‹ Œuvres philosophiques d'ArnauldChapitre 83 sur 214 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

raisonnable, qui est que ces propositions indéfinies sont universelles en matière (le doctrine, comme, les anges n'ont point de corps, et qu'elles ne sont que particulières dans les faits et dans les narrations, comme quand il est dit dans l'Évan^àle : Milites plcctentcs coronam de spinis, imposuerunt capili ejus^^; il est bien clair que cela ne doit être entendu que de quelques soldats , et non pas (le tous les soldats. Donc la raison est qu'en matière d'actions singulières , lors surtout qu'elles sont déterminées à un certain temps, elles ne conviennent ordinairement à un terme commun (pi'à cause de quelques particuliers, dont l'idée distincte est dans l'esprit de ceux qui font ces j)ropositions : de sorte qu'à le bien j)rendre, ces propositions sont plutôt singulières que particulières, (^omme on pourra le juger par ce qui a été dit des termes complexes dans le sens, V^ partie, chap. viii, et 2^ partie, chap. vi.

Observation VII. Les noms de corps, de communauté, de peuple, étant pris collectivement, comme ils le sont d'ordinaire, pour tout le corps, toute la communauté, tout le peuple, ne font point les })ropo.sitions oi:i ils entrent, proprement universelles, ni encore moins particulières, mais singulières, comme quand je dis : Les Romains ont vaincu les Carthaginois; les Vénitiens font la guerre aux Turcs; les juges ffu/i tel lieu ont condamné un criminel; ces propositions ne sont point universelles; autrement on pourrait conclure de chaque Romain, qu'il aurait vaincu les Carthaginois, ce (pii serait faux: et (>ll(\s m^ sont point aussi particulières; car cela veut dire plus que si je disais, que (lueUpies Romains ont vaincu les Carthaginois ; mais elles sont singulières, parce que l'on considère cluuiue peu[)le comme une personne morale, dont la durée est de plusieurs siècles, qui subsiste tant qu'il compose un État, et qui agit en tous ces tem{)s par ceux qui le composent, connue un homme agit par ses membres. D'où vient (p:e Ton dit, que les Romains (|ui ont été vaincus par les Gaulois cjui prirent Rome, ont vaincu les Gaulois au temps de César, attribuant ainsi à ce même ternu^, de Romains d'avoir été vaincus en un temps, et d'avoir été victorieux en Tautre, (pioiqu'en l'un de ces temps il n'y ait eu aucun de ceux qui étaient en l'autre : et c'est ce (pii lait voir sur quoi est fondée la vanité (pie cluuiue particulier prend des belles actions de sa nation, auxquelles il n'a point eu de part, et qui est aussi sotte que colle d'une oreillo, ipii, étant sourde, se glorifierait de 9 vivacité do l'œil ou de rudrcsse de lu main.

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