain , et qu'ils eurent sujet de le concevoir; il ne faut point tant faire d'efforts pour cela; il n'est pas question s'ils conçurent du pain, mais comment ils conçurent

Et c'est sur quoi on leur dit que s'ils conçurent, c'est-à-dirô s'ils eurent dans l'esprit l'idée distincte du pain, ils no l'eurent pas comme signiliée \M\r le mot de hoc, ce qui est impossible puiS(iuo ce terme ne signifiera jamais qu'une idée confuse; mais ils

l'eurent comme une idée ajoutée à cette idée confuse et excitée par les circonstances.

On verra dans la suite l'importance de cette remarque ; mais il est bon d'ajouter ici que cette distinction est si indubitable, que, lors même qu'ils entreprennent de prouver que le terme de ceci signifie du pain, ils ne font autre chose que l'établir. Ceci, dit un ministre qui a parlé le dernier sur cette matière, ne signifie pas seulement cette chose présente, mais cette chose présente que vous savez qui est du pain. Qui ne voit dans cette proposition que ces termes, que vous savez qui est du pain, sont bien ajoutés au mot de chos^ présente par une proposition incidente, mais ne sont pas signifiés précisément par le mot de chose présente, le sujet d'une proposition ne signifiant pas la proposition entière; et par conséquent dans cette proposition qui a le même sens, ceci que vous savez qui est du pain, le mot de pain est bien ajouté au mot de ceci, mais n'est pas signifié par le mot de ceci.

Mais qu'importe, diront les ministres, que le mot de ceci signifie précisément le pain, pourvu qu'il soit vrai que les apôtres conçurent que ce que Jésus-Christ appelle ceci était du pam.

Voici à quoi cela importe ; c'est que le terme de ceci ne signifiant de soi-même que l'idée précise de chose présente, quoique déterminée au pain par les idées distinctes que les apôtres y ajoutèrent, demeura toujours capable d'une autre détermination et d'être hé avec d'autres idées, sans que l'esprit s'aperçût de ce changement d'objet. Et ainsi quand Jésus-Christ prononça de ceci, que c'était son corps, les apôtres n'eurent qu'à retrancher l'addition qu'ils y avaient faite par les idées distinctes de pain ; et, retenant la même idée de chose présente, ils conçurent, après la proposition de Jésus- Christ achevée, que cette chose présente était niaintenant le corps de Jésus-Christ : ainsi ils lièrent le mot de hoc, ceci, qu'ils avaient joint au pain par une proposition incidente, avec l'attribut de corps de Jésus-Christ. L'attribut de corps de Jésus-Christ les obligea bien de retrancher les idées ajoutées ; mais il ne leur fit point changer l'idée précisément marquée par le mot de hoc, et ils conçurent simplement que c'était le corps de Jésus-Christ. Voilà tout le mystère de cette proposition, qui ne naît pas de l'obscurité des termes, mais du changement opéré par Jésus-Christ, qui fit que ce sujet hoc a eu deux différentes déterminations au commencement et à la fin de la proposition, comme nous l'expliquerons dans la seconde partie, chap. xn, en traitant de l'unité de confusion dans les sujets.

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