‹ Œuvres philosophiques de Antoine ArnauldChapitre 105 sur 172 · CHAPITRE XXm. 19o · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXm. 19o

« tendent parle corps quelque autre chose que l'étendue, et « qu'ils n'ont point d'idée claire du corps pris en ce sens), « et que celle de l'àme est si confuse , que les cartésiens « mêmes disputent tous les jours si les modifications de couce leurs lui appartiennent, o

RÉp. J'examinerai cette fin , et j'en ferai une autre raison. Mais pour ce qui est de la clarté de l'idée de l'étendue, c'est le plus plaisant sophisme du monde. Car il prétend que tout le monde convient de ce qu'elle enferme et de ce qu'elle exclut, en même temps qu'il avoue qu'il y en a qui distinguent le corps de l'étendue. Il est donc faux qu'ils aient une idée claire de l'étendue , puisqu'ils ne savent pas que le corps et l'étendue sont la même chose. Cependant ils ne nient pas que ce qu'ils appellent corps ne soit étendu; ils prennent donc le corps pour une chose étendue. Comment peut-il donc dire « que tout le monde convient « de ce que l'idée d'une chose étendue enferme et de ce (f qu'elle exclut, » puisqu'il demeure d'accord qu'il y en a qui doutent si une chose étendue n'est point capable de sentiment? Mais nous allons voir la même illusion dans la raison suivante :

Quatrième raison. « On ne peut faire de demande sur ce « qui appartient ou n'appartient pas à l'étendue '. à laquelle « on ne puisse répondre facilement . promptement , hardi- « ment, par la seule considération de l'idée qui la repré- « sente. Tous les hommes conviennent de ce que l'on doit « croire sur ce sujet ; car ceux qui disent que la matière « peut penser ne s'imaginent pas qu'elle ait cette faculté . à « cause qu'elle est étendue; ils demeurent d'accord que « l'étendue , précisément comme telle , ne peut penser. »

RÉP. Ce précisément comme telle est une pure équivoque. Car il est vrai qu'ils ne croient pas que toute étendue puisse penser, et en ce sens on peut dire qu'ils ne croient pas que

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ly^ DES VRAIES ET DES FALSSES IDÉES,

retendue, comme telle, puisse penser (ce qui ne convient pas au genre ne pouvant être attribué à l'espèce quand on la considère précisément selon l'idée générique), mais ils croient qu'il y a quelques étendues qui pensent. C'est ce qui paraît par ce qui est dit dans les cinquièmes objections proposées à M. Descartes sur sa deuxième Méditation.

2. « Pourquoi, ô àme, ne pourriez-vous pas encore être « un vent, ou plutôt un esprit très-délié et très-subtil, qui « se forme par la chaleur du cœur du plus pur sang, et qui, « étant répandu par les membres , leur donne la vie , voit « avec l'œil, entend avec l'oreille, pense avec le cerveau, « et fait les autres fonctions qu'on a accoutumé de vous at- « tribuer? Si cela est ainsi, pourquoi n'auriez-vous pas la « même figure que votre corps, comme l'air a la même « figure que le vaisseau qui le contient? Car le corps gros- « sier, auquel vous êtes unie , a une infinité de petits pores « dans lesquels vous êtes répandue , de sort^ que vous n'avez « pas raison de dire qu'il n'y a rien en vous de ce qui ap- « partient à la nature du corps. » N'est-ce pas prétendre qu'il y a une substance étendue qui peut penser et avoir divers sentiments, savoir : celle qui, étant très-subtile, est répandue dans les pores de la substance du cerveau et dans les organes des sens. Je demeure d'accord qu'il n'y a rien de plus déraisonnable et qui choque plus le bon sens que ces pensées impies. Mais ce n'est pas seulement ce que dit cet auteur : selon ses principes , il faudrait que personne ne les pût jamais avoir. Car il prétend que l'idée que nous avons de l'étendue est si claire, « que les femmes et les enfants, « les savants et les ignorants, les plus éclairés et les plus « stupides , conçoivent sans peine . par l'idée qu'ils en ont , (' ce qui lui convient et ce qui ne lui peut convenir. » Il faut donc nécessairement qu'ils conviennent qu'il n'y a point de substance étendue qui puisse penser et avoir des sentiments. Or, ceux dont je viens de parler, et dont M. Gassendy propoic lei sentiments , bien loin de convenir de cela , soutien-

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