CHAPITRE PREMIER
Des mots par rapport aux propositions.
Comme nous avons dessein d'expliquer ici les diverses remarques que les hommes ont faites sur leurs jugements, et que ces jugements sont des ])ropositions ([ui sont composées de diverses parties, il faut commencer par l'explication de ces parties, qui sont principalement les noms, les pronoms et les verbes.
Il est peu important d'examiner si c'est à la grammaire ou à la logique d'en traiter, et il est plus court de dire, que tout ce qui est utile à la fin de chaque art lui appartient, soit que la connaissance lui en soit particulière, soit qu il y ait aussi d'autres arts et d'autres sciences ([ui s'en servent.
Or, il est certainement de quelque utilité pour la fin de la logique, qui est de bien penser, d'entendre les divers usages des sons qui sont destinés à signifier les idées, et que l'esprit a coutume d'y fier si étroitement, que l'une ne se conçoit guère sans l'autre ; en sorte ([ue l'idée de la chose excite l'idée du son , et l'idée du son, celle de la chose.
On peut dire en général sur ce sujet, que les mots sont des sons distincts et articulés, dont les hommes ont fait des signes j)0ur marquer ce qui se passe dans leur esprit.
Et comme ce qui s'y passe se réduit à concevoir, juger, raisonner et ordomier, ainsi que nous l'avons déjà dit, les mots ser^•ent à mar(pier toutes ces oi)érations; et pour cela on en a inventé principalement de trois sortes qui y sont essentiels, dont nous nous contenterons de parler; savoir, les noms, les pronoms etles verbL»s, qui tiennent la place des noms, mais d'une manière ditïérente; et c'est ce qu'il faut expliquer ici plus en détail.