‹ Œuvres philosophiques d'ArnauldChapitre 75 sur 214 · DES COMPARATIVES · texte numérisé non relu

DES COMPARATIVES

Les propositions où l'on compare enferment deux iu-emonf. parce que c'en sont deux de dire qu'une chose est telle, et de dire qu elle est telle plus ou moins qu'une autre, et ainsi ces sortes de propositions sont composées dans le sens.

f^ Amicum perdere est damnorum maximum,

La plus grande de toutes les pertes, est de perdre un ami.

Hidiculiim acri Fortiùs et meliùs magnas plerumque secat res ^

On fait souvent plus d'impression dans les affaires, même le plus importantes, par une raillerie agréable, que par les meilleur raisons.

res

Meliora sunl vulnera amici, qnàm fraudulma oscula inimici.

iH LOGIQUE.

Les coups d'un ami valent mieux que les baisers trompeurs d'un ennemi.

On contredit ces propositions en plusieurs manières, comme cette maxime d'Épicure, la douleur est le plus grand de tous les maux, était contredite d'une sorte par les Stoïciens, et d'une autre par lesPéripatéticiens; car lesPéripatéticiens avouaient que la douleur était un mal ; mais ils soutenaient que les vices et les autres dérèglements d'esprit étaient de bien plus grands maux; au lieu que les Stoïciens ne voulaient pas même reconnaître que la douleur fût un mal, bien loin d'avouer que ce fût le plus grand de tous les maux.

Mais on peut traiter ici une question, qui est de savoir s'il est toujours nécessaire que , dans ces propositions , le positif du comparatif convienne à tous les deux membres de la comparaison, et s'il faut , par exemple , supposer que deux choses soient bonnes , afin de pouvoir dire que l'une est meilleure que l'autre.

Il semble d'abord que cela devrait être ainsi; mais l'usage est au contraire , puisque nous voyons que l'Écriture se sert du mot meilleur, non-seulement en comparant deux biens ensemble, melior est sapientia quàm vires, et vir prudens quàm fortis; la sagesse vaut mieux que la force, et l'homme prudent que l'homme vaillant;

Mais aussi en comparant un bien à un mal, melior estpatiens arrogante; un homme patient vaut mieux qu'un homme superbe;

Et même en comparant deux mots ensemble, meliùs est habitare cum dracone, quàmcum muliere litigiosâ; il vaut mieux demeurer avec un dragon qu'avec une femme querelleuse. Et dans l'Évangile : il vaut mieux être jeté dans la mer une pierre au col, que de scandaUser le moindre des fidèles.

La raison de cet usage est qu'un plus grand bien est meilleur qu'un moindre, parce qu'il a plus de bonté qu'un moindre bien. Or, par la même raison, on peut dire, quoique moins proprement, qu'un bien est meilleur qu'un mal, parce que ce qui a de la bonté en a plus que ce qui n'en a point ; et l'on peut dire aussi qu'un moindre mal est meilleur qu'un plus grand mal , parce que la diminution du mal tenant lieu de bien dans les maux, ce qui est moins mauvais a plus de cette sorte de bonté que ce qui est plus mauvais.

Il faut donc éviter de s'embarrasser mal à propos par la chaleur de la dispute à chicaner sur ces façons de parler , comme fit un grammairien donatiste, nommé Cresconius, en écrivant contre saint Augustin; car ce saint ayant dit que les catholiques avaient

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pius de raiïîoii de reprocher aux donatistes d'avoir iivré les livres sacrés, que les donatistes n'en avaient de le reprocher aux catholiques : Tradi'nonem non vobis probahlliùs objicimus , Cresconius s'imagina avoir droit de conclure de ces paroles, que saint Augustin avouait par là que les donatistes avaient raison de le reprocher aux catholiques. Si enim vos probabiliùs, disait-il, nos crgi) probabiliter : nam gradus iste quod cinfè positum est augef non quod antè dictum est improbat. Mais saint Augustin réfute premièrement cette vaine subtilité par des exemples de l'Écriture, et entre auties par ce passage de l'épître aux Hébreux, où saint Paul a) ant dit que la terre qui ne porte que des épines était maudite, et ne devait attendre que le feu, il ajoute : Confidimus aufem de vobis, fratres charissimi, meliora; non quia, dit ce Père, bona nia erant quœsuprà dixerat, prof'rre spinas et tribulos et nslionem mereri, sed mugis, quiamala erant, ut illis devitatis meliora eligerent etoptarent, hocest, bonatantismalis contraria. Et il lui montre ensuite, par les plus célèbres auteurs de son art, combien la conséquence était fausse , puisqu'on aurait pu , de la même sorte reprocher à Virgile d'avoir pris pour une bonne chose la violence (l'une maladie qui porte les hommes à se déchirer avec leurs propres dents, parce qu'il souhaite une meilleure fortune aux gens de bien.

Di meliora piis, crroremque hostîhns illum! Di.scissos midis laniahanl deniibus artus'^^,

Quomodà ergà meliorapiis, dit ce Père, quasi bona essent istis , ac non potiùs magna mala, qui discissos nudis laniabant dentibus artus^'^ ?

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