‹ Œuvres philosophiques d'ArnauldChapitre 89 sur 214 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

s'est rcmut^'e pendant tiinL d(; U'mj)s; de sorte qu'il semble que h; temps ne soit autre chose que la durée de la créature en quelque état qu'elle soit.

2° Il faut qu'une définition soit propre, c'est-à-dire qu'elle ne convienne qu'au défini. C'est pourquoi la définition commune des éléments, un corps simple corruptible, ne semble pas bonne ; car les corps célestes n'étant pas moins simples que les éléments par le propre aveu de ces philosophes, on n'a aucune raison de croire qu'il ne se fasse pas dans les cieux des altérations semblables à celles qui se font sur la terre, puisque, sans parler des comètes, qu'on sait maintenant n'être point formées des exhalaisons de la terre, comme Aristote se l'était imaginé, on a découvert des taches dans le soleil qui s'y forment, et qui s'y dissipent de la même sorte que nos nuages , quoique ce soient de bien plus grands corps.

3° Il faut qu'une définition soit claire, c'est-à-dire qu'elle nous serve à avoir une idée plus claire et plus distincte de la chose qu'on définit, et qu'elle nous en fasse, autant qu'il se peut, comprendre la nature ; de sorte qu'elle puisse nous aider à rendre raison de ses principales propriétés. C'est ce qu'on doit principalement considérer dans les définitions, et c'est ce qui manque à une grande partie des définitions d'Aristote.

Car qui est celui qui a mieux compris la nature du mouvement par cette définition : Actus entis in potentiâ quatenùs in potentiel^ l'acte d'un être en puissance en tant qu'il est en puissance '7'*? L'idée que la nature nous en fournit n'est-elle pas cent fois plus claire que celle-là? et à qui servit-elle jamais pour expliquer aucune des propriétés du mouvement?

Les quatre célèbres définitions de ces quatre premières qualités, le sec, Vhumide, le chaud, le froid, ne sont pas meilleures.

Le sec, dit-il, est ce qui est facilement retenu dans ses bornes, et difficilement dans celles d'un autre corps : Quod suo termina facile continetur, difficulter alieno.

Et Vhumide, au contraire, ce qui est facilement retenu dans les bornes d'un autre corps, et difiicilement dans les siennes : Quod suo termino difficulter continetur, facile alieno"'^.

Mais premièrement ces deux définitions conviennent mieux aux corps durs et aux corps liquides qu'aux corps secs et aux corps humides; car on dit qu'un air est sec et qu'un autre air est humide, quoiqu'il soit toujours facilement retenu dans les bornes d'un autre corps, parce qu'il est toujours liquide : et de plus, on

lî)S LOGIQUE.

ne voit pas comment Aristote a pu dire que le feu, c/est-à-dire la flamme, était sèche selon cette définition, puisqu'elle s'accommode facilement aux bornes d\in autre corps ; d'où vient aussi que Virgile appelle le feu liquide : El liquidi simul ignis. Et c'est une vaine subtilité de dire avec Campanelle^, que le feu étant enfermé, aut rumpit, aut rumpitur; car ce n'est point à cause de sa prétendue sécheresse , mais parce que sa propre fumée l'étouffé, s'il n'a de l'air. C'est pourquoi il s'accommodera fort bien aux bornes d'un autre corps, pourvu qu'il ait quelque ouverture par où il puisse chasser ce qui s'en exhale sans cesse.

Pour le chaud, il le définit, ce qui rassemble les corps semblables et désunit les dissemblables : Qmd congregat homogenea et disgregat hetcrogenea.

Et le froid, ce qui rassemble les corps dissemblables et désunit les semblables : Quod congregat Jieterogenea et disgregat homogenea''^. C'est ce qui convient quelquefois au chaud et au froid , mais non pas toujours, et ce qui de plus ne sert de rien à nous faire entendre la vraie cause qui fait que nous appelons un corps chaud et un autre froid ; de sorte que le chancelier Bacon avait raison de dire que ces définitions étaient semblables à celle qu'on ferait d'un homme en le définissant : un animal qui fait des soiiliers et qui laboure les vignes. Le même philosophe définit la nature : Principium motus et quiet is in eo in quo est'^; le principe du mouvement et du repos en ce en quoi elle est. Ce qui n'est fondé que sur une imagination qu'il a eue que les corps naturels étaient en cela différents des corps artificiels, que les naturels avaient en eux le principe de leur mouvement et que les artificiels ne l'avaient que de dehors ; au lieu qu'il est évident et certain que nul corps ne peut se donner le mouvement à soimême, parce que la matière étant de soi-même indifférente au mouvement et au repos, ne peut être déterminée à l'un ou à l'autre que par une cause étrangère, ce qui ne pouvant aller à l'infini, il faut nécessairement que ce soit Dieu qui ait imprimé le mouvement dans la matière, et que ce soit lui qui l'y conserve.

La célèbre définition de l'âme paraît encore plus défectueuse : A ctus primas corporis naturalis organici potentiâ vitam habentis ; Vacte premier du corps naturel organique qui a la vie en puissance^. On ne sait ce qu'il a voulu définir: car, 1^ si c'est l'âme en tant qu'elle est commune aux hommes et aux bêtes, c'est une chimère qu'il a définie, n'y ayant rien de commun entre ces deux choses. 2^ Il a expliqué un terme obscur par quatre ou cinq plus

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obscurs ; el, pour no parler que du mot de vie, l'idée qu'on a de la vie n'est pas moins confuse que celle qu'on a de l'âme, ces deux termes étant (''gaiement ambijrusct équivoques.

Voilà quelques règles de la division et de la définition ; mais, quoiqu'il n'y ait rien de plus important dans les sciences que de bien diviser et de bien définir, il n'est pas nécessaire d'en rien dire ici davantage, parcî^ que cela dépend beaucoup plus de la connaissance do la matière que Ton traite que des règles de la logique.

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