‹ Œuvres philosophiques de Antoine ArnauldChapitre 106 sur 172 · CHAPITRE XXIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIII

nent que la substance étenfliie. qui est dan? le? pore? de la substance de notre cerveau , a la faculté de penser. Il paraît donc que l'auteur de la Recherche de la Vérité n'appuie ses nouvelles opinions que sur des hypothèses visiblement fausses, qu'il propose comme indubitables.

Cinquième raison. -.( Pour s'assurer si les qualités sen- « sibles sont ou ne sont pas des manières d'être de lesprit , « on ne consulte point l'idée prétendue de l'àme ; les carté- « siens mêmes consultent, au contraire, l'idée de l'étendue ; « et ils raisonnent ainsi : la chaleur, la douleur, la couleur, « ne peuvent être des modifications de l'étendue ; car Té- « tendue n'est capable que de différentes figures et de diffé- « rents mouvements : or, il n'y a que deux genres d'être : des {( esprits et des corps; donc, la douleur, la chaleur, la cou- « leur et toutes les autres qualités sensibles appartiennent « à l'esprit; puisqu'on est obligé de consulter l'idée qu'on a « de l'étendue , pour découvrir si les qualités sensibles sont « des manières d'être de son âme , n'est-il pas évident qu'on « n'a point d'idée claire de l'time? Autrement s'aviserait-on « jamais de prendre ce détour ? )y

RÉP. .le ne sais pas qui sont ces cartésiens , qui raisonnent comme on les fait raisonner ici ; et j'ai de la peine à croire qu'il y en ait. Au moins je sais bien que M. Descartes n'a jamais raisonné de la sorte. Il ne faut que l'entendre parler dans la première partie de sesPriiKipes, §. 68 et 70.

« Mais , afin que nous puissions distinguer ici ce qu'il y a « de clair en nos sentiments d'avec ce qui est obscur , nous « remarquerons en premier lieu que nous connaissons claire- « ment et distinctement la douleur , la couleur , et les autres (( sentiments , lorsque nous les considérons simplement « comme des pensées ; mais que quand nous voulons juger « que la couleur , que la douleur, etc. , sont des choses qui « subsistent hors de notre pensée, nous ne concevons en « aucune façon quelle chose c'est que cette couleur , cette « douleur . etc. ; et il en est de même . lorsque quelqu'un

« nous dit qu'il voit de la couleur dans un corps , ou qu'il a sent de la douleur on quelqu'un de ses membres, comme « s'il nous disait qu'il voit , ou qu'il sent quelque chose , « mais qu'il ignore entièrement quelle est la nature de cette « chose ; ou bien qu'il n'a pas une connaissance distincte de a ce qu'il voit et de ce qu'il sent. Car , encore que lorsft qu'il n'examine pas ses pensées avec attention , il se per- « suade peut-être qu'il en a quelque connaissance , à cause (( qu'il suppose que la couleur qu'il croit voir dans l'objet (( a do la ressemblance avec le sentiment qu'il éprouve en « soi , néanmoins s'il fait réflexion sur ce qui lui est repré- « sente par la couleur , ou par la douleur , en tant qu'elles « existent dans un corps coloré, ou bien dans une partie « blessée , il trouvera sans doute qu'il n'en a pas de con-

« naissance II est donc évident, lorsque nous disons à

« quelqu'un que nous apercevons des couleurs dans les ob- « jets , qu'il en est de même que si nous lui disions que « nous apercevons en ces objets je ne sais quoi dont nous « ignorons la nature , mais qui cause pourtant en nous un « certain sentiment fort clair et manifeste qu'on nomme le « sentiment des couleurs. Mais il y a bien de la différence « en nos jugements ; car, tant que nous nous contentons de « croire qu'il y a je ne sais quoi dans les objets (c'est-à- « dire dans les choses telles qu'elles soient ) qui cause en « nous ces pensées confuses qu'on nomme sentiments , tant (( s'en faut que nous nous méprenions , qu'au contraire nous « évitons la surprise qui nous pourrait faire méprendre , à (( cause que nous ne nous emportons pas sitôt à juger témé- « rairement d'une chose que nous remarquons ne pas bien « connaître. Mais, lorsque nous croyons apercevoir une (( certaine couleur dans un objet , bien que nous n'ayons « aucune connaissance distincte de ce que nous appelons « d'un tel nom , et que notre raison ne nous fasse aperce- « voir aucune ressemblance entre la couleur que nous sup- « posons être en cet objet et celle qui est en notre sens ,

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