CHAPITRE XXIV
dans cotte fin de sa réponse , « sinon qu'il ne s'ensuit pas a que l'on connaisse clairement la nature des choses que « l'on peut compter, » comme si on avait supposé qu'on les [connaît clairement, parce qu'on les peut coinpter. Ce qui n'est jamais venu dans l'esprit de M. Descartes , qui n'a dit qu'on pouvait compter autant do modifications de notre àme qu'elle en connaît dans les autres choses, que pour montrer qu'il n'y a point de choses dont on connaisse tant d'attributs que de notre esprit. Mais il n'a pas prévu qu'on le dût arrêter sur le défaut de clarté, dans la connaissance qu'a notre àme de ses propres modifications, parce qu'il avait supposé, aussi bien que saint Augustin, qu'il n'y avait rien qui nous fût plus clair. Et , comme je prétends avoir fait voir que cet auteur n'a eu aucune raison de le nier, je prétends aussi qu'il n"a nullement satisfait à l'argument par lequel M. Descartes a voulu prouver « que la nature de l'esprit est plus « connue que celle de toute autre chose. » Car on n'a qu'à prévenir sa distinction, en prenant pour vrai , comme il lest aussi , ce qu'il a voulu révoquer en doute :
On connaît la nature d'une chose d'autant plus distinctement , qu'on en connaît davantage d'attributs, pourvu qu'on les connaisse clairement. — Cette fin met cette majeure hoi^ d'état de pouvoir être niée par l'auteur de la Becherche de la Vérité.
Or, notre esprit connaît clairement plus d'attributs ou de propriétés de lui-même que de toute autre chose. Car je ne puis connaître l'attribut ou propriété d'aucune autre chose , que je ne connaisse clairement la perception que j'en ai , et cette perception est un attrii.>ut ou propriété de mon esprit. D'où il s'ensuit, par l'aveu de cet auteur, que, mettant à part si l'esprit connaît clairement ou obscurément ses propres perceptions, il peut compter en soi une infinité de propriétés, s'il a une infinité de perceptions.
Il connaît donc plus de propriétés de lui-même que de toute autre chose; et pourvu qu'il connaisse clairement ses
propres perceptions , do quoi on ne peut raisonnablement douter, on ne peut douter aussi que la nature de notre esprit ne nous soit plus connue que celle de toute autre chose.