CHAPITRE XXVI
en eût do perception? 4*. Puisqu'il parle en tant d'endroits de Vidée de Dieu, de la vaste et immense idée de l'Être par- -fait, et qu'il assure que tous les hommes ont cette idée , il faut qu'il y ait une signification de mot à'idée selon laquelle il a cru que cela était indubitable ; or, on n'en saurait trouver d'autre , sinon celle qu'il a donnée à ce mot au commencement de son ouvrage, en le prenant pour perception: il n'y a donc point d'autre moyen de concilier les endroits où il dit que nous avons une idée de Dieu , avec ceux où il dit que nous connaissons Dieu sans idée, quen supposant que dans les uns il a pris le mot d'/dee pour perception, qui est sa notion véritable, et que dans les autres il l'a pris pour cet être représentatif dont il s'est imaginé, sans raison , que nous avions besoin pour connaître toutes choses hors Dieu et notre âme.
Mais, outre les autres preuves par lesquelles j'ai fait voir que cette dernière notion du mot dldée n'a aucun fondement raisonnable, on y peut ajouter celle-ci : qu'elle ne sert qu'à embrouiller les plus claires et les plus naturelles notions que nous aurions sans cela de nos propres connaissances, et qu'il est presque impossible que ceux qui en sont prévenus ne tombent, sans y prendre garde , en plusieurs contradictions ; car, quand un mot a une signification ordinaire claire et distincte, si par erreur on lui en donne une autre qui non-seulement ne soit pas plus claire, mais qui soit fort obscure et fort confuse, il n'est pas presque possible qu'on demeure toujours ferme à prendre ce mot dans cette nouvelle signification , et il échappe toujours en divers endroits où on le prend selon sa signification commune, qu'on ne peut tellement chasser de son esprit qu'elle ne revienne souvent ; et c'est ce que nous avons vu qui n'a pas manqué d'arriver à cet auteur au regard du mot d'idée, ce qui assurément cause beaucoup de confusion et d'obscurité dans des discours dogmatiques sur des matières fort abstraites qu'on ne saurait prendre trop de soin de rendre claires.
En voici un nouvel exemple : car dans la même période , il faut qu'au commencement il ait pris le mot (Vidée pour perception, et, suivant cette notion, ce qu'il en dit est très- véritable , et qu'à la fin il l'ait pris pour un être reprèsentaiif, ce qui brouille tout ce qu'il avait dit auparavant, page 201.
« Enfin, dit-il, la preuve de l'existence de Dieu, la plus «belle, la plus relevée, la plus solide et la première, ou « celle qui suppose le moins de choses, c'est l'idée que nous « avons de l'infini ; car il est constant que l'esprit aperçoit « l'infini quoiqu'il ne le comprenne pas, et qu'il a une idée « très-distincte de Dieu. » Jusque-là cela va fort bien; mais il est indubitable que le mot (Vidée doit être pris pour perception, comme l'a pris M. Descartes dans cette démonstration de l'existence de Dieu , que cet auteur a eu en vue quand il dit que c'est la plus belle, la plus relevée, la plus solide, et celle qui suppose le moins de choses. Mais ce qu'il ajoute n'a plus de sens en demeurant dans cette même notion du mot d'idée : « Il est constant que l'esprit a une idée « très-distincte de Dieu, quïl ne peut avoir que par lunion « qu'il a avec lui , puisqu'on ne peut concevoir que l'idée de « l'Être infiniment parfait, qui est celle que nous avons de c( Dieu , soit quelque chose de créé. » N'est-il pas visible qu'il change imperceptiblement , et sans en avertir le monde, la notion du mot d'idée, et qu'il ne prend plus l'idée de Dieu pour la perception de Dieu ; car, la prenant en ce sens, pourrait-il dire que ce nest pas quelque chose de créé? Pouvonsnous avoir des perceptions incréées ? et nos perceptions ne sont-elles pas essentiellement les représentations de leurs objets ■? Il faut donc nécessairement , ou que nous n'ayons aucune perception de Dieu , et que quand nous en parlons nous en parlions comme des perroquets, sans savoir ce que nous disons , ou que si nous en avons, comme on n'en peut douter, elles représentent l'Être infini, contre ce qu'il dit page 205 : « Que l'on ne peut concevoir que quelque chose « de créé représente l'infini. » Mais ce qui lui fait dire cela,