‹ Œuvres philosophiques d'ArnauldChapitre 80 sur 214 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

Autres observations pour reconnaître si les propositions sont universelles ou particulières.

On peut faire quelques observations semblables, et non moins nécessaires, touchant Puniversalilé et la particularité.

Obseuvation I. Il faut distinguer deux sortes d'universalités: l'une qu'on peut appeler métaphysiciuc, et Tautre morale.

J'appelle universalité métaphysique, lorsqu'une universalité est parfaite et sans exception, comme, tout homme est vivant, cela ne reçoit point d'exception.

Et j'appelle universalité morale celle qui reçoit quelque exception, parce que, dans les choses morales, on se contente que les choses soient telles ordinairement, ut plurimùm^ comme ce que saint Paul rapporte et approuve.

Cretenses semper mendaces , malœ bestlœ, ventres j^igrV^'

Ou ce que dit le même apôtre : Omnes quœ sua sint quœrunt, non quœ Jesu-Christi^'^~.

Ou ce que dit Horace :

Oinnibiis hoc vithirn est conioribus, inler amicos Ut minquam indiiccnit aii'wmm canlare rogati, Ivjnssl nunquarti clesistani ^^.

Ou ce qu'on dit d'ordinaire :

Que toutes les femmes aiment à parler; Que tous les jeunes gens sont inconstants ; Que tous les vieillards louent le temps passé.

Il suffit, dans toutes ces sortes de propositions, qu'ordinairement cela soit ainsi, et on ne doit pas aussi en conclure rien à la rigueur.

Car, comme ces propositions ne sont pas tellement générales qu'elles ne souffrent des exceptions, il pourrait se faire que la conclusion serait fausse. Comme on n'aurait pas pu conclure de chaque Cretois en particulier, qu'il aurait été un menteur et une méchante bête, quoique l'apôtre approuve en général ce vers d'un de leurs poètes: Les Cretois sont toujours menteurs, méchantes bêtes, grands mangeurs, parce que quelques-uns de cette île pouvaient ne pas avoir les vices qui étaient communs aux autres^.

Ainsi la modération qu'on doit garder dans ces propositions qui ne sont que moralement universelles, c'est, d'une part, de n'en tirer qu'avec grand jugement des conclusions particulières, et de l'autre de ne pas les contredire ni ne pas les rejeter comme fausses, quoiqu'on puisse opposer des instances où elles n'ont pas de lieu, mais de se contenter, si on les étendait trop loin, de montrer qu'elles ne doivent pas se prendre à la rigueur.

Odservation II. Il y a des propositions qui doivent passer pour métaphysiquement universelles, quoiqu'elles puissent recevoir des exceptions, lorsque dans l'usage ordinaire ces exceptions ex-

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